RĂ©my Tremblay dĂ©fend la cause de l’AmĂ©rique française. RĂ©dacteur en chef du Harfang, porte-parole de la FĂ©dĂ©ration des QuĂ©bĂ©cois de souche depuis 2013, collaborateur de plusieurs mĂ©dias (PrĂ©sent, Livr’Arbitres, Council of Euro-Canadians et Alternative Right) ; il a publiĂ© aux Ă©ditions Dualpha Les Acadiens : du Grand DĂ©rangement au Grand Remplacement (2015) et avec Jean-Claude Rolinat, Le Canada français, de Jacques Cartier au gĂ©nocide tranquille (2016).

Quelle est votre position sur lÂŽEurope ? Êtes-vous anti ou pro EuropĂ©en ? Dans ce dernier cas de figure, ĂȘtes-vous pour une Europe fĂ©dĂ©rale ou une Europe de la coopĂ©ration de nations souveraines, ou encore en avez-vous une autre conception ?

Il serait malsĂ©ant pour moi de donner ma vision de l’Europe, n’étant pas europĂ©en moi-mĂȘme, mais nord-amĂ©ricain. Je combats au QuĂ©bec depuis des annĂ©es pour que l’on cesse de nous dire comment vivre et nous gouverner, alors mes commentaires ne sont que ceux d’un observateur extĂ©rieur et non pas un donneur de leçon ou un moralisateur. J’ai visitĂ© l’Europe par le passĂ© et j’ai rĂ©cemment lu plusieurs livres sur le sujet comme L’Europe de Gabriele Adinolfi, L’Europe aux cents drapeaux de Yann FouĂ©rĂ© et L’Europe des nations de Markus Willinger que j’ai rĂ©cemment traduit pour Arktos, mais je ne vis pas la rĂ©alitĂ© europĂ©enne au quotidien.

Il me semble, par mes lectures, et cela n’engage que moi et non l’organisation pour laquelle je suis porte-parole, qu’une Europe fĂ©dĂ©rale ou du moins unie gĂ©opolitiquement parlant serait le meilleur contrepoids Ă  Moscou et Washington.

Le modĂšle actuel qui prĂ©vaut Ă  Bruxelles semble gouvernĂ© selon des choix idĂ©ologiques qui ne reprĂ©sentent pas la volontĂ© populaire et encore moins – et ça c’est beaucoup plus grave – le bien ĂȘtre des peuples europĂ©ens, ce qui devrait ĂȘtre la prioritĂ© de tout bon gouvernement.

Cette rupture entre Bruxelles et les peuples, on la constate surtout avec la crise migratoire actuelle aggravĂ©e par l’espace Schengen. Dans la gestion actuelle de la crise, ce sont les principes d’une idĂ©ologie mortifĂšre qui priment sur le bien-ĂȘtre des peuples europĂ©ens et dans leurs beaux discours les chantres de l’Europe bruxelloise n’ont mĂȘme pas la prĂ©tention d’agir pour le bien des peuples qu’ils sont censĂ©s reprĂ©senter.

Faut-il jeter le bĂ©bĂ© avec l’eau du bain parce que la gestion actuelle et les orientations sont destructrices ? Je ne le crois pas. Je crois Ă  l’Europe, mais certainement pas Ă  celle de Bruxelles. Maintenant, c’est aux EuropĂ©ens de dĂ©cider s’ils veulent une Europe fĂ©dĂ©rale, une Europe des nations charnelles, ou une association des nations actuelles.

2) Quelle que soit votre conviction, considĂ©rez-vous que rien nÂŽarrĂȘtera dĂ©sormais la construction europĂ©enne sous sa forme actuelle ou sous une autre – que vous le dĂ©ploriez ou lÂŽespĂ©riez – ou, au contraire, que son Ă©chec est prĂ©visible, voire mĂȘme inĂ©luctable ?

Je crois que la construction de l’Europe continuera de plus en plus rapidement, mais de façon de moins en moins concrĂšte. En thĂ©orie, elle grossira, mais en pratique, elle ne peut que continuer de reculer. D’un cĂŽtĂ© l’élite europĂ©enne ne cesse de lĂ©gifĂ©rer et de s’arroger des pouvoirs (quotas de rĂ©fugiĂ©s Ă  accepter, etc.), mais sur le terrain le pouvoir de Bruxelles ne cesse de reculer. À l’Est oĂč le marxisme culturel n’a pas fait les mĂȘmes ravages qu’à l’Ouest, on voit que les pays refusent de plus en plus les diktats de Bruxelles. La fermeture de frontiĂšres dans plusieurs pays, les affronts de plus en plus frĂ©quents de la Hongrie, montrent que le pouvoir rĂ©el de Bruxelles n’est que du vent. Les bureaucrates, bien Ă  l’abri dans leur tour d’ivoire, continueront Ă  Ă©mettre des dĂ©crets, Ă  rĂ©diger des rapports, Ă  faire une Europe d’encre et de papier, mais seuls ceux qui acceptent de jouer le jeu respecteront leurs volontĂ©s.
3) Que pensez-vous du Grand marchĂ© transatlantique (GMT), cette zone de libre-Ă©change entre lÂŽEurope et les États-Unis, actuellement en nĂ©gociation ?

Bon, on oublie sans cesse le Canada dans ces nouveaux traitĂ©s ! Je ne connais pas assez les rĂ©alitĂ©s amĂ©ricaines et europĂ©ennes pour en faire une critique, mais je peux parler du TraitĂ© transatlantique qui unit dĂ©sormais le Canada Ă  l’Union europĂ©enne. Pour nous, c’est un dĂ©sastre, comme l’est d’ailleurs le TraitĂ© transpacifique qui vise la crĂ©ation d’un espace similaire Ă  l’Ouest.

De un, au niveau thĂ©orique, toute perte de souverainetĂ© nationale est Ă  dĂ©noncer et dans ces traitĂ©s, l’État abandonne une partie de sa souverainetĂ©, ce qui revient Ă  dĂ©possĂ©der le peuple de son pouvoir. Les dĂ©cisions futures seront soumises Ă  des arbitrages extĂ©rieurs, ce qui signifie que l’intĂ©rĂȘt Ă©conomique de certains primerait officiellement sur la volontĂ© populaire. Je ne suis pas dupe et je sais pertinemment qu’avec les lobbys, c’est dĂ©jĂ  le cas, mais de faire de ces magouilles un systĂšme politique est tout simplement rĂ©voltant.

Maintenant dans le concret, ce traitĂ© est extrĂȘmement dommageable pour l’économie canadienne et surtout quĂ©bĂ©coise. Prenons l’exemple du lait et des produits laitiers en gĂ©nĂ©ral. Au QuĂ©bec, les fermes laitiĂšres ne sont pas subventionnĂ©es, car elles sont rĂ©gies par « la gestion de l’offre ». Cela signifie que les fermes doivent acquĂ©rir un quota de production et s’engagent Ă  ne produire que ce quota. En contrepartie, toute la production sera achetĂ©e et vendue Ă  un prix rĂ©gi par la loi. Ainsi, dans les Ă©piceries quĂ©bĂ©coises le litre de lait a un prix minimum et un prix maximum, ce qui permet un niveau de vie dĂ©cent aux fermiers et un prix abordable pour le consommateur, tout en limitant la cote des transformateurs et des intermĂ©diaires.

Une telle gestion permet de ne pas subventionner les producteurs et de faire payer un prix juste aux consommateurs, mais ce systĂšme ne fonctionne que dans un marchĂ© fermĂ©. Au QuĂ©bec, il est donc impossible de trouver un lait provenant d’une autre province ou des États-Unis. Dans les traitĂ©s de libre-Ă©change prĂ©cĂ©dents, comme avec les États-Unis, la gestion de l’offre et la fermeture de certains marchĂ©s n’étaient jamais remises en cause. Seulement, ici avec le traitĂ© canado-europĂ©en, il y a une brĂšche dans la gestion de l’offre. Les fromages français, subventionnĂ©s et donc moins chers Ă  produire et souvent produits en masse, arriveront donc sur les marchĂ©s quĂ©bĂ©cois. Les fromages locaux survivront-ils Ă  cette concurrence dĂ©loyale (subventions) ? Probablement, mais l’industrie laitiĂšre y laissera des plumes. Pour continuer avec cet exemple, pourquoi un citoyen français, par ses taxes, paierait-il pour un fromage qui sera consommĂ© par un Canadien ?

L’exemple laitier en est un parmi d’autres, mais ici les agriculteurs sont sur les dents. Malheureusement, reprĂ©sentant un bloc d’électeurs nĂ©gligeable et difficilement mobilisable Ă  cause des contraintes et exigences liĂ©es Ă  leur mode de vie, leur opinion ne compte pas dans les capitales.

4) LÂŽavenir de lÂŽEurope consiste-t-il Ă  sÂŽamarrer aux USA ou plutĂŽt Ă  resserrer les liens avec la Russie ? Ou aucun des deux.

Aucune des options, bien Ă©videmment ! L’Europe a tout pour voler de ses propres ailes. Avant les conflits mondiaux qui l’ont dĂ©chirĂ©e et mise Ă  terre, l’Europe ne se serait jamais posĂ© une telle question. Un tel questionnement aurait Ă©tĂ© absurde. En ce moment, il ne manque qu’une chose pour que l’Europe se lĂšve et devienne un acteur du monde : la confiance en soi. L’Europe semble ĂȘtre incapable d’agir sans demander Ă  Washington ou Moscou la permission et semble incapable de cerner ce que sont ses propres intĂ©rĂȘts. Elle parle toujours des grands principes universels qu’elle professe, mais ces beaux discours qui, Ă  l’origine, pouvaient ĂȘtre un simple outil rhĂ©torique de marketing en sont venus Ă  remplacer les intĂ©rĂȘts europĂ©ens dans l’esprit des dĂ©cideurs. Il faut donc que l’Europe regagne confiance en elle et en la lĂ©gitimitĂ© de dĂ©fendre ses propres intĂ©rĂȘts et ensuite, elle pourra redevenir la puissance indĂ©pendante qu’elle aurait dĂ» rester.

5) QuÂŽest-ce que lÂŽEurope signifie pour vous ? Un rĂȘve ? Un cauchemar ? Une nĂ©cessitĂ© gĂ©opolitique ? LÂŽinĂ©vitable accomplissement dÂŽun processus historique ? La garantie dÂŽune paix durable pour le Vieux continent ? Ou rien du tout…

Pour moi, et pour nombre de QuĂ©bĂ©cois, l’Europe est notre berceau. Nos yeux sont rivĂ©s sur ce continent qui nous a vu naĂźtre, grandir et partir pour l’aventure amĂ©ricaine. MĂȘme sans l’avoir jamais visitĂ©, nombreux sont les QuĂ©bĂ©cois qui sont attachĂ©s au Vieux Continent et qui ont l’impression de bien le connaĂźtre. Ce qui s’y passe nous affecte donc, quoique nos Ă©lites semblent incapables de tirer des leçons des Ă©vĂšnements s’y produisant.

Maintenant, pour rĂ©pondre Ă  la question qui touchait plutĂŽt l’Europe en tant qu’entitĂ© politique et non en tant que sujet historique, elle peut reprĂ©senter la montĂ©e d’un monde multipolaire, un monde oĂč le Kremlin et la Maison Blanche ne peuvent dicter la marche Ă  suivre, oĂč l’équilibre permet une paix rĂ©ellement juste. Mais cela, ce n’est pas Ă  nous d’en dĂ©cider et pour rĂ©utiliser une formule que les prĂ©sidents français ont utilisĂ©e pour expliquer leur position sur l’avenir du QuĂ©bec, la position de notre organisation pourrait se rĂ©sumer par une « non ingĂ©rence, non indiffĂ©rence. »

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