NĂ©e en GrĂšce au VIe siĂšcle avant J.-C., la sophistique se dĂ©finit comme Ă©tant l’art de fausser la problĂ©matique dans une discussion philosophique ou scientifique
 comme d’ailleurs dans les « conflits de casseroles » (sublime expression d’Anouilh pour Ă©voquer les scĂšnes de mĂ©nage).

À Ă©couter nos modernes politiciens et les avocats plaidant leur cause devant les mĂ©dias, cet art est devenu l’un des fondements de notre sociĂ©tĂ©.

Bien plus, si l’on compare les antiques « sophistes », mĂ©prisĂ©s par Socrate et son porte-stylet Platon, Ă  nos illustres philosophes et Ă©pistĂ©mologues contemporains, l’on se prend Ă  penser, qu’en dĂ©pit d’une rĂ©probation deux fois et demie millĂ©naire, les antiques l’emportent et de loin sur les modernes : nos maĂźtres grecs et romains, mĂȘme moquĂ©s par Socrate (lui-mĂȘme ridiculisĂ© par Aristophane), connaissaient la sĂ©mantique et savaient de quoi ils parlaient.

Les rĂ©flexions suivantes sont nĂ©es de la lecture de deux articles du site Metamag : l’un consacrĂ© Ă  une soi-disant « greffe de cerveau », l’autre ayant pour titre racoleur « Tous crĂ©tins ? »

La « greffe » rapportĂ©e par une Ă©quipe chirurgicale sino-italienne Ă©tait la transplantation d’un crĂąne de cadavre sur le cou d’un autre cadavre humain. Prouesse chirurgicale ? Pas vraiment : Ă  l’époque des verres chirurgicaux grossissants, des fils ultrafins permettant des microsutures de vaisseaux et de nerfs, on ne voit pas bien oĂč rĂ©side l’exploit. C’est une Ɠuvre de couture de haute prĂ©cision, assurĂ©ment trĂšs longue et trĂšs minutieuse, mais le diagnostic d’une maladie rare ou prenant des masques trĂšs atypiques est bien davantage une affaire de haute voltige intellectuelle que ce geste opĂ©ratoire.

Greffe de cerveau.

Greffe de cerveau.

Car, au bout du compte, tout mĂ©decin sait que les brillants Esculapes dont « l’exploit » a Ă©tĂ© narrĂ© dans ces colonnes n’ont strictement rien fait que l’on puisse qualifier de « greffe de cerveau ».

Tout nerf traumatisĂ©, qu’il ait Ă©tĂ© sauvagement Ă©tirĂ©, rompu – comme c’est forcĂ©ment le cas d’une transplantation –, dĂ©truit par dĂ©myĂ©linisation (soit la perte de l’isolant Ă©lectrique, comme cela se voit dans les fibroses multiloculaires, vulgairement appelĂ©es sclĂ©roses en plaques, ou dans les poly-radiculo-nĂ©vrites) ou par manque d’oxygĂšne (comme lors d’une ischĂ©mie ou d’une hĂ©morragie cĂ©rĂ©brale ou mĂ©dullaire), subit une dĂ©gĂ©nĂ©rescence.

Dans cette dĂ©gĂ©nĂ©rescence, l’axone (la fibre nerveuse qui conduit l’influx Ă©lectrique jusqu’à l’effecteur : autres neurones, fibre musculaire, cellule sĂ©crĂ©toire etc.) est inutilisable, mais, si le noyau et les organites essentiels de la cellule nerveuse (le corps du neurone) ont Ă©tĂ© respectĂ©s, l’axone peut rĂ©gĂ©nĂ©rer. C’est un processus extrĂȘmement long et alĂ©atoire.

En effet, un nerf Ă©tant composĂ© de dizaine de milliers d’axones, il arrive que lors de la rĂ©gĂ©nĂ©ration, un axone se trompe de trajet. C’est bien connu chez les malades convalescents de paralysie faciale, oĂč il n’est pas exceptionnel de constater un « syndrome des larmes de crocodile » : les axones destinĂ©s aux glandes salivaires peuvent se retrouver dans les glandes lacrymales.

C’est infiniment plus frĂ©quent en cas de rupture du nerf : en dĂ©pit de la dextĂ©ritĂ© et des prĂ©cautions de repĂ©rage des chirurgiens, les axones d’un nerf peuvent se retrouver dans un autre nerf. En clair, non seulement la rĂ©innervation est toujours incomplĂšte au plan quantitatif, mais elle rĂ©serve des surprises de taille par erreur(s) de chemin, de destination, donc de fonction.

Transplanter un cerveau sur un autre humain, en n’envisageant la chose qu’au plan technique, est sans commune mesure, en alĂ©as, errances fonctionnelles et causes de dysfonctionnements, avec les difficultĂ©s d’une greffe de cornĂ©e (le geste le plus simple), de cƓur ou de rein, pour lesquels compte surtout la vascularisation et, pour le rein, la voie excrĂ©trice.

Mais, il est Ă©vident que le problĂšme de la greffe cĂ©rĂ©brale pose de façon quasi-exclusive un problĂšme moral. Si l’on considĂšre – et on ne voit aucune raison de ne pas le faire – que tout ĂȘtre humain est diffĂ©rent des autres et qu’il existe une inĂ©galitĂ© absolue entre les humains en matiĂšre de capacitĂ©s physiques, intellectuelles, artistiques et de conscience Ă©thique, la greffe du cerveau, organe-clĂ© de l’humaine condition, est la seule opĂ©ration que nul n’est en droit de tenter.

En dehors mĂȘme des monstrueux problĂšmes fonctionnels qui naĂźtraient de la dĂ©gĂ©nĂ©rescence axonale et de la perte de millions de neurones avant (le « donneur » ne pouvant qu’ĂȘtre en Ă©tat de coma dĂ©passĂ©) et pendant la transplantation, le problĂšme moral dĂ©bouche obligatoirement sur la notion d’interdit majeur.

Sur ce point, comme sur tout sujet scientifique ou technique, l’honnĂȘte homme n’a que faire de l’avis d’un pape, d’un dalaĂŻ-lama, d’un ayatollah ou d’un imam, d’un shaman ou de quelque mĂ©taphysicien que ce soit. Les religions ayant toutes, mĂȘme la bouddhiste, entraĂźnĂ© guerres et massacres, les membres de tous les clergĂ©s sont disqualifiĂ©s.

Un croyant peut se rĂ©fĂ©rer Ă  son gourou prĂ©fĂ©rĂ©, mais une communautĂ© nationale n’a que faire des discours filandreux, hypocrites et intĂ©ressĂ©s de thĂ©ologiens vantant l’excellence de leur brouet Ă  prĂ©tentions spirituelles. C’est aux maĂźtres de chaque État de poser Ă  la Nation, seule souveraine toujours et partout, de l’opportunitĂ© de permettre ou d’interdire formellement telle ou telle recherche ou expĂ©rimentation.

L’humain n’est pas un ĂȘtre en perpĂ©tuelle amĂ©lioration morale : l’histoire s’inscrit en faux contre cette prĂ©tention, hĂ©ritĂ©e de Socrate et Platon, reprise par les idiots optimistes du SiĂšcle (autoproclamé : lisez « Voltaire ») des LumiĂšres. Le XXe siĂšcle ayant Ă©tĂ© le plus meurtrier et le plus immonde de l’histoire – et le XXIe s’annonce Ă©galement trĂšs puissant sur ce point –, personne ne peut se fier en « l’évolution ascendante de la moralitĂ© humaine. »

L’humain n’est pas destinĂ© Ă  devenir un dieu, mĂȘme pas au sein de la christosphĂšre imaginĂ©e par un jĂ©suite dĂ©lirant. Laissons Ă  la nature le soin de transformer Ă©ventuellement quelques spĂ©cimens d’Homo sapiens sapiens en ce Surhomme rĂȘvĂ© par d’autres dĂ©lirants.

En attendant, considĂ©rons que la mort cĂ©rĂ©brale est LE critĂšre de la mort d’un ĂȘtre humain et qu’il est grotesque, absurde, immoral de vouloir jouer Ă  l’apprenti-sorcier.

L’autre article amusant est une histoire Ă  dormir debout, dans le registre : les progrĂšs de la chimie nous tuent. Certes, ce genre de baratin est fort Ă  la mode ; c’est mĂȘme le slogan unificateur de tous les Ă©colo-verdĂątres de la planĂšte : gauchistes aussi bien que mĂ©mĂšres de la droite molle peuvent au moins s’entendre sur ce plus petit dĂ©nominateur commun.

Des « auteures », friandes de gros tirages, immanquablement issus du scandale d’un effet d’annonce, dĂ©cident que « des Ă©tudes ont montrĂ© que  ».

Si ces dames avaient Ă©tudiĂ© le QI d’une population de rejetons de mĂ©decins de haut niveau, de docteurs en droit, de laurĂ©ats des grandes Ă©coles, elles auraient conclu que l’humanitĂ© Ă©volue vers des sommets, Ă©tant devenue majoritairement composĂ©e de surdouĂ©s.

Si Ă  l’inverse, elles Ă©tudient le QI d’élĂšves frĂ©quentant des Ă©coles minables, oĂč l’on a concentrĂ© les fils et filles d’individus qui n’ont pas Ă©tĂ© capables de suivre des Ă©tudes au-delĂ  de la 3e (en Ă©quivalent du cursus secondaire français), qui n’ont pu devenir de bons artisans ou des ouvriers inventifs, ces enquĂȘtrices ne peuvent que conclure Ă  une humanitĂ© fort peu prometteuse
 Ă  ceci prĂšs que, si elles passent au crible un million de ces gamins et gamines, elles tomberont sur le surdouĂ© de type kĂ©plĂ©rien : un crossing-over des chromosomes de deux parents mĂ©diocres aura abouti Ă  l’éclosion d’un gĂ©nie [Kepler, le vrai gĂ©nie de la physique, des mathĂ©matiques et de l’astronomie Ă  la jonction des XVIe et XVIIe siĂšcles, est nĂ© d’une sorciĂšre de village et d’un soudard reconverti en aubergiste].

Le plus beau sophisme des auteures tient en la dĂ©termination des causes qu’elles croient trouver Ă  leurs statistiques, biaisĂ©es par un phĂ©nomĂšne de recrutement : les produits chimiques de synthĂšse.

Un minimum de connaissances historiques et de rĂ©flexions leur aurait permis d’éviter d’écrire des Ăąneries. Les ersatz alimentaires des Allemands durant les annĂ©es 1915-1919 (car les gentils AlliĂ©s et AssociĂ©s poursuivirent le blocus alimentaire du Reich jusqu’à la signature de l’immonde TraitĂ© de Versailles, le 28 juin 1919), puis durant les annĂ©es 1936-1945, Ă©taient tirĂ©s de la chimie du charbon, du lignite et du pĂ©trole de synthĂšse.

En dĂ©pit de cette source, les Allemands firent deux dĂ©monstrations d’énergie et d’endurance, d’inventivitĂ© scientifique et technique, de fĂ©conditĂ© et de puissance de travail, d’hĂ©roĂŻsme et de pugnacitĂ© – Ă©galement de Furor teutonicus, on le reconnaĂźt volontiers
 alors les divagations sur la chimie provoquant baisses du QI, de la fĂ©conditĂ©, de la crĂ©ativitĂ©, on peut les oublier.

Et imaginer que le brassage des ethnies est peut-ĂȘtre la cause de l’abaissement du QI moyen en Ă©coles occidentales, que la baisse de la crĂ©ativitĂ© et celle de la fĂ©conditĂ© sont peut-ĂȘtre les sous-produits de ce que notre civilisation post-soixante-huitarde a produit de pire : le fĂ©minisme.

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Philippe Randa,
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