Ce texte a Ă©tĂ© initialement publiĂ© dans le site METAMAG, aujourd’hui dĂ©funt. Nous le reproduisons en hommage au travail de celles et ceux qui avaient fait de ce site du Net un outil d’information, de rĂ©flexion et de libertĂ©, en hommage Ă  celui qui fut du premier au dernier jour son rĂ©dacteur en chef et son animateur, Monsieur Jean-Pierre Toni.

« Tous les hommes sont idolĂątres, les uns de l’honneur,
les autres de l’intĂ©rĂȘt, la plupart de leur plaisir
 »

Balthazar Gracian.

2017 fut l’annĂ©e de la macronisation, non pas seulement des mĂ©dias, mais aussi des fantasmes de jeunes hommes et de jeunes femmes entrĂ©s depuis peu dans la vie active, fascinĂ©s, Ă©bahis, Ă©poustouflĂ©s par la carriĂšre de notre jeune prĂ©sident qui parvient, mois aprĂšs mois, Ă  occuper le devant de la scĂšne, sans jamais se renouveler, ni faire progresser d’un iota la sociĂ©tĂ© ou les institutions.

Jean II adoubant des chevaliers, Enluminure en Latin des XIVe / XVe siĂšcle.

Jean II adoubant des chevaliers, Enluminure en Latin des XIVe / XVe siĂšcle.

Il peut paraĂźtre amusant de rĂ©flĂ©chir au clinquant et Ă  l’éphĂ©mĂšre, opposĂ©s Ă  l’innovation et au durable
 si l’on prĂ©fĂšre : se pencher sur l’universel antagonisme du dĂ©magogue et de l’homme d’État. Le premier s’occupe de lui-mĂȘme, de son image, de sa fortune, de sa gloire. Le second cherche Ă  rĂ©soudre une crise de civilisation, parfois Ă  entraĂźner une Nation ou un groupe de Nations dans une grande aventure.

Soyons honnĂȘtes : le dĂ©magogue n’est dangereux que pour les finances de l’État. L’autre peut faire la grandeur d’une Nation, mais peut aussi la mener au dĂ©sastre.

Il est Ă©vident Ă  qui Ă©tudie l’histoire ou pour n’importe quel Ă©thologue (Ă  l’exception des niais), que l’ensemble des sociĂ©tĂ©s animales, dont l’humaine n’est que la plus Ă©laborĂ©e, sont rĂ©gies par des principes fĂ©odaux. Au sommet, rĂšgne un maĂźtre unique, du moins dans les sociĂ©tĂ©s durables et bien organisĂ©es. A contrario, toute association dominĂ©e par un groupe d’individus Ă©gaux en puissance, donc en capacitĂ© de nuisance, s’écroule rapidement.

Mais, dans les deux cas, le ou les maĂźtres commande(nt) une ou plusieurs structures pyramidales, oĂč Ɠuvrent, s’agitent et intriguent les ducs, dotĂ©s d’une certaine autonomie de dĂ©cision administrative (civile, militaire ou religieuse), eux-mĂȘmes dirigeant des barons spĂ©cialisĂ©s dans un domaine, avec, au-dessous de ces hauts individus, des chefs d’équipe (quelle que soit l’appellation qu’on voudra leur donner) et ainsi de suite jusqu’au plus humble emploi, jusqu’à la plus triviale fonction. Et le minus habens a encore la possibilitĂ© de faire sentir sa puissance Ă  son conjoint, Ă  ses enfants, voire Ă  son chien.

La fĂ©odalitĂ© Ă©tant la rĂšgle de toutes les Ă©poques et de l’ensemble du rĂšgne animal, il peut paraĂźtre intĂ©ressant de diffĂ©rencier les deux types extrĂȘmes de comportement entre lesquels Ă©volue la totalitĂ© des humains. Étant bien entendu, que toujours et partout, l’humanitĂ© moyenne virevolte entre les deux options opposĂ©es : celui qui se plie aux effets de mode et vĂ©nĂšre le titulaire de la Potestas (la puissance), pour faire carriĂšre ou pour participer Ă  une Ă©ventuelle curĂ©e, et celui dont l’honneur est de servir une noble cause, sans jamais se renier.

L’humanitĂ© Ă©tant ce qu’elle est – une foule aisĂ©ment manipulable, si on la prend bien –, le discours convaincant dirige seul la vie des communautĂ©s. Et c’est lĂ  que commencent les ennuis pour tout le monde. Les bonnes questions sont, toujours et partout, de savoir ce que cachent les grands mots et de dĂ©terminer ce que sont rĂ©ellement le devoir et l’éthique.

Certes, il n’est pas trente-six façons d’ĂȘtre honnĂȘte et de conserver son honneur : de ce cĂŽtĂ©-lĂ  les choses sont simples. Mais le devoir s’oppose parfois Ă  ces deux notions fondamentales, d’oĂč de trĂšs gros conflits entre le sens du devoir et la conscience Ă©thique, chez l’individu, homme ou femme – le sexe ne faisant rien Ă  l’affaire – que l’on peut qualifier de preux. L’enthousiasme du chevalier engagĂ© dans une grande aventure, collective ou individuelle, peut l’amener Ă  faire ce Ă  quoi son Ă©thique personnelle s’opposerait dans la vie privĂ©e. Pour la cause (politique, religieuse, scientifique), certains sont prĂȘts Ă  sacrifier les impĂ©ratifs de leur surconscience, d’autres s’y refusent.

En revanche, l’homme de cour fera siens les mensonges petits et gros, fera siennes les confusions sĂ©mantiques Ă  propos de certains mots, trop souvent prostituĂ©s, comme ceux de LibertĂ©, d’ÉgalitĂ©, de DĂ©mocratie, de Droit(s), de SolidaritĂ©, voire de FraternitĂ©. L’excĂšs d’utilisation de ces slogans provoque obligatoirement l’extension quasi infinie de leurs acceptions.

Selon l’intĂ©rĂȘt des beaux parleurs Ă  la mode, le mĂȘme terme peut signifier deux idĂ©es totalement opposĂ©es. Chacun se souvient des sanglantes et ineptes dictatures marxistes qui se qualifiaient de « DĂ©mocraties populaires ». Chacun sait que les termes de CommunautĂ© et de FraternitĂ© impliquent le rejet, plus ou moins violent, de l’autre (Goy ou infidĂšle) dans les religions juive ou mahomĂ©tane. Il faut reconnaĂźtre que, via l’économie globale et la mondialisation de la vie culturelle, nous vivons une Ă©poque privilĂ©giĂ©e dans les registres de la duperie et du trucage.

À toute Ă©poque et en tous continents, le totalitarisme fut d’exiger des fidĂšles et des citoyens qu’ils agissent et pensent Ă  l’unisson, respectant Ă  la lettre les slogans et les injonctions des puissants du jour – les maĂźtres temporels, les gourous spirituels ou les individus parĂ©s des deux fonctions. Et toujours et partout, l’on observa une foule de suiveurs et une infime minoritĂ© d’opposants.

La bipolarisation de l’humanitĂ© entre l’homme de cour ou d’appareil et le chevalier est ubiquitaire et universelle ; si l’on prĂ©fĂšre, elle est de toutes les Ă©poques et de toutes les races. Chacun est libre de suivre ou non son programme gĂ©nĂ©tique qui le prĂ©destine Ă  ĂȘtre un ambitieux ou un idĂ©aliste, c’est affaire de libre arbitre (le choix) et de transcendance (la critique morale du choix).

Les hellĂ©nistes connaissent le vers d’Eschyle : « Quel mortel reste juste s’il ne craint rien ? », tirĂ© des EumĂ©nides et trop souvent citĂ© hors contexte. L’homme, la femme (ou l’individu bizarre et indĂ©finissable) de cour craignent le renvoi, soit la mise Ă  l’écart des sources de l’argent, plus ou moins facilement gagnĂ©, de la participation au pouvoir sur autrui et de la notoriĂ©tĂ©. L’esprit religieux est (en principe) maintenu dans un chemin pas trop tortueux par la peur de l’enfer et l’espoir d’un paradis. Le chevalier n’a qu’une crainte : celle de dĂ©choir Ă  ses yeux et Ă  ceux des ĂȘtres qu’il aime.

Que l’on soit chef ou suiveur, Ă  quelque rang que l’on soit placĂ© ou qu’on se soit hissĂ©, le dilemme reste le mĂȘme : plier par opportunisme ou demeurer jusqu’au bout un ĂȘtre de devoir et de conviction. Il est plus aisĂ© – c’est ce que la majoritĂ© des humains a compris depuis la nuit des temps – de s’adapter Ă  son Ă©poque, soit hurler tantĂŽt avec les loups, tantĂŽt avec les brebis, pour le plus grand bĂ©nĂ©fice du chef de meute ou du berger.

Comme rien n’est simple dans ce sujet, on laissera le lecteur libre de choisir celle des phrases antagonistes contenues dans le livre bien connu du jĂ©suite (!) Balthazar Gracian (Maximes – L’homme de cour), publiĂ© en 1647, ce qui prouve que de longue date l’on s’interroge sur ces notions : « Une heureuse fin couronne le tout, mĂȘme si l’on a usĂ© de faux moyens pour y arriver » versus : « Tout ce qui est bon ne triomphe pas obligatoirement ».

Pour l’heure, triomphent plus que jamais le monde des apparences et la richesse divinisĂ©e.

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A propos de l'auteur

Bernard Plouvier

Ancien chef de service hospitalier, spĂ©cialisĂ© en MĂ©de­cine interne.Il est auteur de nombreux livres historiques (L’énigme Roosevelt, faux naĂŻf et vrai machiavel ; La tĂ©nĂ©breuse affaire Dreyfus ; Hitler, une biographie mĂ©dicale et politique ; Dictionnaire de la RĂ©volution française,
) et d'essais (RĂ©flexions sur le Pouvoir. De Nietzsche Ă  la Mondialisation ; Le XXIe siĂšcle ou la tentation cosmopolite ; Le devoir d’insurrection,
). Il a Ă©tĂ© Ă©lu membre de l’AcadĂ©mie des Sciences de New York en mai 1980.

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