Une autre Europe, oui, mais Ă  deux conditions.

Tout d’abord, il lui faut une autre conception de l’économie. Ensuite, il lui faut admettre que le cadre des États-Nations est devenu trop Ă©triquĂ© pour construire une Europe puissante.

La question qui se pose Ă  ces deux conditions se rĂ©duit Ă  une double impossibilitĂ© si l’on veut suivre le credo des Ă©conomistes libĂ©raux qui n’admettent aucune critique de l’économie actuelle et de ses ressorts. La mondialisation interdirait toute remise en question des dogmes Ă©conomiques. On les a entendus lors du Brexit
 pour constater leur discrĂ©tion depuis juin dernier.

Le « chiffon rouge » de l’économie officielle propagĂ©e par nos Ă©lites, infĂ©odĂ©es au systĂšme de l’économie financiĂšre mondialiste, fidĂšles Ă  l’économie monĂ©taire, bible de la BCE notamment, empĂȘche toute discussion sur un nouveau systĂšme Ă©conomique qui sortirait des diktats du dollar et des ordres de la toute-puissante AmĂ©rique et de ses monstres financiers, vĂ©ritables tentacules d’une pieuvre dominant le monde.

La seconde impossibilitĂ© tĂ©tanisante est l’idĂ©e inouĂŻe de la disparition des États-Nations europĂ©ens. Et pourtant, d’une maniĂšre ou d’une autre, de tous les bords politiques, la question est abordĂ©e, effleurĂ©e, suggĂ©rĂ©e, mĂȘme de maniĂšre subliminale, des romantiques de l’Europe de Monet jusqu’aux ultralibĂ©raux Ă©chevelĂ©s, car les peuples europĂ©ens n’y sont pas encore prĂȘts.

Et pourtant aussi, on ne cesse de reparler du « retour » des États-Nations chez les populistes ou ceux qui pensent que le cadre « patriotique » des États modernes constitue un sauvetage possible de nos maux. Quelle rĂ©gression ! Quelle vision Ă©triquĂ©e d’une Europe vĂ©ritablement moderne ! En un mot, quelle erreur hĂ©ritĂ©e d’un temps rĂ©volu. La vision, Ă  l’inverse, des ultralibĂ©raux et de nos Ă©lites officielles, est tout aussi dangereuse pour notre avenir en nous agglomĂ©rant toujours plus Ă  un systĂšme Ă©conomique au service des intĂ©rĂȘts anglo-saxons, et notamment amĂ©ricains, et paralysant pour une volontĂ© autonome de l’Europe.

La mesure de l’économie, fondĂ©e sur un capital indĂ©pendant des rĂ©alitĂ©s entrepreneuriales, la financiarisation de l’économie, le tout « marchandisation », le profit Ă  tout prix basĂ© sur une innovation devenue folle et toujours plus Ă©phĂ©mĂšre pour rĂ©pondre Ă  une concurrence toujours plus vigoureuse et vorace autant que volatile. Fuite en avant d’un systĂšme Ă©conomique qui marche Ă  grands pas vers les limites de sa perte


Non ! de notre perte, car la considĂ©ration essentielle Ă  retenir est la disparition de l’homme dans l’économie moderne. L’homme est devenu l’esclave de l’économie, comme c’est l’homme qui doit se soumettre Ă  l’informatique alors que c’était l’informatique qui devait, au dĂ©part, ĂȘtre au service de l’homme.

Lorsque Platon Ă©crit que « c’est l’homme qui est la mesure de toute chose », il faudrait Ă©clairer cette idĂ©e majeure en Ă©crivant : « C’est l’homme – et non l’économie financiĂšre – qui est la mesure de toute chose ». Cela signifie faire du travail, attribut naturel de l’homme, l’étalon d’une nouvelle Ă©conomie.

« L’étalon-travail » doit remplacer l’étalon financier de notre monde europĂ©en. Bouleversement des concepts Ă©conomiques du XXe siĂšcle, mais dĂ©jĂ  abordĂ© par de nombreux Ă©conomistes dont Francis Delaisi, socialiste, journaliste Ă  La Vie OuvriĂšre, mort en 1947, il y a soixante-dix ans cette annĂ©e.

Son rapprochement Ă©conomique avec les conceptions europĂ©ennes de l’Allemagne, en 1942, lui vaudra des soucis Ă  la LibĂ©ration, lui, l’homme de gauche, l’ancien dirigeant de la Ligue des Droits de l’Homme, l’admirateur de Briand !

Et pourtant il a inspirĂ©, dans la plus grande discrĂ©tion, de nombreux hommes politiques, Ă©conomistes de l’AprĂšs-Guerre. Mais les anathĂšmes interdisent de dĂ©fendre les idĂ©es les plus novatrices surtout lorsqu’elles sont contraires aux intĂ©rĂȘts du vainqueur et de sa domination du monde.

Rompre avec le dollar qui reprĂ©sente quasiment 75 % des Ă©changes du monde, en dĂ©veloppant une Ă©conomie indĂ©pendante de l’Europe, forte de ses 500 millions d’habitants – et encore hors Russie blanche – et de son PIB supĂ©rieur Ă  celui des USA et de la Chine. Cette Chine, elle-mĂȘme en lutte contre le « roi-dollar », et qui dĂ©fend ses intĂ©rĂȘts comme l’Europe devrait le faire au plus tĂŽt, au risque d’ĂȘtre dĂ©truite par les USA et les luttes intestines mĂ©diocres de ses États-Nations « patriotes ».

Le patriotisme Ă©conomique est un patriotisme europĂ©en. L’Europe est la patrie des peuples europĂ©ens, de leur travail, de son Ă©conomie. La mondialisation devient en rĂ©alitĂ© une rĂ©gionalisation gigantesque du monde. L’Europe doit s’y affirmer comme un acteur dĂ©terminant, pas comme un avatar des USA.

Vous avez aimé cet article ?

EuroLibertĂ©s n’est pas qu’un simple blog qui pourra se contenter ad vitam aeternam de bonnes volontĂ©s aussi dĂ©vouĂ©es soient elles
 Sa promotion, son dĂ©veloppement, sa gestion, les contacts avec les auteurs nĂ©cessitent une Ă©quipe de collaborateurs compĂ©tents et disponibles et donc des ressources financiĂšres, mĂȘme si EuroLibertĂ©s n’a pas de vocation commerciale
 C’est pourquoi, je lance un appel Ă  nos lecteurs : NOUS AVONS BESOIN DE VOUS DÈS MAINTENANT car je doute que George Soros, David Rockefeller, la Carnegie Corporation, la Fondation Ford et autres Goldman-Sachs ne soient prĂȘts Ă  nous aider ; il faut dire qu’ils sont trĂšs sollicitĂ©s par les medias institutionnels
 et, comment dire, j’ai comme l’impression qu’EuroLibertĂ©s et eux, c’est assez incompatible !
 En revanche, avec vous, chers lecteurs, je prends le pari contraire ! Trois solutions pour nous soutenir : cliquez ici.

Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.

A propos de l'auteur

Richard Dessens

Enseignant pendant plusieurs annĂ©es dans une Ă©cole prĂ©paratoire aux concours d’entrĂ©e aux IEP et Écoles de journalisme, Richard Dessens crĂ©e et dirige parallĂšlement une troupe de thĂ©Ăątre dans la rĂ©gion de Montpellier. Docteur en droit, DEA de philosophie et licenciĂ© en histoire, il est l’auteur d’ouvrages de philosophie et d’histoire des idĂ©es politiques, de relations internationale. Il a entres autres livres publiĂ© aux Ă©ditions Dualpha "Henri Rochefort ou la vĂ©ritable libertĂ© de la presse", "La dĂ©mocratie interdite" et "Histoire et formation de la pensĂ©e politique".

Articles similaires