L’article 49 du TUE (TraitĂ© de l’Union EuropĂ©enne) de 1993 Ă©nonce les critĂšres nĂ©cessaires pour faire partie de l’Europe. Le premier est d’ĂȘtre un État, c’est-Ă -dire possĂ©der une organisation institutionnelle avec souverainetĂ©. Le second est d’ĂȘtre « europĂ©en », sans plus de prĂ©cision, mais dont l’esprit est gĂ©ographique, avec les ambiguĂŻtĂ©s qu’il recouvre tout de mĂȘme Ă  l’est et au sud-est de l’Europe, ambiguĂŻtĂ©s souvent plus politiques que gĂ©ographiques en rĂ©alitĂ©. D’ailleurs, certains prĂ©tendent (cf infra Rapport du SĂ©nat) que la prĂ©tendue « culture europĂ©enne » est en rĂ©alitĂ© universaliste et s’étend Ă  de nombreux autres États dans le monde.

Le troisiĂšme critĂšre repose sur l’attachement aux valeurs visĂ©es Ă  l’article 2 du TFUE (TraitĂ© sur le fonctionnement de l’Union europĂ©enne) : « L’Union est fondĂ©e sur les valeurs de respect de la dignitĂ© humaine, de libertĂ©, de dĂ©mocratie, d’égalitĂ©, de l’État de droit, ainsi que de respect des droits de l’homme, y compris des droits des personnes appartenant Ă  des minoritĂ©s. Ces valeurs sont communes aux États membres dans une sociĂ©tĂ© caractĂ©risĂ©e par le pluralisme, la non-discrimination, la tolĂ©rance, la justice, la solidaritĂ© et l’égalitĂ© entre les femmes et les hommes. »

En fait, cette condition recouvre un ensemble de valeurs trĂšs gĂ©nĂ©ralistes, copie conforme de la DUDH (DĂ©claration universelle des droits de l’homme) de 1948, sans aucune spĂ©cificitĂ© europĂ©enne. Ce critĂšre est d’ailleurs significatif du refus d’une identitĂ© europĂ©enne et en mĂȘme temps d’un ƓcumĂ©nisme universaliste et mondialiste sans consistance mobilisatrice ni rattachement Ă  une civilisation originale. Sans aucune dĂ©marcation avec d’autres cultures ou civilisations, ce critĂšre fait de l’Europe une sorte d’attrape-tout de toutes les mixitĂ©s en dĂ©truisant toute vellĂ©itĂ© de diffĂ©renciation. L’esprit du TUE est celui du renoncement, son inspiration, la repentance.

Le quatriĂšme critĂšre, postĂ©rieur au TUE, dit « critĂšres de Copenhague », concerne des mesures qui sont essentiellement Ă©conomiques et financiĂšres avec obligation de se plier aux exigences politiques, Ă©conomiques et monĂ©taires de l’Union europĂ©enne. VoilĂ  le dernier clou du cercueil europĂ©en dont le contenu est donc uniquement constituĂ© des vagues valeurs gĂ©nĂ©reuses et cosmopolites des « droits de l’homme », complĂ©tĂ©es du seul enjeu de notre modernité : la financiarisation d’une Ă©conomie mondialisĂ©e. L’idĂ©al est splendide, le vivre-ensemble magnifié !

Par ailleurs, le rapport Fauchon, de la Commission des Affaires EuropĂ©ennes du SĂ©nat, en juin 2010, fait des États les seuls acteurs de l’Union en balayant toute possibilitĂ© d’une Europe des rĂ©gions considĂ©rĂ©e comme une utopie et sans consistance. On comprend le poids des lobbies financiers dans de telles assertions. D’autant que les NUTS (nomenclature des unitĂ©s territoriales) dĂ©terminĂ©es par l’Union recensent officiellement 98 rĂ©gions de niveau 1 (grandes rĂ©gions) et 274 de niveau 2 (sous-divisions du niveau 1), afin de dĂ©crĂ©dibiliser toute idĂ©e rĂ©gionaliste europĂ©enne.

En fait, les 98 rĂ©gions recensĂ©es en NUTS 1 dĂ©limitent parfaitement les contours d’une organisation europĂ©enne fondĂ©e sur des grandes rĂ©gions souveraines Ă©quilibrĂ©es. L’idĂ©e entĂȘtante et rĂ©cente des États-Nations reste contraire au principe du « droit des peuples Ă  disposer d’eux-mĂȘmes » tant dĂ©veloppĂ©e Ă  la chute des Empires en 1918. Ces Empires europĂ©ens qui avaient su crĂ©er un embryon d’Europe moderne en rassemblant des nationalitĂ©s diverses en leur sein. Leur Ă©chec final pour de nombreuses raisons ne doit pas pour autant faire dĂ©daigner le concept d’un nouvel « empire europĂ©en » unifiĂ©, sur fond d’identitĂ©s rĂ©gionales et d’une nouvelle europĂ©anitĂ© fĂ©dĂ©ratrice. Les disparitĂ©s des peuples europĂ©ens sont une richesse qui constitue l’ñme europĂ©enne, et non une entrave supposĂ©e. Avant de vouloir Ă©tendre l’Europe Ă  la MĂ©diterranĂ©e, Ă  IsraĂ«l ou Ă  la Turquie, commençons par fĂ©dĂ©rer les peuples europĂ©ens
 Ce que l’Union est dĂ©jĂ  incapable de rĂ©aliser sans idĂ©al, sans objectif, sans contenu charnel, sans vision civilisationnelle.

Ceux (conclusion du rapport Fauchon) qui considĂšrent que l’Europe est Ă  la fois un espace et une puissance qui a vocation Ă  s’étendre au-delĂ  de ses contours gĂ©ographiques, entraĂźnent l’Europe vers une dislocation inĂ©luctable et la fin de sa civilisation, dans une envolĂ©e de modernitĂ© mondialiste suicidaire.

(à suivre
)

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