Devant les dĂ©ferlantes populistes qui, Ă  travers l’Europe entiĂšre, s’abattent sur les partis encore dits de gouvernement, il est de notre devoir d’apporter Ă  leurs dirigeants une aide « citoyenne », ne serait-ce qu’en leur rappelant certains principes que, dans ces moments de panique, il ne faut surtout pas oublier.

Léon Gambetta énonçait un postulat que tous les chefs de parti devraient inscrire sur les portes de leurs toilettes pour le méditer dans la profonde solitude qui sied à tout homme de réflexion : « On gouverne avec son parti, on administre avec ses capacités. »

S’il succĂšde au lendemain d’un revers quelconque Ă  tel ou tel camarade plus ou moins en disgrĂące, le chef de parti, dans les jours qui suivront, fustigera les siens en rappelant le truisme de PĂ©guy : « Tout parti vit de sa mystique et meurt de sa politique. »

Pour peu qu’il ait la foi, il pourra mĂȘme adresser au Tout-Puissant cette priĂšre vieille comme le monde : « Mon Dieu, protĂ©gez-moi de mes amis, mes ennemis je m’en occupe. »

Lorsqu’il accĂšde Ă  la conduite de son parti, l’infortunĂ© adoubĂ© doit tout d’abord savoir « qu’il ne faut pas compter sur ceux qui ont crĂ©Ă© des problĂšmes pour les rĂ©soudre. »

Il devra aussi admettre le thĂ©orĂšme de Paul ValĂ©ry : « La politique est l’art d’empĂȘcher les gens de se mĂȘler de ce qui les regarde », y compris et surtout ceux de son propre camp. Il veillera Ă  la propretĂ© presque corporelle de ces derniers en pensant Ă  la prĂ©cieuse remarque de Jean Yanne : « S’il existait une Ă©cole de la politique, les locaux devraient ĂȘtre Ă©difiĂ©s rue de la SantĂ©. Les Ă©lĂšves pourraient s’habituer. »

Un chef de parti aguerri doit avoir toutes les qualitĂ©s d’un bon chef d’orchestre. Ses rĂ©elles capacitĂ©s seront mises en Ă©vidence lorsque, dans l’exĂ©cution d’un pot plus que pourri, il devra concilier les mesures « d’un scrutin de Liszt avec celles d’une sonate au clair de l’urne », tout en veillant bien sĂ»r Ă  ce que ses instrumentistes interprĂštent la mĂȘme partition.

Auparavant il devra s’assurer que sa transcription est conforme aux valeurs nouvelles : « Une noire vaut une blanche » par exemple. Pour maĂźtriser la cacophonie, il n’hĂ©sitera pas Ă  user du bĂ©mol, de la sourdine et du silence dont on dit, plus qu’ailleurs, qu’il est d’or. Il devra mettre au diapason les tĂ©nors quelque peu tonitruants. Bref, comme le conseillait le docteur Wegeler qui avait l’oreille de Beethoven deux fois plutĂŽt qu’une : « A bon entendeur, salut ! »

Un humoriste prĂ©tendait que « l’homme politique sage doit toujours voir les choses venir de loin pour pouvoir les Ă©tudier de plus prĂšs. »

Souvent trop imbu de son rĂŽle, et pour peu qu’il sorte de l’ENA, source intarissable de l’Omniscience et de l’InfaillibilitĂ© conjuguĂ©es, il ne devra surtout pas ignorer ce conseil, fĂ»t-il celui d’un bateleur d’estrade : « Mais Mon Dieu ! Que c’est dur ! »

Demandez donc Ă  un chef de parti quelle est l’épreuve, hĂ©las imposĂ©e, qu’il redoute en premier.

« L’interview ! », vous rĂ©pondra-t-il le plus souvent.

Malheureusement pour lui qui prĂ©tend contribuer sinon participer Ă  la conduite du char de l’État, il est supposĂ© avoir rĂ©ponse Ă  tout. Or, comme le notait l’éminent politologue Jean Yanne dĂ©jĂ  citĂ©, « étant bon Ă  tout, il ne peut ĂȘtre que propre Ă  rien ». D’oĂč la nĂ©cessitĂ© d’une prudence redoublĂ©e. Rappelez-vous les irruptions malencontreuses de Madame de la Fayette et de Patrick Modiano sur la scĂšne mĂ©diatico-politique. Il lui est donc recommandĂ© de recourir aux enseignements de deux maĂźtres qui, dans cet exercice pĂ©rilleux excellaient : De Gaulle et Mitterrand. Le premier ne traitait vraiment d’un sujet que si c’était lui qui l’avait imposĂ© lors de la prĂ©paration de son intervention. Mieux il n’hĂ©sitait pas Ă  rĂ©pondre Ă  une prĂ©tendue question qui, en fait, ne lui avait pas Ă©tĂ© posĂ©e. Le rusĂ© François quant Ă  lui, ne dĂ©rogeait jamais Ă  ce curieux principe : « Il ne faut jamais faire de rĂ©ponse embarrassĂ©e Ă  une question embarrassante »  Tout en soulignant le danger d’ĂȘtre trop net dans l’expression de sa pensĂ©e : « Ne nous embarrassons pas de formules trop prĂ©cises. Elles risquent de nous faire perdre. »

Un autre danger rĂ©side dans l’averse des sondages d’opinion qui, en ces pĂ©riodes de crise, tombent comme Ă  Gravelotte. Or, ainsi que le constatait Yvan Audouard, « quand un homme politique recule dans les sondages, c’est rarement pour prendre son Ă©lan ». LĂ  rĂ©side en effet un vrai danger car le citoyen en est de plus en plus friand. Faire alors en sorte de le noyer immĂ©diatement sous le flot de sondages parasites qui dĂ©tourneront son attention vers des sujets plus consensuels. Un exemple : « Est-il prĂ©fĂ©rable d’ĂȘtre riche et bien portant plutĂŽt que pauvre et malade ? »

Les soirs de dĂ©sastre Ă©lectoral, dans ses interventions publiques, le vaincu suggĂ©rera fortement (exercice dĂ©licat, il faut en convenir) qu’il n’est responsable de rien, victime des autres qui sont capables de tout. En consĂ©quence de quoi on peut affirmer que, tel le phĂ©nix, le politicien malin saura tĂŽt ou tard renaĂźtre des cendres des professions de foi et des bulletins de vote trĂšs vite incinĂ©rĂ©s. En vue de cette rĂ©surrection et pour laisser une bonne impression, il pourra se draper dans sa dignitĂ© en Ă©voquant Paul-Louis Courier : « Le plus bel acte dont l’homme soit capable, renoncer au pouvoir ». Et plus prosaĂŻquement, en son for intĂ©rieur, il fera sienne la sagesse de Michel Audiard affirmant qu’« Il vaut mieux s’en aller la tĂȘte basse que les pieds devant. »

Les soirs de victoire, l’homme politique soufflera enfin en pensant qu’il dispose dĂ©sormais de toute une mandature pour reprendre des forces car « la conquĂȘte du pouvoir fatigue plus que son exercice. »

Qu’il est doux de ne plus rien faire quand tout continue à s’agiter autour de vous.

Et il pourra benoĂźtement faire sienne la remarque de l’expert Edgar Faure : « Voici que s’avance l’immobilisme et nous ne savons pas comment l’arrĂȘter. »

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