(Propos recueilli par Fabrice Dutilleul)

Qui ĂȘtes-vous et qu’est-ce qui vous a guidĂ© pour Ă©crire ce livre ?

Je m’appelle AurĂ©lio Brouri, j’ai 27 ans et j’ai fait des Ă©tudes de philosophie et d’histoire, ce qui explique la mĂ©thode que j’ai utilisĂ©e dans ce court essai. Je crois que l’Histoire toute seule, rĂ©duite Ă  la relation des Ă©vĂ©nements, est aveugle Ă  leur sens profond. Mais inversement la philosophie, si elle n’est que conceptuelle, se rĂ©duit Ă  une macĂ©ration abstraite sans prise sur la rĂ©alité vĂ©cue. Il faut donc rĂ©unir les deux pour parvenir Ă  une vue intelligible du monde. C’est la dĂ©marche que j’ai tentĂ©e.

« Sauver notre civilisation en pĂ©ril » : un titre trĂšs ambitieux, tout de mĂȘme ?

Le titre n’est pas de moi, et d’ailleurs je ne pense pas qu’on sauve une civilisation avec un livre, ni mĂȘme qu’on puisse « sauver » tout court une civilisation. On ne sauve jamais rien du tout. Pour se perpĂ©tuer, on est toujours obligĂ© de se renouveler sans cesse. C’est le roman de Lampedusa, Le GuĂ©pard, qui avait montrĂ© ça : tout changer pour que rien ne change. L’histoire et le rĂ©el bougent tout le temps. Il faut bouger avec pour ne pas ĂȘtre Ă©crasĂ©, et si on veut vraiment se sauver, inventer autre chose !

Il est frappant de constater que les pays qui rĂ©ussissent dans la mondialisation, les pays qu’on dit Ă©mergents – l’Inde et la Chine notamment – sont en mĂȘme temps de trĂšs vieux pays qui peuvent s’appuyer sur une culture millĂ©naire. Leur problĂ©matique, dans des condi­tions diffĂ©rentes, se rapproche de la nĂŽtre : comment ĂȘtre Ă  la pointe de l’avenir sans se renier ?

Que pourrions-nous donc encore inventer aujourd’hui ?

C’est en effet la grande question, et je m’abstiens volontairement de toute indication prĂ©cise. Dans la conclusion, je dĂ©veloppe l’idĂ©e que les renaissances europĂ©ennes se sont toujours produites en rĂ©fĂ©rence Ă  l’AntiquitĂ©. C’est une matrice indĂ©passable. Mais encore faut-il l’actualiser, ce qui ne peut ĂȘtre qu’un travail collectif et de longue haleine. C’est pourquoi je qualifie ce livre de simple « premiĂšre contribution ». Pour inventer audacieusement, il faut cultiver une trĂšs longue mĂ©moire.

Comment est construit votre livre ?

J’essaie de balayer les grands problĂšmes gĂ©nĂ©raux qui se posent Ă  l’Occident aujourd’hui. Mais je me suis imposĂ© comme contrainte de le faire d’une façon trĂšs courte, car il n’y a que les petits formats qui atteignent vraiment leur cible. Dans le premier chapitre, je reviens sur le parcours de l’Europe depuis la chute de l’Empire romain ; dans le deuxiĂšme, j’examine l’Islam d’un point de vue politique
 dans le troisiĂšme je me penche sur la question de l’emploi et du chĂŽmage de masse, et dans le dernier j’ouvre la perspective en essayant de dĂ©terminer ce que recouvre prĂ©cisĂ©ment le concept d’« Occident ». Vous le voyez : des questions trĂšs globales, totalisantes, dont chacune mĂ©riterait un livre entier. Mais le but de ce format condensĂ© Ă©tait de montrer leur interaction.

Que prétendez-vous apporter de nouveau sur toutes ces questions ?

J’opĂšre des comparaisons qu’on ne fait pas d’habitude, par exemple entre le clientĂ©lisme sous l’Empire romain et l’assistanat actuel ou entre le salafisme et le protestantisme du XVIe siĂšcle. Mais ce n’est pas l’essentiel. C’est la maniĂšre de mettre tous ces Ă©lĂ©ments en cohĂ©rence qui fait sens, pour faire voir que tout au final se rapporte Ă  la question de ce que nous sommes, en deçà des structures politiques ou Ă©conomiques. Je vous rĂ©pondrai avec Pascal : « Qu’on ne dise pas que je n’ai rien dit de nouveau : la disposition des matiĂšres est nouvelle ; quand on joue Ă  la paume, c’est une mĂȘme balle dont joue l’un et l’autre, mais l’un la place mieux. »

AurĂ©lio Brouri, Sauver notre civilisation en pĂ©ril, Éditions de Paris Max Chaleil, Collection « Actuels », 80 pages, 9 €.

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