« LibĂ©ralisme ! Qu’as-tu fait de notre jeunesse ? », pourrait-on s’écrier sur le mĂȘme registre que « Liberté ! Que de crimes on commet en ton nom ! »

On peut dĂ©crier cette jeunesse pour laquelle sa culture et son histoire se rĂ©sument Ă  la formule « J’étais pas né ! », jeunesse qui rejette tout ce qui est antĂ©rieur aux annĂ©es quatre-vingt-dix comme elle rejette la politique, son hĂ©ritage, ses racines. Jeunesse sans convictions non plus, et par consĂ©quent, autres que celles qui reposent dans les iPhones, les chaussures de chez Footlooker et maintenant le Pokemon Go. Jeunesse fiĂšre d’ĂȘtre inculte et mĂ©prisante pour ceux qui tentent de ne pas l’ĂȘtre. Et c’est normal dans une sociĂ©tĂ© oĂč la massification systĂ©matique de l’enseignement « supĂ©rieur » donne un baccalaurĂ©at Ă  90 % de la jeunesse, multiplie les diplĂŽmes Ă  bon marchĂ©, se glorifiant de la dĂ©mocratisation de la culture, et verse en mĂȘme temps des larmes de crocodile sur l’abstention massive des jeunes aux Ă©lections. La dĂ©mocratie moderne, c’est le Guet du Moyen Âge : « Dormez tranquilles, braves gens, on veille sur vous ! »

AprĂšs s’ĂȘtre attaquĂ©e aux adultes des annĂ©es soixante, par une sociĂ©tĂ© de consommation anesthĂ©siante qui a transformĂ© le citoyen en consommateur, la dĂ©mocratie libĂ©rale moderne est passĂ©e aux racines des peuples en mettant tout en Ɠuvre pour rendre la jeunesse Ă  la merci des intĂ©rĂȘts supĂ©rieurs politico-Ă©conomiques du monde.

AprĂšs le transistor, la tĂ©lĂ©vision et la machine Ă  laver des annĂ©es soixante/soixante-dix, internet et ses avatars ont mis au pas la jeunesse. Le « paraĂźtre » a dĂ©finitivement tuĂ© « l’ĂȘtre ».

Mais ce processus est en rĂ©alitĂ© hautement pervers. Faire croire aux jeunes qu’ils font des « études » est apparemment dĂ©mocratique, tout comme libĂ©rer leur individualisme par l’iPhone, internet, le web 2.0, 3.0 et bientĂŽt 4.0, renforce un Ă©litisme cachĂ© et totalement antidĂ©mocratique. Les Ă©lites europĂ©ennes, celles qui sortent de pĂšre en fils des mĂȘmes grandes Ă©coles, auxquelles la jeunesse n’a plus accĂšs tant son niveau rĂ©el est devenu faible par la volontĂ© de l’Éducation nationale, ne se renouvellent plus. On est le « fils de », on sort de l’ENA (ce n’est qu’un exemple !) ou on n’est plus rien. Et encore mieux, la sĂ©lection par des Ă©tudes par ailleurs inutiles, est dĂ©sormais basĂ©e sur l’argent et non sur le mĂ©rite. La multiplication des Ă©coles privĂ©es (de commerce notamment) Ă  6 000 ou 8 000 euros/an fait sortir au bout de 5 ans des milliers de jeunes qui s’étonnent, de surcroĂźt, de ne pas trouver de travail !

Guy Debord, le situationniste, dĂ©nonçant la sociĂ©tĂ© du spectacle et Pierre Bourdieu le sociologue dominant des annĂ©es soixante et soixante-dix avec sa charge contre l’école et la rĂ©duction des Ă©lites Ă  un prĂ© carrĂ©, n’avaient-ils pas raison dans leurs principes, alors qu’ils ont Ă©tĂ© largement combattus par la droite (et la droite dite extrĂȘme) de l’époque ? Finalement tout cela est logique.

Ce qui l’est moins, c’est que la jeunesse, Ă  laquelle on fait croire qu’elle est le symbole d’un avenir radieux fondĂ© sur l’ƓcumĂ©nisme, l’universalisme, la mixitĂ© institutionnalisĂ©e, le droit-de-l’hommisme, l’écologie apparente, ce qu’on appelle la « gĂ©nĂ©rosité » en quelque sorte, cette jeunesse est trompĂ©e par des slogans faciles qui n’ont qu’un but : « l’esclavagiser » pour un avenir rĂ©servĂ© Ă  des Ă©lites qui Ă©tudient dans les grandes Ă©coles des milieux fermĂ©s, et destinĂ©es Ă  diriger les gigantesques troupeaux qu’elles ont anesthĂ©siĂ©s sous des paroles « gĂ©nĂ©reuses ».

Jeunesse, rĂ©veille-toi ! Va voter car le dĂ©sintĂ©rĂȘt, puis le rejet, puis la raillerie des comiques de la politique n’ont d’autre but que de t’en dĂ©tourner, comme tes aĂźnĂ©s d’ailleurs. Jeunesse, refuse ce que l’on veut faire de toi sous le couvert d’une pseudo-libertĂ© libertaire qui te mĂšne Ă  la rĂ©signation de ton futur et Ă  l’oubli de ton passĂ©.

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