Comme chaque dimanche, deux paroissiennes, on ne peut plus vertueuses, Ă©changeaient sur le parvis de l’église, d’intĂ©ressants points de vue sur l’état du monde en gĂ©nĂ©ral et sur la hernie discale de Mademoiselle Lelonbecq en particulier, lorsque s’invitĂšrent curieusement dans le dĂ©bat le Proche-Orient et son ombre menaçante sur notre sociĂ©tĂ©. Nourries Ă  la mamelle combien accueillante de La Croix, mĂšre nourriciĂšre et consolatrice de tous les affligĂ©s, elles s’indignaient bien Ă©videmment de la malhonnĂȘtetĂ© intellectuelle de ces racistes inavouĂ©s proclamant comme parole d’évangile et Ă  seule fin de justifier leur rejet de l’autre, l’insolubilitĂ© de l’islam dans la dĂ©mocratie.

— Comment peut-on ĂȘtre insensible aux bienfaits de la DĂ©mocratie et s’opposer Ă  la dĂ©monstration strictement rationnelle de sa supĂ©rioritĂ© sur les autres rĂ©gimes ?

Il est un Ă©cueil que nos bonnes paroissiennes, comme beaucoup de braves Français d’ailleurs, ignorent ou refusent de reconnaĂźtre lorsqu’ils se hasardent sur les voies de la philosophie : le sophisme.

J’ai la faiblesse de croire que mon lecteur, sinon Ă  la sortie de la messe, du moins dans les allĂ©es d’un centre commercial, au comptoir d’un cafĂ©, ou dans un repas de famille, a Ă©tĂ© le tĂ©moin d’un tel Ă©change dĂ©bouchant sur la proclamation des vertus d’un Printemps arabe Ă©blouissant, gĂ©niteur d’une dĂ©mocratie triomphale Ă©tablie pour mille ans et plus. Mais comme me questionnait un sage Ă©picier djerbien de mes amis, installĂ© Ă  Paris rue de Prony (publicitĂ© gracieuse) : « Finalement, c’est quoi la dĂ©mocratie ? »

Winston Churchill, perplexe face Ă  cette question, avait su Ă©luder la difficultĂ© par une pirouette Ă  sa façon en la dĂ©finissant comme « le pire des rĂ©gimes Ă  l’exception de tous les autres. »

Il y a quelques annĂ©es, un Ă©tudiant algĂ©rois installĂ© Ă  la terrasse d’un cafĂ© proche de sa facultĂ© nourriciĂšre, avait curieusement approuvĂ© le discours d’un leader politique prononcĂ© la veille. Dans sa pĂ©roraison le tribun avait affirmĂ© que « la rĂ©volution algĂ©rienne marchait irrĂ©sistiblement vers un horizon dĂ©mocratique et populaire ». L’apprenti juriste jugeait nĂ©anmoins nĂ©cessaire, pour justifier son approbation, de prĂ©ciser fielleusement sa dĂ©finition de l’horizon : « Une ligne imaginaire qui recule quand tu avances. »

À la veille du dernier souffle de la Ve RĂ©publique et de la naissance de la VIe ou d’une autre, les thĂ©rapeutes d’une sociĂ©tĂ© française grandement anĂ©miĂ©e ont dĂ©jĂ  du mal Ă  cerner les multiples maux de notre dĂ©mocratie qui, semble-t-il, ne datent pas d’aujourd’hui.

D’éminents praticiens avaient cru judicieux de donner en leur temps un avis, parfois surprenant. Ainsi Edouard Herriot, un connaisseur, avait gaillardement soulignĂ© son caractĂšre putassier : « La dĂ©mocratie est une bonne fille, mais pour qu’elle soit fidĂšle, il faut faire l’amour avec elle tous les jours. »

Saint John Perse, ambassadeur de son Ă©tat, poĂšte peu enclin Ă  l’humour, soulignait que « la dĂ©mocratie, plus qu’un autre rĂ©gime, exigeait l’exercice de l’autoritĂ©. »

Et c’est lĂ  que le diagnostic devient intĂ©ressant devant la multiplication, telles des mĂ©tastases, des zones de non droit et l’impuissance de l’État Ă  les traiter. Rien de nouveau sous le soleil, me direz-vous. Notre histoire a connu de telles crises. Nos guerres de religions et les places de sĂ»retĂ© protestantes en rĂ©sultant ne constituaient-elles pas, au seul plan politique, des chancres au sein mĂȘme du royaume. NaguĂšre La BoĂ©tie, tĂ©moin de son temps notait que les tyrans, de quelque nature qu’ils fussent, n’étaient grands que parce que le peuple ou ses gouvernants Ă©taient Ă  genoux.

Le respect de la dĂ©claration universelle des Droits de l’Homme, fruit de la DĂ©mocratie, ne peut ĂȘtre qu’illusoire si une partie de l’humanitĂ© refuse de s’y conformer. Pire, elle devient souvent Ă  l’usage de ses adversaires une arme de destruction qu’ils savent parfaitement utiliser Ă  des fins combien inavouables. Le FrĂšre musulman Yousouf al- Quaradawi a l’honnĂȘtetĂ© sinon le cynisme de le reconnaĂźtre : « Avec vos lois dĂ©mocratiques nous vous coloniserons. Avec nos lois coraniques, nous vous dominerons. »

Des naĂŻfs imaginent, comme un certain maire de Bordeaux dont le nom m’échappe, pouvoir concilier Charia et lois de la RĂ©publique, Oumma et peuple de France. Sans doute ignore-t-il le rĂ©sultat d’une rĂ©cente enquĂȘte faite dans des collĂšges, archĂ©types de la mixitĂ© sociale. À la question portant sur leur nationalitĂ©, nombreux Ă©taient les Ă©lĂšves ayant rĂ©pondu « musulmane ». Comment dĂšs lors concilier l’inconciliable ?

Recourons une fois de plus Ă  la sagesse de ce bon vieux Winston : « Un conciliateur, c’est quelqu’un qui nourrit un crocodile en espĂ©rant qu’il sera le dernier Ă  ĂȘtre mangĂ©. »

Mais, au fait, qu’est-il advenu sur les rivages mĂ©diterranĂ©ens de ces grossesses rĂ©volutionnaires riches d’espĂ©rances ? D’inĂ©vitables fausses couches ! Laissons Ă  un libyen lambda rencontrĂ© par Philippe de Villiers, le soin de l’expliciter : « Avant l’intervention militaire de l’Occident en Libye, nous avions un Khadafi. Maintenant nous en avons cinquante. »

HĂ©las, chĂšres paroissiennes, les peuples en attente du miracle sont passĂ©s sans transition d’un printemps arabe Ă  un hiver islamiste. N’oubliez jamais que, selon une sagesse orientale acquise par les tribus nomades parcourant les dĂ©serts, Il ne faut pas confondre boire et avoir soif et que la prudence exige de toujours garder prĂšs de soi une outre d’eau, fĂ»t-elle croupie.

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