Telle est, en substance, la question posĂ©e – en termes moins chĂątiĂ©s – par la corrosive revue de dĂ©sintoxication idĂ©ologique, RĂ©flĂ©chir & Agir, dans son dernier numĂ©ro d’étĂ©. Pourquoi tant de haine Ă  l’égard d’une entitĂ© plutĂŽt abstraite Ă  laquelle on prĂȘte un visage avenant aux doux traits fĂ©minins, tout aussi mythifiĂ©s ? VoilĂ , prĂ©cisĂ©ment, le hiatus. EntĂ©lĂ©chie ou concept Ă©thĂ©rĂ©, la RĂ©publique est Ă  peu prĂšs insaisissable, sa polymorphie sĂ©mantique ne la fixant guĂšre sur aucun autre plan que celui de la morale forgĂ©e par ses sectateurs ou de l’abomination politique proclamĂ©e par ses contempteurs.

Dans un brillant essai intitulĂ© Être (ou ne pas ĂȘtre) rĂ©publicain (Éditions du Cerf, 2015), le constitutionnaliste FrĂ©dĂ©ric Rouvillois considĂ©rait que le mot de RĂ©publique Ă©tait « susceptible de dĂ©signer n’importe qui et de servir Ă  n’importe quoi ». Fourre-tout de la science politique, la RĂ©publique allĂ©gorique a eu tendance, en France, Ă  Ă©touffer la rĂ©publique du « bien commun », c’est-Ă -dire sans majuscule, en dĂ©versant sur elle un tombereau de « valeurs » aussi insipides qu’improbables.

AprĂšs avoir justement soulignĂ© que ce vocable « en France, [
] a Ă©tĂ© adoptĂ© par rĂ©fĂ©rence Ă  la rĂ©publique romaine, dans des contextes dramatiques, pour dĂ©signer un rĂ©gime sans souverain hĂ©rĂ©ditaire », Maxime Tandonnet, ci-devant conseiller de Nicolas Sarkozy, en retient une dĂ©finition plutĂŽt vague : « Dans son sens le plus habituel, le plus frĂ©quent aujourd’hui, la RĂ©publique exprime le corps des valeurs dans lesquelles se reconnaĂźt la Nation française » (Le Figaro, 22 janvier 2015). Mais quid de ces valeurs ? Il semblerait que dans l’esprit des rĂ©volutionnaires de 1789, le triptyque « libertĂ©-Ă©galitĂ©-fraternité » se soit substituĂ©, Ă  peu de frais, au filioque trinitaire invoquĂ© jadis, quasi journellement, dans toutes les Ă©glises de France.

En outre, si le mĂȘme Tandonnet reconnaĂźt volontiers que « la RĂ©publique ne saurait se limiter Ă  un corps de valeurs », c’est, finalement, pour lui assigner une tĂ©lĂ©ologie : « En son sens historique, elle exprime aussi une ambition collective, un principe d’action, un mouvement vers le progrĂšs ». La RĂ©publique devrait donc dĂ©livrer un message et Ă©vangĂ©liser les ignorants, Ă  telle enseigne, ajoute Tandonnet, que « La RĂ©publique doit porter un projet collectif » dans la mesure oĂč elle « se rattache Ă  la volontĂ© gĂ©nĂ©rale, Ă  l’idĂ©e de conquĂȘte, de recherche du bien commun. »

La RĂ©publique est, dĂšs lors, apprĂ©hendĂ©e dans une perspective proprement thĂ©ologique, laquelle, d’ailleurs, est parfaitement assumĂ©e et revendiquĂ©e par un Vincent Peillon n’hĂ©sitant pas Ă  affirmer que « le temps de l’avĂšnement ou de l’établissement de la RĂ©publique s’inscrit dans une Ă©poque oĂč la divinitĂ© mĂȘme de JĂ©sus a Ă©tĂ© contestĂ©e » (La RĂ©volution française n’est pas terminĂ©e, Seuil, 2008).

En rĂ©sumĂ©, la RĂ©publique serait une hiĂ©rophanie au sens oĂč l’entendait le grand historien des religions Mircea Eliade. Ainsi, le citoyen, monade crĂ©Ă©e de toutes piĂšces par la RĂ©volution matricielle de 1789, est enjoint de regarder le rĂ©el au prisme des valeurs prĂ©citĂ©es auxquelles le clergĂ© rĂ©publicain des loges, relayĂ© par le diaconat mĂ©diatique et politique, a adjoint des injonctions directement empruntĂ©es aux Évangiles : la tolĂ©rance, la dignitĂ©, le respect, l’amour du prochain (ce « Big Other » fĂ©rocement croquĂ© par l’écrivain Jean Raspail), entre autres.

Le dossier que coordonne le coruscant Georges Feltin-Tracol dans cet excellent numĂ©ro de R & A, insiste Ă  juste titre sur la dimension religieuse de ce culte obligatoire soumettant la France au joug de son insupportable dogme depuis un peu plus de deux cents ans. Des massacres de Septembre au gĂ©nocide des VendĂ©ens, de la Terreur des annĂ©es 1793-94 au massacre de juin 1848, de la Commune de 1871 Ă  l’Épuration en 1944-1945, de la rĂ©pression contre l’AlgĂ©rie française en 1958-1962, Ă  l’avortement de masse, sans oublier l’euthanasie, l’eugĂ©nisme transhumaniste, l’homosexualisme, le « genderisme », la GPA
, la RĂ©publique, a toujours Ă©clos dans le sang et prospĂ©rĂ© sur le terreau putride d’une non moins sordide anthropologie de la destruction-transformation de l’homme.

Auteur d’un rĂ©cent et inĂ©dit Atlas du mondialisme (Le retour aux sources, 2017 ; nous en reparlerons dans une prochaine chronique), le politologue Pierre Hillard, exhumant l’ouvrage La RĂ©publique universelle d’Anacharsis Cloots, rĂ©volutionnaire athĂ©e d’origine prussienne, naturalisĂ© français en 1792, souligne que « les gĂšnes de la RĂ©publique française sont cosmopolites ». Ainsi, la RĂ©publique française d’inspiration messianique ne serait qu’une Ă©tape « rĂ©gionale » vers la RĂ©publique universelle appelĂ©e, plus communĂ©ment, la gouvernance mondiale. Concurrente directe de l’Église (qui commit la funeste et impardonnable erreur de s’y rallier en 1892), la RĂ©publique s’est d’emblĂ©e opposĂ©e Ă  la Tradition (catholique).

En effet, « La RĂ©publique dĂ©fend une mĂ©taphysique hĂ©ritiĂšre du Talmud et de la Kabbale [
]. L’objectif dĂ©clarĂ©, comme l’a rappelĂ© le rabbin Elie Benamozegh dans son livre IsraĂ«l et l’humanitĂ©, consiste Ă  faire du peuple juif, le seul peuple prĂȘtre intermĂ©diaire entre le Dieu unique et le reste de l’humanitĂ© non-juive rĂ©gie par les lois noachides ([1]) concoctĂ©es par la synagogue. Les pensĂ©es opposĂ©es promouvant les traditions propres aux non-Juifs (les Gentils) se doivent d’ĂȘtre Ă©crasĂ©es. Rappelons que le fameux ‘‘Grand Architecte de l’Univers’’ de la RĂ©volution de 1789, vĂ©nĂ©rĂ© par ses serviteurs comme Robespierre, est l’architecte qui façonne le monde, plus exactement, c’est le DĂ©miurge de la Kabbale contraire au Dieu trinitaire catholique crĂ©ateur du monde ex nihilo. Peu de personnes en France connaissent ces rĂ©alitĂ©s en particulier parce qu’ils n’ont pas lu le spĂ©cialiste israĂ©lien du Talmud et de la Kabbale, Gershom Scholem. »

Une telle approche pointant de maniĂšre aussi catĂ©gorique l’activisme rabbinique dans l’édification d’une contre-sociĂ©tĂ© fondĂ©e sur les ruines des sociĂ©tĂ©s europĂ©ennes traditionnelles, est assurĂ©ment peu politiquement correct ; elle a, cependant, l’immense mĂ©rite d’embrasser les problĂšmes actuels en leur entier, c’est-Ă -dire Ă  leurs racines. C’est dire que la RĂ©publique n’a guĂšre surgi ex nihilo des cerveaux soudainement Ă©clairĂ©s des loges et des salons mondains.

[1] « Issu directement du judaĂŻsme talmudique, le noachisme s’applique uniquement aux Gentils (les non-Juifs). Cette religion universelle se subdivise en sept commandements : le premier prescrit l’obligation d’avoir des magistrats (pour faire respecter les lois) tandis que les autres lois interdisent : 2) le sacrilĂšge ; 3) le polythĂ©isme ; 4) l’inceste ; 5) l’homicide et 6) l’usage d’un membre d’un animal vivant. Tandis que les Gentils sont encadrĂ©s par cette religion, le peuple juif rĂ©gi par le mosaĂŻsme (la loi de MoĂŻse) est considĂ©rĂ© comme le peuple prĂȘtre. Ce sacerdoce israĂ©lite, constituant le cƓur de l’humanitĂ©, est l’intermĂ©diaire entre les Gentils et le Dieu unique (le monothĂ©isme). Dans cette pensĂ©e, le catholicisme est considĂ©rĂ© comme un polythĂ©isme en raison du concept de la Sainte TrinitĂ© (idolĂątrie ou trithĂ©isme selon les rabbins talmudiques) », Pierre Hillard, Chroniques du mondialisme, Le retour aux sources, 2015).

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