L’Islande, c’était l’üle sauvage, magique et sous-peuplĂ©e. Un rĂȘve pour Jules Verne et tous nos rayons verts.

L’Islande c’était aussi le pays du ragnarok, du grand crĂ©puscule des dieux. Or, on a ici le tsunami de l’invasion touristique. Deux millions de touristes, en attendant dix ou cent pour exciter les enthousiastes des rĂ©seaux sociaux, pour 340 000 habitants. Au boom spĂ©culatif qui ruina cette pauvre Ăźle, succĂšde le boom touristique qui la dĂ©vaste. Mais c’est comme ça. J’ai vu d’autres coins comme ça disparaĂźtre Ă  la surface de la terre, et j’ai bien lu la thĂ©rapie de choc de Naomi Klein qui explique comment le tsunami prĂ©cipita la vraie dĂ©vastation, celle touristique, de l’ocĂ©an indien. Mais qui va interdire aux milliards de Tartarin de voyager ?

On a parlĂ© ici de la catastrophe touristique. Elle n’est pas seulement grave pour le paysage, elle est grave pour l’humain qui pratique ce tourisme.

On a connu le romantique qui Ă©crivait et qui gravait, le petit Ă©duquĂ© qui lisait le Guide bleu, maintenant on a le massifiĂ© abruti qui se fait un selfie et se moque de tout le reste. Il veut se prendre en photo devant une chute d’eau, descend du bus pour ça et puis c’est tout. On est tous cons, mais pas au point de voyager, disait Sam Beckett.

Lisons Le Monde pour une fois : « Ce sont eux qui font la renommĂ©e du bourg, dont la plage est souvent classĂ©e parmi les plus belles du monde. En se retournant, la vue porte sur le glacier Myrdalsjökull, qu’on pourrait presque toucher par temps clair. Bienvenue en Islande, Ă  Vik, 572 ùmes, 1,2 million de touristes attendus en 2017.

À la sortie du village, le long de la route circulaire qui fait le tour de l’État insulaire sur 1 339 kilomĂštres, trois autocars dĂ©versent leurs passagers Ă  doudounes, tout sourire, Ă  la porte du magasin de souvenirs. Devant la station-service, c’est un ballet incessant de voitures : en mars, il en est passĂ© prĂšs de 3 000 par jour en moyenne. Il y a encore cinq ans, le touriste Ă©tait pourtant une espĂšce essentiellement estivale, comme la sterne.

À seulement 186 kilomĂštres de Reykjavik, Vik Ă©tait l’étape idĂ©ale sur la route du Sud et ses merveilles naturelles : plages, ­ cascades, glaciers, icebergs. Mais d’octobre Ă  juin, sous un ciel souvent maussade, le village hibernait.

C’est un temps rĂ©volu. À l’office du tourisme, Beata Rutkowska travaille Ă  un nouveau plan du bourg. De nombreuses adresses sont Ă  modifier : Ici vont s’ouvrir deux chambres d’hĂŽte. LĂ , nous allons mettre en service une tyrolienne. Le loueur de chevaux a changĂ© de place, pour avoir des Ă©curies plus grandes. »

On frĂ©tille en continuant, Ă  400 euros la nuit de base : « La boutique, dĂ©jĂ  vaste, va encore s’agrandir. Deux hĂŽtels vont augmenter leur capacitĂ©. Un autre ouvrira en 2018. Vik et ses environs proches disposent Ă  ce jour de 1 800 lits. Mais inutile de chercher une chambre pour le pic de l’étĂ©. Rien n’est disponible Ă  moins de 50 kilomĂštres. À 400 euros la nuit minimum, pour une famille de quatre.

Le village fait face au cyclone touristique qui s’est emparĂ© de toute l’Islande. L’üle accueillait 400 000 visiteurs en 2006. Elle en a reçu 1,7 million en 2016. Les prĂ©visions pour cette annĂ©e font Ă©tat de 2,3 millions. La moitiĂ© de ces voyageurs, au moins, transitent par la commune, qui compte plusieurs spots touristiques  »

Chose importante : « Il est impossible de trouver une maison à louer à Vik. DĂšs qu’une se libĂšre, les hĂŽtels se jettent dessus pour loger leurs employĂ©s », explique l’édile.

J’ai dĂ©jĂ  expliquĂ© que, comme on ne peut plus se loger sur terre, les employĂ©s Ă©cossais d’Amazon, par exemple, campent. On organise des tombolas pour les distraire. 200 000 Parisiens dorment sous la tente, et peut-ĂȘtre dix millions d’AmĂ©ricains, pour rester dans les lĂ©gendaires pays dits dĂ©veloppĂ©s.

Car on n’arrĂȘte pas le progrĂšs.

AprĂšs, la journaliste du Monde est toute triste : « Effets sur l’environnement. »

Mot magique ! L’environnement !

Car si la population islandaise devant les billets oublie toute pudeur, la population touristique n’oublie pas de dĂ©fĂ©quer.

« Voici une retombĂ©e du tourisme de masse dont l’Islande se serait bien passĂ©e. Les sites d’information locaux ne parlent que de ça : la fĂącheuse tendance qu’ont les visiteurs de faire leurs besoins n’importe oĂč, dans la nature et mĂȘme en zone urbaine. Une photo prise par un fermier de Fljotsdalur (sud) a rĂ©cemment fait le tour des rĂ©seaux sociaux. On y voit un touriste, pantalon sur les chevilles, accroupi devant la boĂźte aux lettres de Thorkell Daniel Eiriksson, pourtant venu lui dire son mĂ©contentement. »

On continue sur les urinoirs : « Les Islandais attribuent ce comportement au manque de lieux d’aisance, en rapport au nombre croissant de touristes. Et au fait que plein de cafĂ©s et restaurants rĂ©servent leurs toilettes Ă  la clientĂšle – ou font payer les gens de passage. Cela ne suffit pas toujours Ă  Ă©viter les malentendus. Ainsi, des instructions placĂ©es dans les WC publics demandent expressĂ©ment de ne pas poser les pieds sur la lunette – une habitude asiatique, selon les gĂ©rants. Des panneaux de signalisation ronds encore plus explicites sont parfois accolĂ©s Ă  ceux qui interdisent le camping sauvage. Ils sont, pour l’heure, rĂ©servĂ©s aux propriĂ©tĂ©s privĂ©es. »

Pourquoi parler des WC ?

Lisez LĂ©on Bloy pardi : « Par nature le Bourgeois est haĂŻsseur et destructeur de paradis. Quand il aperçoit un beau Domaine, son rĂȘve est de couper les grands arbres, de tarir les sources, de tracer des rues, d’instaurer des boutiques et des urinoirs. Il appelle ça monter une affaire. »

Pour le reste, rappelez-vous Apocalypse now : le baba cool cite TS Eliot (The Hollow men, les hommes creux), et son monde qui ne crĂšvera pas dans un boom, mais dans un pleurnichement. La vraie apocalypse, c’est le triomphe de la mĂ©diocritĂ© et de la massification que nous vivons !

Mais rassurez-vous : on fabriquera plus de WC trois étoiles Michelin, on mettra les piaules à 2000 euros la nuit pour les familles, et on balisera tous les sentiers GR. Dix minutes maximum selfies compris !!!

Sources :

Nicolas Bonnal – Le voyageur Ă©veillĂ©

Bloy – ExĂ©gĂšse des lieux communs
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/m-perso/article/2017/06/02/en-islande-un-village-submerge-par-les touristes_5137763_4497916.html#qhDt2veJT1fkx6Wk.99

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Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.

A propos de l'auteur

Nicolas Bonnal

Essayiste et chroniqueur politique, Nicolas Bonnal est l’auteur d’une quinzaine de livres sur la politique, l’identitĂ©, l’initiation et le cinĂ©ma
 Derniers livres parus aux Éditions Dualpha : Le paganisme au cinĂ©ma ; La chevalerie hyperborĂ©enne ; le Graal et Donald Trump, le candidat du chaos. Il est le correspondant d'EuroLibertĂ©s en Espagne.

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