La fin des années 1960 voit le début de la progression électorale du Parti écossais, que l’on peut analyser comme une réponse populaire du fait du développement économique différent entre le nord, l’Écosse, et le sud, l’Angleterre, du pays. À cette époque, pas si lointaine, le taux de chômage était trois fois supérieur en Écosse qu’en Angleterre entraînant un mécontentement au sein des populations à l’encontre d’un gouvernement conservateur londonien.

L’évolution électorale du SNP passera de 2,4 % en 1964 à 5 % en 1966, puis plus de 11 % en 1970, jusqu’à 30 % en 1974… Ces chiffres s’entendent, bien évidemment, sur l’ensemble des circonscriptions écossaises, et non sur la totalité du territoire national britannique.

Le SNP, qui connaîtra des ressacs, ne descendra plus en dessous de 10 % des suffrages exprimés.

L’année 1974 marque le plus haut score du mouvement : le SNP devient la deuxième force électorale écossaise derrière le « Labour ».

Si on regarde la typologie électorale, le SNP transcende le clivage traditionnel droite-gauche, c’est-à-dire Tories-Labour, mais les enquêtes d’opinion montrent, toutefois, que les motivations des électeurs ne sont pas toujours le choix de l’indépendance à l’encontre du Royaume-Uni…

Le SNP mit en place un maillage militant à travers toute l’Écosse, devenant une structure vivante.

L’appartenance à la nation écossaise, sans État, fut réaffirmée, au-delà du point de vue électoral, sur le plan culturel, par la mise en place de fêtes et d’activités traditionnelles soutenues ou patronnées par le SNP.

Le SNP s’introduisit, en tant que tel et non par volonté d’entrisme, au sein du monde syndical, par le syndicat des travailleurs et du monde universitaire, autour de la Fletcher Society.

Progressivement, depuis 1990, le SNP, sous l’impulsion de son leader, Alex Salmond, s’est imposé comme un mouvement crédible, responsable et jouant sur une forme de nationalisme édulcoré. Cet éloignement d’une forme de nationalisme intransigeant est rendu nécessaire afin de se démarquer de la violence de l’IRA (Armée Républicaine Irlandaise) d’Ulster, formation terroriste paramilitaire regroupant des nationalistes irlandais, utilisant la voie violente et favorable au départ des Britanniques du nord de l’île.

De la même façon, le SNP a obtenu un siège au Parlement européen dès les premières élections au suffrage universel de 1979, puis deux à partir des élections de 2004.

Il est nécessaire de préciser que le SNP, politiquement, se définit comme un mouvement d’inspiration social-démocrate. D’ailleurs, en 1994, il rejoint l’« Alliance Radicale Européenne » (ARE), ancien groupe politique au Parlement européen dirigé par Catherine Lalumière et mis en place sous l’impulsion des élus de la liste française « Énergie radicale » dirigée par Bernard Tapie, alors membre du Parti Radical de Gauche (PRG) et ancien ministre du gouvernement socialiste dirigé par Pierre Bérégovoy en 1992.

Les élus européens du SNP siègent, depuis 1999, au sein d’un groupe intitulé « les Verts-Alliance Libre Européenne » (Verts-ALE) avec les élus écologistes européens, mais aussi d’autres élus représentants des régions européennes plus ou moins revendicatrices comme le Pays de Galles, la Corse, la Catalogne, le Pays Basque et la Flandre belge.

Les rapports avec l’Europe sont intéressants à analyser : d’abord, opposé à la construction européenne, le SNP milita, lors de la campagne référendaire de 1972, au même titre que le Labour travailliste, contre l’intégration du Royaume-Uni au sein de la Communauté économique européenne (CEE). Puis, opposé à un « super-État européen centralisé », le SNP se montrera favorable à une plus grande représentation de l’Écosse au sein des structures européennes.

Il semble acquis qu’aujourd’hui les représentants écossais, et à travers eux l’Écosse, semblent largement plus européens, que les représentants britanniques. L’objectif est pour le SNP, comme on l’a vu lors du vote en faveur du Brexit, le maintien au sein de l’Union européenne, y compris en qualité d’État indépendant. Ce double processus (départ du Royaume-Uni de l’Union européenne et départ concomitant de l’Écosse du Royaume-Uni) étant loin d’être engagé, nous ne nous appesantirons pas sur ce sujet. Rappelons simplement que l’Écosse a largement voté contre le Brexit, contrairement à l’Angleterre et au pays de Galles.

Le SNP, premier parti d’Écosse

Au niveau national britannique, c’est en 1997, après la victoire de Tony Blair, du Labour, aux élections législatives britanniques face au Premier ministre sortant, John Major, des Tories, qu’un parlement écossais se mit en place : en septembre 1997, un référendum voit, en effet, l’établissement d’un Parlement écossais dépendant du Parlement britannique.

Cette institution écossaise fut acceptée par la majorité de la population écossaise : une élection se tient le 6 mai 1999 et, le 1er juillet de cette même année, le Parlement britannique transfère une partie de ses pouvoirs à cette nouvelle assemblée. Ce transfert de pouvoirs est appelé dévolution, nous y reviendrons.

Le 6 mai 2007, pendant que la France voyait la victoire de l’ex-ministre de l’intérieur pour un mandat de cinq ans, Nicolas Sarkozy, sur la présidente de la région Poitou-Charentes, Ségolène Royal, l’histoire de l’Écosse semblait basculer.

Le SNP devenait, ce 6 mai 2007, la première force politique d’Écosse, certes d’un seul siège devant le Labour avec 47 députés élus, contre 46 travaillistes, qui vont siéger à Hollyrood, terme désignant le Parlement écossais situé dans le quartier éponyme au sein de la capitale de l’Écosse, Edinbourg.

Depuis 2007, le SNP dirige le gouvernement de l’Écosse en coalition avec le parti Vert écossais, dont rappelons-le, il est déjà l’allié au Parlement européen au sein de l’ALE depuis 1999.

L’élection de mai 2011 confirma largement cette percée électorale, puisque le SNP détient 65 sièges sur les 129 que compte Hollyrood, soit la majorité absolue des sièges.

Cette poussée électorale du SNP qui représente un tiers des suffrages exprimés va rapidement entraîner une évolution qui va aller bien plus loin que la dévolution, représentant le transfert de compétences mis en place par Tony Blair à partir de 1997.

D’ailleurs, cette même année, un des slogans présent sur les affiches du SNP représentant son leader charismatique, Alex Salmond, était « Yes, we can ! », bien avant la campagne du candidat du Parti démocrate, Barack Obama, lors de l’élection présidentielle américaine en 2008.

À la fin de l’année 2012, le Premier ministre du gouvernement autonome écossais, Alex Salmond, leader du SNP, et son homologue britannique, le conservateur David Cameron, ont signé, à Edinbourg, l’accord sur l’organisation d’un référendum concernant l’autodétermination de l’indépendance en Écosse.

Vous avez aimé cet article ?

EuroLibertés n’est pas qu’un simple blog qui pourra se contenter ad vitam aeternam de bonnes volontés aussi dévouées soient elles… Sa promotion, son développement, sa gestion, les contacts avec les auteurs nécessitent une équipe de collaborateurs compétents et disponibles et donc des ressources financières, même si EuroLibertés n’a pas de vocation commerciale… C’est pourquoi, je lance un appel à nos lecteurs : NOUS AVONS BESOIN DE VOUS DÈS MAINTENANT car je doute que George Soros, David Rockefeller, la Carnegie Corporation, la Fondation Ford et autres Goldman-Sachs ne soient prêts à nous aider ; il faut dire qu’ils sont très sollicités par les medias institutionnels… et, comment dire, j’ai comme l’impression qu’EuroLibertés et eux, c’est assez incompatible !… En revanche, avec vous, chers lecteurs, je prends le pari contraire ! Trois solutions pour nous soutenir : cliquez ici.

Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertés.