Faut-il se fĂ©liciter des succĂšs ou des demi-succĂšs des partis « anti-systĂšme » europĂ©ens ? Brexit, Hongrie, Pologne, Italie et Autriche hier. Score impressionnant annoncĂ© pour le Front National en France. Scores significatifs et en progression des partis « populistes » ailleurs


Mais quelle est leur signification rĂ©elle ? Si on revotait demain au Royaume-Uni, le score ne serait-il pas inverse Ă  celui de juin ? Électorat volatile de consommateurs superficiels, sans convictions profondes. Il faut dire que depuis cinquante ans nos politiques europĂ©ens ont tout fait pour dĂ©truire le citoyen et la politique au profit du consommateur et de ses loisirs Ă©goĂŻstes. On ne peut se plaindre aujourd’hui d’un rĂ©sultant si navrant.

À l’inverse, troubles structurels dans les partis traditionnels d’un autre Ăąge, de gauche comme de droite ; tentatives de susciter des mouvements transversaux – ni gauche, ni droite – dont Emmanuel Macron a choisi la voie, aprĂšs les tentatives avortĂ©es de François Bayrou.

D’ailleurs, la France, toujours en pointe des cacophonies politiques, montre l’ampleur du dĂ©sarroi et en mĂȘme temps du vide politique qui y rĂšgnent. Si François Hollande, dans un gĂ©nial tour de passe-passe, et devant l’effroyable gabegie de la gauche, annonçait vers le mois de mars que, finalement, il est candidat Ă  sa succession, pour sauver la France, tel l’homme providentiel, deus ex machina, cela n’aurait plus rien d’étonnant ! Il pourrait mĂȘme l’emporter contre un François Fillon qui aurait entre-temps siphonnĂ© 10 % des voix volatiles du Front National ! Mais trĂȘve de politique-fiction
 et de grand Guignol politique oĂč les Ă©lecteurs choisissent leurs candidats comme des pots de yaourts sur internet.

De nouvelles lignes de fractures ou de nouveaux clivages Ă©mergent depuis quelques annĂ©es, sur fond de sursauts identitaires, d’immigration massive extra-europĂ©enne, de perte de valeurs qu’on croyait enterrĂ©es au nom d’une modernitĂ© transgressive, d’une contre-culture dont on commence Ă  mesurer les limites dĂ©vastatrices.

Les vieilles notions marxistes de « classes » se sont estompĂ©es dans une Europe qui redĂ©couvre ses prioritĂ©s civilisationnelles et identitaires d’abord.

D’un bout Ă  l’autre de nos sociĂ©tĂ©s, les difficultĂ©s, les angoisses, le dĂ©sir de devenir, sont de plus en plus gĂ©nĂ©rales et recouvrent toutes les catĂ©gories des populations. Les conflits « à la marge » qui sont censĂ©s opposer les partis traditionnels sont aujourd’hui dĂ©passĂ©s et appartiennent Ă  un autre monde. La course au paraĂźtre, aux biens matĂ©riels Ă  tout prix, emblĂšmes des Trente Glorieuses, puis des golden-boys des annĂ©es quatre-vingt, est passĂ©e au second plan des prĂ©occupations des peuples europĂ©ens, mĂȘme Ă  des degrĂ©s encore diffĂ©rents. L’avenir de l’Europe devient une question de survie.

Mais la recomposition politique qui pourrait accompagner cette mutation de notre monde europĂ©en est toujours en gestation, hĂ©sitante, bredouillante, tant les avantages acquis et les intĂ©rĂȘts des Ă©lites pĂšsent encore lourdement sur un potentiel rĂ©volutionnaire encore frĂ©missant.

Cette recomposition qui semble s’appuyer sur les partis « anti-systĂšme » n’est qu’une Ă©tape, peut-ĂȘtre nĂ©cessaire, mais vouĂ©e Ă  un Ă©chec inĂ©luctable, puisque fondĂ©e sur un retour des États-Nations et des nationalismes les plus Ă©troits. D’ailleurs, la plupart de ces partis ne s’accordent pas entre eux et poursuivent des voies propres Ă  leurs micro-intĂ©rĂȘts locaux. CrĂ©er un groupe au Parlement europĂ©en a Ă©tĂ© un vĂ©ritable tour de force pour le Front National.

Il manque une volontĂ© politique europĂ©enne, une vision transĂ©tatique, une dimension civilisationnelle, un dĂ©sir de vivre-ensemble au nom des mĂȘmes valeurs fondamentales que l’Europe partage de l’Atlantique Ă  l’Oural. LĂ  se situe une vĂ©ritable mutation rĂ©volutionnaire. Daniel Cohn-Bendit, il y a quelques annĂ©es, avait proposĂ© la crĂ©ation de partis europĂ©ens et d’élections europĂ©ennes transnationales le mĂȘme jour. Ainsi les dĂ©putĂ©s europĂ©ens ne seraient plus des dĂ©putĂ©s « nationaux », mais Ă©lus Ă  la proportionnelle par 350 millions d’électeurs. Utopie ? Provocation ? Peut-ĂȘtre
 Mais ce n’est que par cette voie, entre autres, qu’une Europe politique pourra se constituer en recomposant fondamentalement les courants politiques qui la traversent.

Nous en sommes encore loin et de nombreuses questions pratiques et juridiques seraient Ă  rĂ©gler prĂ©alablement. Seule une volontĂ© politique farouche pourrait y parvenir si les partis « anti-systĂšme » s’unissaient dans ce sens par exemple
 ce qui est impensable compte tenu de leur caractĂšre nationaliste.

En attendant, le spectacle affligeant de la politique et des partis européens ne peut déboucher que sur un sursaut en forme de recomposition nécessaire. Mais laquelle ?

 

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