Pour la premiĂšre fois depuis 1955, le bipartisme institutionnel entre les conservateurs dĂ©mocrates-chrĂ©tiens et les sociaux-dĂ©mocrates a explosĂ© au profit du FPÖ et des Verts. Le Parlement autrichien ne reflĂšte plus l’exacte situation politique. La victoire de justesse de van der Bellen dĂ©montre que le SystĂšme autrichien est en train de prendre l’eau. Il est possible qu’en 2018, aux lĂ©gislatives, Strache, le chef du FPÖ, remporte les Ă©lections. Mais avec qui ferait-il alliance ? Avec van der Bellen Ă  la prĂ©sidence, une coalition arc-en-ciel conservateurs – sociaux-dĂ©mocrates – Verts (voire libĂ©raux du parti Neos) pourrait se constituer et ainsi rejeter dans l’opposition le FPÖ. Ce constat me rend de moins en moins dĂ©mocrate.

La Commission de Bruxelles a tremblĂ© sur son fondement
 Ouf ! La perspective d’avoir au Conseil europĂ©en un « affreux » Ă  la table est pour l’instant Ă©cartĂ©e : la Hongrie, la Slovaquie, la Pologne, la TchĂ©quie resteront isolĂ©es par rapport au bloc mondialiste Paris – Berlin – Londres – Rome – Bruxelles – La Haye. L’Union pseudo-europĂ©enne devient un vrai bagne des peuples. Seule une explosion ou une implosion pourrait redonner une marge au politique et aux peuples autochtones europĂ©ens.

Le plafond de verre n’est toujours pas brisĂ©. Les Ă©lecteurs travaillĂ©s par les mĂ©diats ne veulent pas voter pour un candidat qui se rattacherait Ă  leurs heures les plus sombres de l’histoire. C’est dĂ©sespĂ©rant ! Il faut de plus en plus penser au renversement concertĂ© de toutes ces institutions, le moment propice. Mais les EuropĂ©ens se rĂ©veilleront-ils vraiment ? On sait que ce sont les minoritĂ©s qui font l’histoire. Qu’est-ce qui en sera le dĂ©tonateur ?

Par son incroyable rĂ©sultat au second tour, le FPÖ a en partie rĂ©ussi sa stratĂ©gie de dĂ©diabolisation. N’oublions pas que son chef, Heinz-Christian Strache, qui naguĂšre refusait l’adhĂ©sion de la Turquie et d’IsraĂ«l Ă  l’UE, s’est dĂ©jĂ  rendu plusieurs fois en IsraĂ«l Ă  l’invitation du Likoud.

Le succĂšs du FPÖ ne doit pourtant pas nous faire abandonner l’idĂ©e europĂ©enne, la seule pertinente : la nĂŽtre, celle de la puissance et des identitĂ©s ethno-populaires enracinĂ©es.

L’Ă©ventuelle victoire du Brexit outre-Manche risque de stimuler le courant souverainiste en France dans la perspective de la prĂ©sidentielle de 2017. Avec une multiplication de candidats s’en rĂ©clamant : Marine Le Pen, certes, mais aussi Jean-Luc MĂ©lenchon, Nicolas Dupont-Aignan et – pourquoi pas si Hollande ne se reprĂ©sente pas ! –, Manuel Valls qui, on l’a oubliĂ©, fit campagne pour le non au TraitĂ© constitutionnel europĂ©en lors de la consultation interne du PS avant de prĂŽner le oui le 29 mai 2005


Une prĂ©sidence FPÖ en Autriche aurait-elle favorisĂ© Marine Le Pen, son alliĂ©e au Parlement dit europĂ©en ? Peut-ĂȘtre, mais seulement Ă  la marge, car les Français auraient vite oubliĂ© cette Ă©lection prĂ©sidentielle Ă  Vienne, eux qui ne s’intĂ©ressent guĂšre aux affaires Ă©trangĂšres. Il faut se dĂ©fier d’une quelconque thĂ©orie des dominos politiques.

Georges Feltin-Tracol, écrivain, collaborateur de la revue Réfléchir & Agir.