Entretien avec Bernard Plouvier, auteur de Le populisme ou la véritable démocratie (éditions Les Bouquins de SynthÚse nationale).

« Finalement, le populisme, ce serait la réaction saine
d’un peuple qui souffre, qui est Ă©cƓurĂ© de ses soi-disant Ă©lites
et qui aspire Ă  une vie plus digne,
faite de travail et d’honnĂȘtetĂ©
dans la gestion des affaires publiques,
permettant d’espĂ©rer un avenir meilleur
pour les enfants et les petits-enfants  » 

Dans ce livre, vous prĂ©sentez ce que les bien-pensants et bien-disants interprĂ©teraient comme un non-sens : l’assimilation du populisme Ă  la dĂ©mocratie. Est-ce une provocation Ă  but commercial ou l’expression d’une intime conviction ?

Vous m’avez mal lu : je n’ai pas Ă©crit du populisme qu’il Ă©tait une forme de dĂ©mocratie. Je prĂ©tends qu’il s’agit de la SEULE vĂ©ritable dĂ©mocratie, soit le gouvernement POUR le peuple. Le but de tout gouvernement est d’administrer au mieux le Bien commun, que, durant l’AntiquitĂ© grĂ©co-romaine – qui est notre racine fondamentale, avec celles moins bien connues des civilisations celto-germano-scandinaves –, l’on nommait la Chose publique.

Pourtant les dĂ©mocraties grecques antiques n’ont pas Ă©tĂ© des rĂ©gimes populistes.

Effectivement, ce que nos brillants universitaires (les historiens allemands sont gĂ©nĂ©ralement moins naĂŻfs) nomment la « DĂ©mocratie athĂ©nienne » n’était qu’une ploutocratie. Pour faire simple, une ploutocratie est un gouvernement de riches qui n’agissent que pour donner Ă  leur caste – hĂ©rĂ©ditaire ou matrimoniale – et Ă  leur classe – liĂ©e Ă  la surface sociale – les moyens d’assurer la pĂ©rennitĂ© de leur domination.

Certes, un peu partout en GrĂšce, Ă  partir du VIe siĂšcle avant notre Ăšre, on a introduit la notion d’égalitĂ© devant la Loi (ou Isonomia), mais cela ne touchait que les seuls citoyens, nullement les Ă©trangers et moins encore les esclaves qui n’étaient que des biens mobiliers, assimilĂ©s aux choses. En outre, les citoyens pauvres n’avaient que le droit d’élire des riches pour administrer l’État. Soyons honnĂȘtes, cela n’a guĂšre changĂ© en vingt-cinq siĂšcles, en dĂ©pit du suffrage universel, dĂ©tournĂ© de sa finalitĂ© par d’énormes sommes d’argent dĂ©pensĂ©es avant chaque Ă©lection Ă  des fins de propagande.

Or trĂšs rapidement, les peuples se sont rĂ©voltĂ©s. D’authentiques populistes ont dominĂ© de nombreuses citĂ©s grecques antiques, puis Rome. Ces « tyrans » ont tous Ă©tĂ© Ă©lus, acclamĂ©s par le peuple, mais agonis par la classe des lettrĂ©s, issus de la caste nobiliaire. La mauvaise rĂ©putation du populisme est une affaire de rĂšglement de comptes entre les riches et les chefs des pauvres.

Car, aprĂšs une expĂ©rience populiste exaltante, les ploutocrates reviennent toujours et partout au Pouvoir, les pauvres Ă©tant trop souvent victimes de leur irrĂ©flexion et les gens des mĂ©dias – de l’aĂšde antique au prĂ©sentateur d’actualitĂ©s tĂ©lĂ©visĂ©es – sont fort vĂ©naux et d’autant plus payĂ©s qu’ils sont plus efficaces dans la dĂ©magogie, soit l’art du pipeau
 nous vivons, en France macronienne, une pĂ©riode de dĂ©magogie mĂ©diatique particuliĂšrement efficace, oĂč un agent des super-riches tente de persuader la classe moyenne qu’elle doit mĂ©priser les pauvres.

Ce livre est donc une promenade historique, une visite guidĂ©e dans le MusĂ©e du populisme. Cela signifie-t-il qu’il existe des causes et des effets rĂ©currents dans l’histoire humaine qui mĂšnent au populisme ?

Bien Ă©videmment et cela revient Ă  dire qu’il existe des critĂšres qui permettent Ă  l’observateur de diffĂ©rentier un vĂ©ritable populiste – ĂȘtre rare – d’un banal dĂ©magogue. Il faut ĂȘtre trĂšs critique Ă  l’égard de ce qu’affirment les journalistes et les « politologues », cette curiositĂ© contemporaine, lorsqu’ils balancent, un peu au hasard, l’appellation de populiste, qui est souvent, pour ces ignorants et ces malveillants, une accusation, alors que de nombreux exemples prouvent le bĂ©nĂ©fice que certaines Nations ont retirĂ© des gouvernements populistes. Et l’étude des Ă©checs du populisme est Ă©galement instructive.

Un chapitre entier du livre est consacrĂ© aux valeurs populistes et un autre aux critĂšres, universels et diachroniques, d’un gouvernement authentiquement populiste. Et l’on Ă©tudie les diffĂ©rences qui existent entre le rĂ©gime populiste et le despotisme Ă©clairĂ©.

Comment survient ce type de régime ?

Comme toujours en histoire, il faut, pour observer un phĂ©nomĂšne hors du commun, la communion d’un chef charismatique et d’un groupe de compagnons rĂ©solus, unis par le mĂȘme idĂ©al
 mais, hĂ©las, pas toujours par des idĂ©es communes. Trop de thĂ©oriciens tuent un mouvement d’essence populiste avant qu’il puisse prĂ©tendre au Pouvoir. C’est ce que l’on a vu en France, en Belgique ou en Espagne durant l’entre-deux-guerres.

Ma question était mal posée : pourquoi un mouvement populiste réussit-il une percée ?

Ce type de mouvement rĂ©sulte toujours d’un mal-ĂȘtre profond de la Nation, dans ses couches laborieuses et honnĂȘtes. C’est ce qui suffit Ă  diffĂ©rencier le populisme des partis marxistes, dirigĂ©s par de trĂšs ambitieux intellectuels dĂ©classĂ©s et composĂ©s de sous-douĂ©s hargneux, envieux, trĂšs ambitieux et fort peu motivĂ©s par le travail effectif.

DĂšs qu’une ploutocratie cesse de proposer au peuple une ambition pour la gĂ©nĂ©ration active ou, de façon plus grave encore, une promesse d’avenir pour les descendants, elle devient insupportable. La situation devient intolĂ©rable, explosive, lorsque la Nation – soit la fraction autochtone du peuple – est menacĂ©e dans sa survie.

L’insurrection devient alors lĂ©gitime, Ă  moins qu’un mouvement, prenant en compte les besoins et les aspirations du peuple – singuliĂšrement ces valeurs qui font l’identitĂ© d’une Nation –, rassemble une majoritĂ© Ă©lectorale qui lui permette de parvenir dĂ©mocratiquement au Pouvoir, ce qui Ă©vite l’insurrection, ses crimes et ses destructions.

LĂ  encore, on mesure bien la diffĂ©rence entre le populisme et l’ignominie marxiste, oĂč la RĂ©volution est considĂ©rĂ©e comme le bien suprĂȘme, alors qu’elle est simplement nĂ©cessaire aux chefs et aux petits chefs pour se saisir des sinĂ©cures procurĂ©es par l’exercice du pouvoir.

Finalement, le populisme, ce serait la rĂ©action saine d’un peuple qui souffre, qui est Ă©cƓurĂ© de ses soi-disant Ă©lites et qui aspire Ă  une vie plus digne, faite de travail et d’honnĂȘtetĂ© dans la gestion des affaires publiques, permettant d’espĂ©rer un avenir meilleur pour les enfants et les petits-enfants ?

Vous avez tout compris.

Le populisme ou la véritable démocratie, de Bernard Plouvier, éditions Les Bouquins de SynthÚse nationale, 278 pages, 22 euros. Pour commander ce livre, cliquez ici.

Le populisme ou la vĂ©ritable dĂ©mocratie de Bernard Plouvier (Éd. SynthĂšse, 278 pages, 22 €)

Le populisme ou la vĂ©ritable dĂ©mocratie de Bernard Plouvier (Éd. SynthĂšse, 278 pages, 22 €)

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A propos de l'auteur

Bernard Plouvier

Ancien chef de service hospitalier, spĂ©cialisĂ© en MĂ©de­cine interne.Il est auteur de nombreux livres historiques (L’énigme Roosevelt, faux naĂŻf et vrai machiavel ; La tĂ©nĂ©breuse affaire Dreyfus ; Hitler, une biographie mĂ©dicale et politique ; Dictionnaire de la RĂ©volution française,
) et d'essais (RĂ©flexions sur le Pouvoir. De Nietzsche Ă  la Mondialisation ; Le XXIe siĂšcle ou la tentation cosmopolite ; Le devoir d’insurrection,
). Il a Ă©tĂ© Ă©lu membre de l’AcadĂ©mie des Sciences de New York en mai 1980.

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