Par Anne Lauwaert, Ă©crivain belge vivant au Tessin (Suisse).

Cette histoire commence il y a 20 ans dans la République du Tessin qui est le Canton italophone de la Confédération Helvétique.

En 1996, Giorgio Ghiringhelli, un journaliste un peu farfelu est élu «indépendant» dans le conseil communal de sa commune.

En 1997, il sort le premier numĂ©ro de son journal Il guastafeste, mot qui signifie gĂąte-fĂȘtes autrement dit: empĂȘcheur de tourner en rond et emmerdeur. Il finit tout de suite au tribunal parce que des libĂ©raux se sentent offensĂ©s. Il ne sera pas condamnĂ©. Depuis lors il n’arrĂȘtera plus de publier des articles dĂ©rangeants sur son site. Il se fera une spĂ©cialitĂ© de dĂ©noncer ce qui fĂąche et de pointer le doigt systĂ©matiquement lĂ  oĂč ça fait mal


En 1999, il se prĂ©sente avec son mini-parti du mĂȘme nom.

En 2001, l’attentat du WTC secoue aussi le Tessin oĂč une communautĂ© musulmane s’est installĂ©e Ă  Lugano et vers laquelle vont converger de nombreuses interrogations,  à commencer par la banque Al taqwa (voir ici un article de Mireille Vallette sur le sujet).

« L’Al-Taqwa (mot arabe pour “Crainte de Dieu”) est un rĂ©seau d’entreprises financiĂšres mis en place en 1988 par des membres influents des FrĂšres Musulmans, notamment le prĂ©sident et cofondateur d’Al Taqwa, Youssef Nada. Plus tard, le converti Suisse Ahmed Huber, un fervent admirateur d’Adolf Hitler, a Ă©tĂ© embauchĂ© parce que la sociĂ©tĂ© avait besoin d’au moins un citoyen Suisse dans son conseil d’administration1. Un autre cofondateur Ă©tait François Genoud, l’un des principaux gestionnaires de fonds nazis aprĂšs la IIe Guerre mondiale, qui, plus tard, connaĂźt la notoriĂ©tĂ© comme Ă©tant l’Ă©diteur du journal intime de Joseph Goebbels. »

(lire la suite sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Banque Al-Taqwa).

De nombreux livres sortent. Il y avait dĂ©jĂ  Les dollars de la terreur de LabĂ©viĂšre, Ben Laden, la vĂ©ritĂ© interdite de Brisard et DasquiĂ©, Le banquier de Saddam de Fusi et surtout La conquĂȘte de l’Occident de Besson qui explique « le projet secret des islamistes » sous-entendu des FrĂšres Musulmans
 « Projet » qui aurait Ă©tĂ© trouvĂ© en 2001, lors d’une perquisition au domicile d’un des noms rĂ©currents: le banquier Youssef Nada
 «Projet qui est la synthĂšse des ambitions politiques de cette organisation islamiste (FrĂšres Musulmans) dont le but ultime est d’établir “le rĂšgne de Dieu sur Terre” » 

À l’époque les Nada, Himmat, Nasreddin sont des personnalitĂ©s connues et respectĂ©es et ceux qui osent soulever le doute sont traitĂ©s de paranoĂŻaques et semeurs de troubles.

D’autres articles de presse continent Ă  tourner autour des mĂȘmes personnages et y ajoutent la famille Ramadan et encore les FrĂšres Musulmans comme dans cet article (en italien).

C’est surtout un article du qui va faire l’historique et  la synthĂšse: Ian Johnson, « How a Mosque for Ex-Nazis Became Center of Radical Islam », The Wall Street Journal, 12.7.05

«Comment une mosquĂ©e pour anciens nazis est devenue le centre de l’islam radical» parait le 17 septembre 2005, est Ă  lire sur Internet et explique l’historique de la construction de la mosquĂ©e de Munich et y place tous les noms qu’on avait pu glaner au fil des prĂ©cĂ©dentes lectures


Entre-temps, en France, on avait publié le rapport Obin en 2004 et le rapport Denécé en 2005.

(les lecteurs d’EurolibertĂ©s devraient lire cet historique du Wall Street Journal et les rapports Obin et DĂ©nĂ©cĂ©.

Dans ce cadre inquiĂ©tant, mais dont ne sont conscients que ceux qui se donnent la peine de lire les livres et articles qui paraissent dans la presse internationale (dans mon cas en flamand, français, anglais, italien et quelque fois aussi allemand), nous sommes nombreux Ă  nous demander « Mais qu’est ce qui se passe ? » et « Comment peut-on bloquer la catastrophe qui s’annonce ? »

Le monde politique est-il inconscient ou paralysĂ© par la raison d’état ou des intĂ©rĂȘts supĂ©rieurs ?

Entre-temps, mĂȘme dans le Tessin les foulards islamiques, voiles, hijab et burqas deviennent de plus en plus nombreux. Ceux qui ne se rendent pas compte de l’importance symbolique rĂ©pondent : « Mais qu’est ce que ça peut faire, ça n’est qu’un bout de tissu » 

C’est dans cette atmosphĂšre que Ghiringhelli commence Ă  dĂ©noncer systĂ©matiquement l’évolution de la situation dont  52 articles concernant l’islam (en italien) parmi lesquels un long essai sur les FrĂšres Musulmans et les 47 articles concernant le problĂšme de la burqa.

MalgrĂ© le silence des autoritĂ©s, le peuple commence Ă  s’inquiĂ©ter et en 2009 c’est 57 % des votants suisses qui s’exprime pour l’interdiction de la construction de minarets. Votation trĂšs symbolique car en rĂ©alitĂ© que peut bien faire un joli minaret de 10 mĂštres de haut comparĂ© aux horreurs de l’architecture contemporaine ? En rĂ©alitĂ© le non aux minarets signifie non Ă  l’islam dont le minaret est le symbole.

Le 20 novembre 2009, Ghiringhelli Ă©crit au parlement tessinois pour demander l’interdiction de la burqa. Encore une fois, on lui rit au nez car dans le Tessin les burqas sont rares et que voulez-vous que fasse un bout de tissu ?

Ceux qui comprennent le poids des symboles se rangent aux cÎtés de Ghiringhelli ; ils constituent un comité et lancent la récolte de signatures pour induire la votation qui aura lieu le 22 septembre 2013 et sera acceptée par le peuple  tessinois avec 65,4 % des votants.

De nouveau, en votant  « la dĂ©fense de se dissimuler le visage », le peuple n’a pas dit non Ă  un bout de tissu, mais il a dit non Ă  l’islam dont ce bout de tissu est le symbole, pour ne pas dire l’étendard.

Grand émoi auprÚs des aubergistes qui, eux, courtisent le monde arabe non pas par sympathie pour le monde arabo-musulman, mais tout simplement parce que les touristes arabes sont riches et dépensent beaucoup


Dernier acte de cette aventure :  la loi a été mise en application le 1er juillet 2016.

LĂ  oĂč cela devient intĂ©ressant pour les Français c’est que l’ambassade d’Arabie Saoudite Ă  Bern, a publiĂ© un communiquĂ© demandant Ă  ses ressortissant qui sĂ©journent au Tessin de respecter la loi qui interdit la dissimulation du visage
 (voir ICI avec le texte en arabe)

« L’ambassade tient Ă  souligner que les autoritĂ©s cantonales du Tessin, dans le sud-est de la Suisse, ont annoncĂ© que dĂšs le 1er juillet 2016, elles commenceront Ă  mettre en force l’interdiction de la burqa (niqab) dans les espaces publics, ce qui inclut Lugano, Locarno, Magadino, Bellinzone, Ascona et Mendrisio. Elles ont Ă©galement annoncĂ© que l’amende pour non-respect de cette interdiction pourra aller jusqu’à 1000 francs, voire plus en cas de rĂ©cidive. Vu que les vacances scolaires [en Arabie Saoudite] arrivent, l’ambassade rappelle Ă  tous les honorables citoyens la nĂ©cessitĂ© de respecter les rĂšgles suisses et de s’y conformer afin d’éviter tout problĂšme. »

Étant donnĂ© que l’ambassade de l’ appelle Ă  respecter la loi anti-burqa au Tessin, pourquoi les Français ne demanderaient-ils pas Ă  l’ambassade d’Arabie Saoudite en France de lancer le mĂȘme appel au respect de la loi anti-burqa en France? N’est-ce pas le moyen le plus efficace pour Ă©viter les violences qui maintenant s’étendent aussi autour du burqini qu’on commence Ă  interdire mĂȘme en Tunisie ?

Si l’ambassade d’Arabie Saoudite « rappelait Ă  tous les honorables citoyens la nĂ©cessitĂ© de respecter les rĂšgles françaises et de s’y conformer afin d’éviter tout problĂšme » cela couperait l’herbe sous les pieds des provocateurs.

Si l’Ambassade d’Arabie Saoudite en France ne rĂ©pondait pas Ă  la sollicitation ou rĂ©pondait nĂ©gativement, cela signifierait qu’elle ne souscrit pas Ă  la loi française
  Dans les deux cas, on saurait Ă  quoi s’en tenir.

Ghiringhelli, quant à lui, continue son action avec de plus en plus de soutien pour Ă©tendre l’interdiction de dissimulation du visage dans tous les Cantons. Comme le disait Gandhi, « mĂȘme si vous ĂȘtes une minoritĂ© d’un seul individu, la vĂ©ritĂ© est la vĂ©ritĂ© » et tĂŽt ou tard d’autres individus embrassent la mĂȘme cause.

Ce qui est navrant, c’est que si on avait Ă©coutĂ© les lanceurs d’alerte, il y a 20 ans, aujourd’hui on n’en serait pas lĂ .

Article paru Ă©galement sur le site Riposte LaĂŻque.

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