Revenant du Pays basque, j’y ai constaté que de nombreux notables (élus, professionnels libéraux, commerçants…) portent des patronymes originaires du cru, du pays. Je pourrais probablement en dire de même de la Corse, de la Bretagne, de l’Alsace ou d’autres régions faisant partie de notre nation.

De retour en Normandie dont je suis originaire, la plus ancienne terre française du point de vue de son identification par l’histoire, mon séjour estival dans le Sud-Ouest m’a rappelé que nos élus normands venaient souvent d’ailleurs, des « horsains » comme l’on dit chez nous.

On peut même constater, nous le verrons plus loin, que nombre des élus de la Terre aux léopards ont déjà tenté d’être, auparavant, élus ailleurs et leur échec, ou leur probabilité d’échec, les a fait se tourner vers la Normandie, électoralement plus accueillante.

Notre région prouve ainsi, une nouvelle fois, sa tempérance, qui peut être qualifiée de tolérance politique : elle n’hésite pas à servir de « marchepied » à des ambitions électorales nationales de certains élus, et pas des moindres, de droite comme de gauche.

Une terre normande dont les plus hauts responsables récents (présidents de conseils régionaux) furent bretons (voir mon essai « L’Unité normande, réalité historique et incertitudes politiques » paru chez L’Harmattan en décembre 2015) est-elle représentée de manière à ce que ses intérêts soient réellement pris en compte ? Longtemps, la région (encore double…, le Mouvement normand évoquait toujours, dans sa presse, l’existence de « régions-croupions ») fut présidée à l’est (Haute-Normandie), entre 1998 et 2013, par le socialiste Alain Le Vern, né à Portsall dans le Finistère et à l’ouest (Basse-Normandie), entre 1986 et 2004, par le libéral René Garrec, né à Lanvéoc, toujours dans le Finistère, département clairement identifié comme grand producteur d’élus normands. Bien sûr, cette double constatation n’a rien de répréhensible mais parler de la réunification territoriale d’une région dont on n’est pas originaire me semble, charnellement, peu probant. D’ailleurs, ces deux élus se sont toujours, et systématiquement, opposés à l’idée d’unité normande, l’un (le libéral) préférant regarder vers un hypothétique « Grand ouest » (avec les Pays de la Loire et la Bretagne comme partenaires), l’autre (le socialiste) redoutant l’esprit « viking » – c’est bien connu, le socialisme encourage la diversité humaine, à condition qu’elle remplisse un certain nombre de conditions, dont la principale est qu’elle provienne du Sud de l’hémisphère – et préférant un accord territorial avec l’ancienne Picardie. Bref, des élus horsains n’ont jamais permis de faire avancer l’idée normande. Rappelons rapidement ici que l’unité territoriale de notre région a été imposée par un exécutif qui cherchait à rationaliser le nombre des régions au niveau national. Il ne s’agissait pas particulièrement d’unir la Normandie, mais de structurer la France autrement, notamment pour éviter une déroute électorale lors des élections régionales de décembre 2015 (ce qui fut d’ailleurs une réussite puisque le Parti socialiste – et ses alliés, y compris communistes – a conservé plusieurs grandes régions et a même failli gagner en Normandie à quelques milliers de voix près ; vous lirez -ou relirez- à ce sujet le deuxième numéro de Drakkar qui arborait, en sa une, le portrait du nouveau président, Hervé Morin, qui se montra toujours partisan de l’unité régionale).

Mais les Le Vern et autres Garrec ont bâti leurs carrières politiques en Normandie, Haute ou Basse, c’est une réalité que l’on ne peut pas contester. D’autres ont été imposés par leur formation politique respective, ce que l’on appelait le « parachutage » électoral, parfois même à la suite d’échecs au suffrage universel dans d’autres régions de France.

Je vous propose un tour d’horizon non exhaustif, mais emblématique de la Normandie, comme terre de promotion, voire de recyclage des leaders politiques nationaux.

(Suite de l’enquête demain)

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