Une fois n’est pas coutume et pour une fois, la campagne Ă©lectorale canadienne nous a rĂ©servĂ© des surprises de taille. Il n’est pas ici question des fameux « blackfaces » de Justin qui ont fait les manchettes Ă  travers le monde et qui n’ont fait que prouver l’hypocrisie de celui qui qualifie tous ses opposants de « suprĂ©maciste blanc ». Non, la principale surprise de cette campagne est le rĂ©alignement du Bloc quĂ©bĂ©cois, son retour aux fondamentaux aprĂšs des annĂ©es d’errements.

Il semble qu’aprĂšs avoir accumulĂ© les dĂ©faites cuisantes depuis 2011, les dirigeants du Bloc quĂ©bĂ©cois, principal parti souverainiste se prĂ©sentant au niveau fĂ©dĂ©ral, aient dĂ©cidĂ© de tourner la page sur la recette de leur dĂ©confiture qui consistait en un programme clairement ancrĂ© Ă  gauche, avec quelques accents souverainistes pour satisfaire un Ă©lectorat s’éloignant de plus en plus.

En 2019, le chef Yves-François Blanchet a dĂ©cidĂ© de tenter sa chance, non pas en appuyant un programme qui fait l’unanimitĂ© chez les journalistes et les bobos, minoritĂ© trĂšs vocale, mais surtout trĂšs minoritaire, mais en prenant le pouls du QuĂ©bec et en y allant avec des propositions dans l’air du temps quitte Ă  choquer certains journalistes de Radio-Canada.

Ainsi, aprĂšs avoir reniĂ© tout nationalisme, le Bloc revient en force avec un discours qui se veut populaire et nationaliste. Les affiches parlent d’appui Ă  la Loi 21, qui interdit les symboles religieux dans certains domaines de la fonction publique, mais aussi de lutter contre l’immigration illĂ©gale, en fermant notamment le fameux Chemin Roxham, porte d’entrĂ©e bĂ©ante au Canada depuis quelques annĂ©es.

Le 24 septembre, on allait encore plus loin avec non seulement l’exigence de la maĂźtrise du français pour obtenir la citoyennetĂ©, mais un message d’appui aux communautĂ©s francophones hors QuĂ©bec, une cause que les nationalistes ont toujours eu Ă  cƓur, mais qui a Ă©tĂ© lĂąchement abandonnĂ©e au profit d’une optique provinciale et gĂ©ographique par les nĂ©onationalistes civiques du Parti quĂ©bĂ©cois.

Seulement voilà, si ces propositions séduisent, il est impossible de ne pas ressentir un certain malaise en les entendant. Elles sonnent faux, aussi faux que les raps produits dans les années 90 par les bonzes du gouvernement pour faire passer leur message aux jeunes.

Quand le Bloc y va de propositions populaires, sinon populistes, on a du mal Ă  y croire. L’exemple de Jean-François LisĂ©e qui Ă©tait parvenu Ă  se hisser Ă  la tĂȘte du Parti quĂ©bĂ©cois grĂące Ă  une plateforme identitaire avant de faire un virage Ă  180 degrĂ©s aussitĂŽt Ă©lu doit servir de leçon. Le proverbial chat Ă©chaudĂ© ne veut se refaire avoir une seconde fois.

Les stratĂšges du Bloc ne sont pas aveugles et comprennent que le paradigme politique a changĂ© et comprennent bien ce que le peuple veut. Mais peut-on faire confiance Ă  ceux-lĂ  mĂȘmes qui ont fait du Bloc quĂ©bĂ©cois un parti gauchiste arborant un fleurdelisĂ©e pour mieux vendre sa salade ?

C’est peut-ĂȘtre une rĂ©flexion cynique que de penser que la rĂ©mission du gauchisme, « maladie sĂ©nile » pour reprendre les termes de LĂ©nine, est impossible, mais tout cela sent la rĂ©cupĂ©ration. Les Bloquistes ont constatĂ© que la Coalition avenir QuĂ©bec avait remportĂ© les Ă©lections quĂ©bĂ©coises en changeant de cap et en axant sur l’identitaire et ils aimeraient eux aussi profiter de ce nordet qui semble prendre de la puissance. VoilĂ  le fin mot sur ce « nationalisme dĂ©complexé » qui ne semble ni vraiment dĂ©complexĂ©, ni vraiment nationaliste.

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A propos de l'auteur

RĂ©mi Tremblay

RĂ©mi Tremblay, Ă©diteur du Harfang, porte-parole de la FĂ©dĂ©ration des QuĂ©bĂ©cois de souche, collaborateur Ă  plusieurs journaux (PrĂ©sent, Livr’Arbitres, Council of Euro-Canadians et Alternative Right) ; il a dĂ©jĂ  publiĂ© le livre "Les Acadiens : du Grand DĂ©rangement au Grand Remplacement" et "Le Canada français, de Jacques Cartier au gĂ©nocide tranquille" (avec Jean-Claude Rolinat) aux Ă©ditions Dualpha. Il est le correspondant d'EuroLibertĂ©s au Canada.

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