(Propos recueillis par Patrick Sessler) 

Dominiek Lootens-Stael est député du Vlaams Belang au sein du parlement régional bruxellois, il est également chef de groupe. Il siÚge au Bureau Politique du Vlaams Belang.

Bruxelles est-elle réellement une plaque tournante du djihadisme international ?

DiffĂ©rents Ă©vĂ©nements survenus au cours de ces derniers mois montrent que Bruxelles est bel et bien une plaque tournante du djihadisme international et du terrorisme. Je songe notamment Ă  l’attaque meurtriĂšre du MusĂ©e juif, Ă  l’attentat menĂ© contre le magazine satirique Charlie Hebdo Ă  Paris dont les armes provenaient de Bruxelles, Ă  la tentative d’attentat Ă  bord d’un Thalys, dont l’auteur et les armes provenaient de Bruxelles et plus rĂ©cemment, au carnage du Bataclan et aux fusillades sur les terrasses des cafĂ©s Ă©galement Ă  Paris qui ont mis en lumiĂšre le rĂŽle de Bruxelles et de Molenbeek-Saint-Jean en particulier, comme lieu de prĂ©paration et de repli pour les terroristes. Enfin il y a les attentats sanglants de l’aĂ©roport de Bruxelles et du mĂ©tro bruxellois.

Ce n’est pas nouveau que Bruxelles sert de plaque tournante au radicalisme musulman. Charles Pasqua lorsqu’il Ă©tait ministre de l’IntĂ©rieur en France, dĂ©nonçait rĂ©guliĂšrement la Belgique et Bruxelles comme base arriĂšre du terrorisme islamiste. Dans les annĂ©es nonante (90), des islamistes algĂ©riens menaient dĂ©jĂ  des actions contre le rĂ©gime algĂ©rien Ă  partir de Bruxelles. Deux jours avant les attentats du 11 septembre Ă  New York, l’opposant afghan Massoud Ă©tait assassinĂ© par Abdessatar Dahmane, le mari de Malika El Aroud qui avait Ă©tĂ© condamnĂ©e pour le recrutement de djihadistes. Citons encore le tristement cĂ©lĂšbre chef du Centre islamique belge et son fils, condamnĂ©s par contumace pour terrorisme par un tribunal bruxellois. Le spĂ©cialiste français Claude Moniquet souligne Ă©galement que Bruxelles est une plaque tournante du djihadisme international. On peut facilement s’y procurer des armes et de nombreux jeunes sont gavĂ©s de haine dans les mosquĂ©es. La longue liste de Bruxellois ayant rejoint les terroristes de l’État islamique est rĂ©vĂ©latrice. Et puis, sans doute est-ce la principale raison du choix de la Belgique et de Bruxelles comme base arriĂšre, c’est le phĂ©nomĂ©nal laxisme des autoritĂ©s face Ă  l’islam. Laxisme dictĂ© par de misĂ©rables petits calculs Ă©lectoraux. Aujourd’hui on en paye le prix, celui des larmes et du sang.

Il faut faire cesser l’angĂ©lisme et dĂ©velopper une politique Ă©nergique de lutte contre le radicalisme musulman. C’est en surveillant les prĂ©dicateurs radicaux et en fermant leurs mosquĂ©es que nous pourrons Ă©radiquer le problĂšme sans prĂ©jugĂ©s ni crispations politiquement correctes.

La RĂ©gion bruxelloise doit jouer un rĂŽle moteur en ce sens.

La Région bruxelloise a-t-elle les compétences nécessaires pour agir ?

L’ancienne majoritĂ© pouvait se dĂ©gager de cette responsabilitĂ© sous couvert que cela n’était pas de sa compĂ©tence. Ce n’est plus vrai aujourd’hui puisque la RĂ©gion est dĂ©sormais en charge de la sĂ©curitĂ©. Il est impĂ©ratif que ce gouvernement soit au courant de ce qui se passe sur son territoire, des incitations Ă  la haine dans les mosquĂ©es et du recrutement des djihadistes pour combattre notamment en Syrie. Il faudrait garder Ă  l’Ɠil les librairies bruxelloises qui diffusent la haine contre le monde occidental.

Il y a vingt ans, alors que j’effectuais mes premiers pas en politique, ces endroits Ă©taient dĂ©jĂ  problĂ©matiques. La situation a empirĂ© avec l’arrivĂ©e d’internet, canal de propagation de la haine de l’Occident et de messages qui incitent Ă  aller se battre un peu partout dans le monde. Il importe que le gouvernement dĂ©veloppe une approche coordonnĂ©e avec le Parquet, la SĂ»retĂ© de l’État et la Justice, et intervienne si nĂ©cessaire.

Quelles mesures ont-elles Ă©tĂ© ou vont-elles ĂȘtre prises en la matiĂšre ? Quels sont les objectifs du gouvernement ? Autant de questions toujours sans rĂ©ponses concrĂštes.

L’actuel Ministre-prĂ©sident de la rĂ©gion bruxelloise, Rudi Vervoort (PS), est-il Ă  la hauteur de ces enjeux ?

J’en doute, je l’ai interpellĂ© sur cette question et j’ai reçu une rĂ©ponse surrĂ©aliste. Il dĂ©finit sa politique en la matiĂšre comme « une approche inclusive, sans discrimination ou stigmatisation ». Il ajoute que « le climat de crispation que nous vivons actuellement tend Ă  prendre de l’ampleur et se traduit par un repli sur soi, des propos haineux, voire carrĂ©ment racistes, Ă  condamner avec force et sans Ă©quivoque » et il regrette que « certains discours minent mĂȘme la politique menĂ©e dans ce domaine, car ils encouragent les logiques d’entre soi et de stigmatisation identitaire ». On peut difficilement ĂȘtre plus Ă  cĂŽtĂ© de la plaque. On dirait presque que, pour le gouvernement Bruxellois, le problĂšme n’est pas tant le terrorisme que le racisme. Hallucinant !

Que répondre dans un tel dialogue de sourds ?

J’ai demandĂ© une cartographie du problĂšme de l’islam radical Ă  Bruxelles qui soit dĂ©nuĂ©e de prĂ©jugĂ©s et de crispations politiquement correctes dans l’espoir de pouvoir en dĂ©battre en commission. La chose paraĂźt cependant impossible, puisque deux camps se sont formĂ©s d’emblĂ©e, opposant les socialistes aux autres membres.

Pourtant, personne n’ignore que les demandeurs d’asile originaires d’Afghanistan, d’Irak et de Syrie qui affluent actuellement en Europe et Ă  Bruxelles sont en grande partie des aventuriers munis d’un faux passeport syrien et qu’un certain nombre d’entre eux sont des terroristes infiltrĂ©s.

J’ai dit Ă  Rudi Vervoort que nous sommes face Ă  un problĂšme d’envergure auquel il n’est pas prĂ©parĂ©. Qu’il est en retard d’une guerre. Que les plans qu’il Ă©labore restent sans suite. Je lui ai aussi dit que je savais pourquoi ses plans restent sans suites : il est pieds et poings liĂ©s par les responsables politiques qui s’époumonent dans cette commission pour dĂ©fendre d’autres intĂ©rĂȘts que ceux des Bruxellois.

Quels autres intĂ©rĂȘts que ceux des Bruxellois ?

Visiblement, pour Rudi Vervoort et son gouvernement, les lĂ©gitimes rĂ©actions de nos concitoyens, qui s’expriment souvent par un rejet de l’islam, constituent un danger quasi aussi prĂ©occupant que le terrorisme lui-mĂȘme. C’est dire si ces « responsables » politiques veulent ignorer la rĂ©alitĂ© au profit de leur idĂ©ologie islamo-socialiste tellement rentable sur le plan Ă©lectoral dans certaines communes. Le Bruxellois de souche est la cinquiĂšme roue de la charrette dans la politique menĂ©e Ă  Bruxelles par le Parti socialiste, l’ensemble des vieilles formations politiques, toutes immigrationnistes. Dans ce domaine comme dans tous les autres d’ailleurs. Comme toujours, le Vlaams Belang est la seule opposition rĂ©elle.

Le Vlaams Belang remonte considérablement dans les sondages aprÚs avoir connu une défaite électorale cuisante en 2014, que faut-il en penser ?

Nous continuons Ă  proposer nos solutions qui ont le mĂ©rite d’ĂȘtre immĂ©diatement applicables et finançables, inlassablement, en sachant qu’on les appliquera probablement quand ce sera trop tard, comme c’est le cas rĂ©guliĂšrement aujourd’hui au niveau fĂ©dĂ©ral. Nos concitoyens n’ont pas tous la mĂ©moire courte et ils se souviennent que le Vlaams Belang a prĂ©dit le bourbier dans lequel nous nous trouvons. Ils se souviennent aussi de nos propositions et ils savent que si nous avions Ă©tĂ© Ă©coutĂ©s il y a dix ans, nous n’en serions pas lĂ . Beaucoup de nos Ă©lecteurs ont Ă©tĂ© sĂ©duits par un parti qui s’est prĂ©sentĂ© comme un simili-Vlaams Belang, pas seulement sur le plan institutionnel, mais aussi sur des thĂšmes comme l’immigration et la sĂ©curitĂ©. Aujourd’hui, la NV-A, pour ne pas la nommer, a retournĂ© toutes ses vestes. Sur l’institutionnel et sur l’immigration, au point d’ĂȘtre la grande organisatrice de l’arrivĂ©e massive des demandeurs d’asile. Les Ă©lecteurs ne l’oublieront pas facilement.

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