Par la RĂ©daction du site VPost.

Quelle recomposition des groupes au Parlement europĂ©en aprĂšs 2019 ? Jeu d’échecs en Europe centrale, activisme de Salvini, repositionnement des populistes d’Europe occidentale, consĂ©quences du Brexit et interrogations sur le Fidesz et l’ANO.

AprĂšs avoir reçu Viktor OrbĂĄn en Italie en aoĂ»t 2018, Matteo Salvini s’est dĂ©placĂ© en Pologne Ă  Varsovie le 9 janvier 2019, oĂč il a rencontrĂ© le chef du parti au pouvoir JarosƂaw KaczyƄski. Il y a affirmĂ© que l’Italie et la Pologne seraient les « protagonistes du nouveau printemps europĂ©en ». Le Premier ministre hongrois Viktor OrbĂĄn a qualifiĂ© cette alliance entre l’Italie et la Pologne comme « l’un des plus grands Ă©vĂ©nements qui pouvait marquer ce dĂ©but d’annĂ©e. » D’autres chroniqueurs Ă©voquent Ă  l’inverse un Salvini qui « navigue Ă  vue » dans ses recherches d’alliances politiques au niveau europĂ©en.

Pendant que Matteo Salvini rencontrait les dirigeants du PiS, Luigi Di Maio – la figure de l’autre partenaire de la coalition gouvernementale italienne, du Mouvement 5 Ă©toiles – rencontrait le leader populiste polonais PaweƂ Kukizpour conclure un accord en vue des prochaines europĂ©ennes. Peu de temps aprĂšs que M. Di Maio ait exprimĂ© son intĂ©rĂȘt à s’associer avec une Ă©ventuelle Ă©manation politique des Gilets Jaunes en France.

Ces rencontres sont l’occasion de faire le point sur les jeux d’alliance europĂ©ens Ă  quatre mois des Ă©lections europĂ©ennes.

Des élections à fort enjeu ?

S’il est un sujet sur lequel Ă  peu prĂšs toutes les sensibilitĂ©s politiques en Europe semblent se mettre d’accord, c’est celui de l’importance des Ă©lections europĂ©ennes de mai 2019. Avec un affrontement entre deux tendances reprĂ©sentĂ©es (au moins symboliquement) l’une par le prĂ©sident français Emmanuel Macron, l’autre par le Premier ministre hongrois Viktor OrbĂĄn.

Macron et OrbĂĄn n’ont pas manquĂ© de se dĂ©signer mutuellement comme reprĂ©sentants du camp d’en face : en visite Ă  Bratislava Macron a qualifiĂ© les gouvernants hongrois et polonais comme Ă©tant des « esprits  fous » qui « mentent Ă  leurs peuples », tandis que dĂšs le mois d’aoĂ»t OrbĂĄn en dĂ©placement en Italie pour rencontrer le Ministre de l’IntĂ©rieur Matteo Salvini ciblait Macron comme le leader des forces politiques soutenant l’immigration.

En septembre 2018, venu Ă  Strasbourg en personne pour intervenir au sujet du rapport Sargentini contre la Hongrie, OrbĂĄn avait de nouveau évoquĂ© les Ă©chĂ©ances de mai 2019 : « Nous Hongrois sommes prĂȘts pour les Ă©lections europĂ©ennes de l’an prochain, oĂč enfin les gens pourront dĂ©cider du futur de l’Europe, et pourront ramener la dĂ©mocratie dans la politique europĂ©enne. »

Si le Parlement europĂ©en n’est pas la seule instance dirigeante de l’Union europĂ©enne et qu’il est peu probable que les Ă©lections de mai 2019 dĂ©bouchent sur un changement radical au sein de l’UE, son importance symbolique (seule instance dĂ©mocratique de l’UE) et son rĂŽle dans les institutions (notamment en dĂ©but de mandature, pour l’investiture des Commissaires europĂ©ens) ne sont pas Ă  nĂ©gliger.

Viktor OrbĂĄn a en janvier 2019 rĂ©affirmé son ambition que dans chaque institution de l’Union europĂ©enne Ă©merge une majoritĂ© hostile Ă  l’immigration. La premiĂšre Ă©tape Ă©tant le Parlement europĂ©en, puis la Commission europĂ©enne et enfin le Conseil europĂ©en, Ă  mesure que les Ă©lections parlementaires nationales mettraient au pouvoir des gouvernements hostiles Ă  l’immigration de masse.

Le rapport de forces actuel et les conséquences prévisibles du Brexit

Depuis la mise en place d’un Parlement europĂ©en Ă©lu au suffrage universel en 1979, les deux groupes majoritaires du Parlement sont le PPE (Parti Populaire EuropĂ©en, dĂ©mocrate-chrĂ©tien) et celui des sociaux-dĂ©mocrates, et ils ont pour habitude de constituer ensemble une majoritĂ© qui partage Ă  intervalles rĂ©guliers la prĂ©sidence du Parlement.

En janvier 2019, la rĂ©partition des 750 dĂ©putĂ©s s’établit ainsi :

– PPE : 218 dĂ©putĂ©s (dont ceux du Fidesz hongrois)

– sociaux-dĂ©mocrates : 186 (dont les Ă©lus du SMER slovaque et de PSD roumain)

– ECR (Conservateurs et RĂ©formistes EuropĂ©ens) : 74 (dont 19 dĂ©putĂ©s polonais, parmi lesquels les Ă©lus du PiS au pouvoir, et 19 conservateurs britanniques)

– ADLE (Alliance des dĂ©mocrates et des libĂ©raux pour l’Europe, groupe dirigĂ© par Guy Verhofstadt) : 68 (dont les 4 Ă©lus issus de l’ANO tchĂšque)

– Verts/ALE : 52

– GUE (Gauche Unitaire EuropĂ©enne) : 52

– EFDD (Europe de la libertĂ© et de la dĂ©mocratie directe) : 43 (dont 19 Ă©lus du UKIP britannique et 14 Ă©lus du Mouvement 5 Ă©toiles italien)

– ENL (Europe des Nations et des LibertĂ©s) : 34 (dont 15 Ă©lus du RN français, 4 du FPÖ autrichien, 6 de la Lega Nord italienne)

– non-inscrits : 23

Ce rapport de forces actuel donne une majoritĂ© absolue (qui est de 375 siĂšges) au PPE et aux sociaux-dĂ©mocrates, qui ensemble rassemblent 404 des 750 eurodĂ©putĂ©s. On peut Ă©galement compter parmi les Ă©lĂ©ments solides de la majoritĂ© « pro-Bruxelles » les dĂ©putĂ©s libĂ©raux de l’ADLE.

Plus à gauche, les groupes Verts et GUE sont globalement pro-européens et pro-immigration, leurs nuances ou désaccords avec les tendances majoritaires pouvant plutÎt se situer ponctuellement sur les questions environnementales, de libre-échange économique (Traité transatlantique, CETA), voire sur la question des relations UE-Russie pour ce qui concerne le groupe GUE.

À la droite du PPE, on trouve 3 groupes parlementaires :

– le groupe ECR, qui est parvenu Ă  devenir de justesse la troisiĂšme force politique du parlement en 2014, notamment en ralliant la NVA flamande ; ce groupe rassemble globalement des conservateurs et autres chrĂ©tiens-dĂ©mocrates en rupture de ban avec le PPE, voire quelques populistes de droite ; il conserve toutefois ses distances avec les Ă©lus qui pourraient ĂȘtre qualifiĂ©s d’extrĂȘme-droite, avec notamment en mars 2016 l’exclusion des dĂ©putĂ©s de l’AfD allemande

– le groupe EFDD, dont les deux piliers sont les Ă©lus du UKIP britannique de Nigel Farage et les italiens du Mouvement 5 Ă©toiles ; dĂ©but 2017, la tentative de dĂ©part des Ă©lus italiens de 5 Ă©toiles vers le groupe libĂ©ral ALDE s’est soldĂ©e par un Ă©chec avec le refus du groupe ALDE de les accueillir ; outre ses deux poids lourds, le groupe EFDD compte notamment plusieurs dĂ©putĂ©s français ayant quittĂ© le RN (FN) mais aussi l’ancien prĂ©sident lituanien Rolandas Paksas

– le groupe ENL, qui n’a pas pu voir le jour dĂšs 2014 en raison de la difficultĂ© Ă  rassembler des parlementaires de 7 pays et s’est constituĂ© en cours de mandature, grĂące au ralliement d’une ancienne Ă©lue du UKIP britannique et de deux Ă©lus polonais du KNP devenus intĂ©grables aprĂšs l’éviction de leur ancien leader Janusz Korwin-Mikke

Un nouveau groupe EFDD « fourre-tout » avec le Mouvement 5 étoiles ?

Le Brexit va fortement bouleverser la donne pour les groupes situĂ©s Ă  la droite du PPE. L’avenir du groupe EFDD est le plus concernĂ© par le dĂ©part des Britanniques et l’instabilitĂ© de positionnement du Mouvement 5 Ă©toiles.

Jusqu’à prĂ©sent, le groupe EFDD (qui s’appelait EFD durant la mandature 2009-2014) a essentiellement Ă©tĂ© l’instrument de Nigel Farage qui s’en est servi comme tribune pour promouvoir le Brexit. En sa qualitĂ© de prĂ©sident de groupe, Nigel Farage Ă©tait en mesure d’effectuer de longues interventions au premier rang du Parlement, ce sont il s’est servi pour se rendre cĂ©lĂšbre au Royaume-Uni et au-delĂ .

En dehors du UKIP et de 5 Ă©toiles, le groupe EFDD est essentiellement constituĂ© d’alliĂ©s de circonstance sans une cohĂ©rence idĂ©ologique forcĂ©ment trĂšs forte. C’est ainsi que ce groupe s’est constituĂ© en 2014 en rĂ©cupĂ©rant une dĂ©putĂ©e du FN français en rupture avec son parti ou les DĂ©mocrates SuĂ©dois – initialement alliĂ©s au FN français mais choisissant finalement de s’associer avec un Farage aux apparences moins radicales. Notons aussi que ce groupe a manquĂ© de disparaĂźtre suite au dĂ©part d’une dĂ©putĂ©e lettonne et a rĂ©cupĂ©rĂ© en 48h un dĂ©putĂ© polonais (Robert Iwaszkiewicz) issu des listes du difficilement frĂ©quentable Janusz Korwin-Mikke. Preuve du caractĂšre flexible de la stratĂ©gie de Farage, au service d’un objectif unique : lui assurer une tribune pour promouvoir son message politique.

Il semblerait donc que le dĂ©sir principal de Farage Ă©tait de ne pas ĂȘtre dans le mĂȘme groupe avec Marine Le Pen, aussi bien pour des raisons d’image que pour ne pas avoir Ă  cohabiter avec une autre personnalitĂ© forte dans le mĂȘme groupe.

Le Mouvement 5 Ă©toiles italien semble dĂ©sireux de conserver le groupe EFDD qu’il avait pourtant essayer de quitter en 2017. En raison de son poids politique, le Mouvement 5 Ă©toiles prendrait inĂ©vitablement le leadership de ce groupe.

Plusieurs alliĂ©s ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© trouvĂ©s en vue de la rĂ©alisation de cet objectif : outre les polonais du mouvement Kukiz, le Mouvement 5 Ă©toiles affirme avoir conclu des accords avec le parti croate Ćœivi zid dĂ©crit comme populiste et le parti libĂ©ral finlandais Liike Nyt.

Comme lors de la mandature 2014-2019, le futur Ă©ventuel groupe EFDD menĂ© par le Mouvement 5 Ă©toiles accordera une libertĂ© totale de vote Ă  ses membres, ce qui devrait favoriser sa capacitĂ© Ă  recruter des Ă©lectrons libres pour rĂ©unir les 7 nationalitĂ©s nĂ©cessaires Ă  la constitution d’un groupe.

Le groupe ENL va aussi devoir jouer sa survie

Le groupe ENL compte actuellement 8 nationalitĂ©s. S’il restait en l’état, il compterait tout juste les 7 nationalitĂ©s requises aprĂšs le retrait du Royaume-Uni. Or il n’est pas certain que tous ses membres seront rĂ©Ă©lus (notamment les Ă©lus polonais du KNP) ou resteraient au groupe ENL (le positionnement de la Lega de Salvini Ă©tant pour le moment incertain). D’autres alliĂ©s pourraient toutefois venir en renfort, avec par exemple la possible entrĂ©e au Parlement europĂ©en du parti nationaliste tchĂšque SPD dirigĂ© par Tomio Okamura.

Il n’est pas impossible que le groupe ne parvienne pas Ă  se reconstituer en raison de la contrainte du nombre de nationalitĂ©s Ă  rassembler (le contingent d’élus du RN français suffit presque Ă  lui seul Ă  obtenir les 25 Ă©lus nĂ©cessaires). Tout va dĂ©pendre de comment des partis comme la Lega italienne ou le FPÖ autrichien vont de positionner : ils sont devenus durant la mandature 2014-2019 des partis de gouvernement, ce qui pourrait les rendre plus acceptables aux yeux de potentiels partenaires se trouvant essentiellement dans le groupe ECR.

Toutefois, il n’est pas sĂ»r non plus que les poids lourds du groupe ECR aient intĂ©rĂȘt Ă  ce que des poids lourds comme le RN français (qui peut espĂ©rer envoyer de nouveau une vingtaine de dĂ©putĂ©s au Parlement europĂ©en en mai 2019) soient totalement laissĂ©s pour compte aprĂšs les Ă©lections et se retrouvent sans groupe parlementaire, en raison du soutien sans faille de ces Ă©lus aux gouvernements polonais ou hongrois lorsque ceux-ci ont fait l’objet de vote Ă  leur encontre au Parlement europĂ©en ces derniĂšres annĂ©es.

L’avenir du groupe ECR et l’improbable groupe commun eurosceptique

Quant au groupe ECR, s’il n’est pas menacĂ© de disparition avec le dĂ©part des conservateurs britanniques, il sera nĂ©anmoins affaibli par le dĂ©part des 19 dĂ©putĂ©s britanniques. Pour parvenir Ă  conserver son rang de 3Ăšme force politique du Parlement europĂ©en, le groupe ECR va donc devoir s’élargir Ă  de nouveaux partenaires, d’autant que le groupe ALDE pourrait se voir renforcer par les Ă©lus du parti prĂ©sidentiel français LREM qui n’existait pas encore en 2014.

Un renfort pour le groupe ECR pourrait venir de France avec le parti Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan, actuellement non-reprĂ©sentĂ© au Parlement europĂ©en et associĂ© jusqu’alors avec l’EFDD de Nigel Farage, et qui vient de conclure un accord avec le groupe ECR. Sous rĂ©serve que le scrutin de mai 2019 accorde plus de 5% des voix Ă  la liste que conduira Nicolas Dupont-Aignan, ce que les sondages laissent prĂ©sager.

Jan Zahradil, eurodĂ©putĂ© tchĂšque et « Spitzenkandidat » du groupe ECR pour la Commission EuropĂ©enne a Ă©galement Ă©voquĂ© la Ligue du Nord italiennecomme potentiel nouveau partenaire du groupe ECR. Mais il semble Ă©carter des coopĂ©rations avec le Rassemblement National (ex-FN) français ou l’AfD allemande, Ă©voquant notamment des divergences de vue gĂ©opolitiques entre les partisans de l’atlantisme et les partis russophiles.

Si la question de la Russie est en partie vraie, en particulier pour la Pologne, elle ne saurait toutefois constituer le seul argument, surtout si l’on prend en compte le positionnement russophile assumĂ© de Matteo Salvini qui ne l’a pas empĂȘchĂ© d’ĂȘtre reçu Ă  Varsovie. En rĂ©alitĂ©, les gouvernants hongrois et polonais semblent s’autoriser Ă  Ă©tablir des rencontres officielles avec des dirigeants de partis politiques d’Europe occidentale qualifiĂ©s de populistes ou d’eurosceptiques dĂšs lors que ceux-ci font partie de la coalition gouvernementale en exercice et qu’une telle rencontre peut ĂȘtre prĂ©sentĂ©e comme inter-gouvernementale. Il en a ainsi Ă©tĂ© des rencontres de Viktor OrbĂĄn avec le vice-chancelier autrichien Strache (leader du FPÖ) ou le vice-Premier ministre italien Salvini, et maintenant il en est de mĂȘme pour la rencontre entre KaczyƄski et Salvini.

À l’inverse, bien qu’ils restent loyaux Ă  l’endroit de leur partenaire français du RN (ex-FN) avec lequel ils siĂšgent au Parlement europĂ©en au sein du groupe ENL jusqu’à la fin de la mandature 2014-2019, les leaders de la Lega italienne et du FPÖ autrichien ont ces derniers mois montrĂ© davantage d’intĂ©rĂȘt Ă  s’afficher avec OrbĂĄn ou KaczyƄski. Comme en tĂ©moigne l’absence de grandes figures comme Salvini (qui a envoyĂ© un message vidĂ©o) ou Strache (reprĂ©sentĂ© par Harald Vilimsky) lors d’une rĂ©union europĂ©enne organisĂ©e par le RN Ă  Nice le 1er mai 2018.

Est-ce Ă  dire que le ralliement de la Lega au groupe ECR aprĂšs les Ă©lections de 2019 est en bonne voie ? En tous cas, l’allemand Manfred Weber, dĂ©signĂ© par le PPE pour concourir Ă  la succession de Jean-Claude Juncker Ă  la tĂȘte de la Commission europĂ©enne, n’a pas manquĂ© de faire savoir qu’il verrait d’un bon Ɠil le ralliement de la Lega Ă  ECR, impliquant l’abandon du groupe ENL oĂč se trouve le RN de Marine Le Pen.

Et Salvini, derriĂšre une apparente dispersion, semble surtout vouloir ne se fermer aucune porte, puisqu’il maintient de bonnes relations aussi avec Marine Le Pen, qu’il a accueillie en Italie en octobre pour annoncer un « Front de la Liberté » en vue des europĂ©ennes 2019.

Certaines voix, notamment celles de Salvini ou de l’AfD allemande ont exprimĂ© leur souhait de voir Ă©merger aprĂšs 2019 un groupe eurosceptique commun qui rassemblerait les effectifs que l’on peut actuellement trouver Ă©parpillĂ©s parmi les groupes ECR, EFDD et ENL. Un tel groupe pourrait dĂ©passer la centaine d’élus.

La probabilitĂ© qu’un tel groupe unitaire voie le jour est toutefois faible, en raison notamment de l’impact que cela pourrait avoir sur certains de ces partis de gouvernement au niveau national de s’associer avec certaines formations considĂ©rĂ©es comme trop marginalisĂ©es ou marginalisantes.

Si la perspective de voir le PiS se retrouver dans le mĂȘme groupe parlementaire que le RN ou le Vlaams Belang ne semble pas Ă  l’ordre du jour, Olivier Bault note toutefois qu’ « une Ă©volution se fait sentir au sein du PiS quant Ă  l’attitude vis-Ă -vis du Mouvement national français et de Marine Le Pen. »

En effet, lors de votes du Parlement europĂ©en contre les gouvernements polonais ou hongrois, ceux-ci ont toujours pu compter sur le soutien des Ă©lus du groupe ENL et cherchent donc – sans pour autant s’associer politiquement avec eux – Ă  maintenir la cordialitĂ© de leurs relations avec ces formations politiques.

On peut donc imaginer comme scĂ©nario deux groupes (si le groupe ENL parvient Ă  se reconstituer) Ă  la droite du PPE aprĂšs 2019, avec une coordination informelle entre ces groupes, d’autant que la plupart des partis euro-critiques ont globalement renoncĂ© Ă  leurs vellĂ©itĂ©s de sortie de l’UE ou de la monnaie commune. Et un Ă©ventuel groupe EFDD en position de franc-tireur, et sans ligne politique claire (pour rappel, les Ă©lus europĂ©en du Mouvement 5 Ă©toiles ont votĂ© en faveur du rapport Sargentini contre la Hongrie).

Interrogations sur le Fidesz hongrois et l’ANO tchùque

Le maintien du Fidesz au sein du PPE fait l’objet depuis plusieurs mois de nombreux dĂ©bats et spĂ©culations. Jean-Claude Juncker lui-mĂȘme a dĂ©clarĂ©que selon lui le Fidesz n’a plus sa place au PPE, tandis que Manfred Weber a votĂ© le rapport Sargentini contre le gouvernement hongrois.

MĂȘme en Hongrie, la question est parfois soulevĂ©e, comme ce fut le cas lors d’une question posĂ©e par le public lors de l’UniversitĂ© d’étĂ© 2018 de TusvĂĄnyos oĂč Viktor OrbĂĄn prononce chaque annĂ©e un discours d’analyse politique gĂ©nĂ©rale.

Toutefois, le Fidesz n’est pas totalement isolĂ© au sein du PPE et jouit encore d’appuis solides, comme celui de son prĂ©sident Joseph Daul. Lors du vote du rapport Sargentini, le Fidesz pouvait encore compter sur plusieurs alliĂ©s fiables comme les Ă©lus de Forza Italia, du HDZ croate ou du SDS slovĂšne.

Quant à Viktor Orbán, sa communication sur le sujet est inflexible : il n’est pas question pour lui de voir le Fidesz quitter le PPE.

Quant au PPE, en dĂ©pit de la gĂȘne d’une partie de ses rangs Ă  conserver le Fidesz en son sein, l’enjeu est Ă©galement de rester le groupe majoritaire au Parlement europĂ©en. En dĂ©pit du faible poids dĂ©mographique de la Hongrie au sein de l’Union, les rĂ©sultats Ă©lectoraux du Fidesz font que la dĂ©lĂ©gation hongroise du PPE est, en termes numĂ©riques, la cinquiĂšme du PPE.

Or l’hypothĂšse d’une exclusion du Fidesz impliquerait le dĂ©part d’une douzaine de parlementaires (vraisemblablement vers ECR, qui ne manque pas de dire qu’il y serait le bienvenu) voire d’autres partenaires. HypothĂšse qui serait dommageable pour le PPE, mais aussi pour la stratĂ©gie d’OrbĂĄn qui semble ĂȘtre d’amener ses partenaires sur sa ligne plutĂŽt que de se marginaliser sur la scĂšne europĂ©enne.

Notons aussi l’influence forte du Fidesz sur les dĂ©putĂ©s hongrois minoritaires de Roumanie (du parti RMDSZ-UDMR) voire de Slovaquie (si l’un des deux partis hongrois, le MKP, proche du Fidesz, parvient Ă  maintenir sa reprĂ©sentation au Parlement europĂ©en). DĂšs lors, le poids potentiel du Fidesz est en rĂ©alitĂ© d’une quinzaine de dĂ©putĂ©s (les 12 du Fidesz, les 2 de l’UDMR en Roumanie et le dĂ©putĂ© du MKP en Slovaquie).

Si le Fidesz se retrouvait exclu et parvenait Ă  emmener avec lui ses alliĂ©s hongrois minoritaires, ainsi que d’autres partenaires italiens, croates ou slovĂšnes, alors le PPE pourrait disposer d’un nombre de dĂ©putĂ©s plus faible que le groupe social-dĂ©mocrate (d’autant qu’il est probable que la CDU allemande ou LR en France aient de moins bons rĂ©sultats Ă©lectoraux qu’en 2014).

En tout Ă©tat de cause, aucun mouvement du Fidesz ou du PPE ne semble devoir intervenir avant l’élection europĂ©enne et les Ă©tapes qui suivront (notamment sur la nomination des commissaires europĂ©ens).

L’autre interrogation, elle plus fondĂ©e, sera de savoir oĂč siĂšgeront les dĂ©putĂ©s europĂ©ens du parti gouvernemental tchĂšque ANO d’Andrej BabiĆĄ, le Premier ministre tchĂšque. En effet, ceux-ci siĂšgent actuellement dans le groupe ADLE dirigĂ© par Guy Verhofstadt. Ils ont votĂ© en faveur du rapport Sargentini contre le gouvernement hongrois, ce qui a provoqué la colĂšre d’Andrej BabiĆĄ, qui s’est nettement dĂ©solidarisĂ© du vote des dĂ©putĂ©s europĂ©ens de l’ANO, prĂ©cisant qu’ils ne seraient plus Ă©lus dans un an, se dĂ©solant de leur vote mais prĂ©cisant que leur vote n’engage qu’eux.

Difficile d’imaginer que lors de la prochaine mandature les nouveaux Ă©lus de l’ANO siĂšgent de nouveau au sein du groupe ALDE. En raison du positionnement hostile de leur leader aux quotas de migrants et Ă  sa solidaritĂ© affichĂ©e avec OrbĂĄn, on peut imaginer comme une option que les nouveaux dĂ©putĂ©s de l’ANO siĂšgent au sein du groupe ECR.

Quid des populistes de gauche d’Europe centrale et orientale ?

À gauche, la prĂ©sence au sein du groupe des sociaux-dĂ©mocrates du SMER slovaque (le parti majoritaire de la coalition de gouvernement) et du PSD roumain soulĂšve parfois des interrogations, en raison de l’orientation « populiste » de l’exercice du pouvoir de ces deux formations. Par le passĂ©, le SMER a plusieurs fois Ă©tĂ© lourdement critiquĂ© en raison des alliances gouvernementales passĂ©es en Slovaquie avec des partis de droite nationaliste (notamment le SNS).

Lorsqu’il Ă©voque la situation globale en Europe, le candidat Ă  la prĂ©sidence de la Commission europĂ©enne Manfred Weber ne s’y trompe pas  et n’oublie pas les socialistes roumains du PSD : « Si je regarde le paysage politique europĂ©en aujourd’hui, je vois Salvini en Italie, Kaczynski en Pologne, les socialistes roumains et OrbĂĄn. Nous pourrions Ă©videmment souhaiter autre chose, mais la rĂ©alitĂ© est lĂ . »

Si trois des quatre eurodĂ©putĂ©s du SMER Ă©taient identifiĂ©s comme des personnes fiables par les rĂ©seaux de George Soros, force est de constater que ceux-ci – en dehors de Boris Zala – n’ont pas systĂ©matiquement suivi les consignes de leur groupe sur les votes relatifs Ă  la situation en Hongrie ou en Roumanie.

La situation du SMER et du PSD est analogue Ă  celle du Fidesz avec le PPE : en dĂ©pit de certaines divergences, personne ne semble avoir intĂ©rĂȘt Ă  un divorce qui affaiblirait le groupe social-dĂ©mocrate et marginaliserait les exclus.

Si la situation du SMER au sein du groupe social-dĂ©mocrate ne semble pas susciter d’interrogations, il sera en revanche intĂ©ressant de voir comment va Ă©voluer la situation avec les Ă©lus du PSD roumain alors qu’un premier vote du Parlement europĂ©en a eu lieu contre le gouvernement roumain et que la Roumanie vient de prendre la prĂ©sidence tournante de l’Union europĂ©enne.

Autre option (strictement thĂ©orique en l’état) pour ces populistes de gauche en cas de rupture avec le groupe social-dĂ©mocrate : un rapprochement avec l’éventuel futur groupe EFDD sous la direction du Mouvement 5 Ă©toiles.

Des coordinations au-delà des groupes politiques ?

Il est donc trĂšs peu probable que la coordination des diverses oppositions aux orientations de l’Union europĂ©enne puisse se cristalliser au sein d’un seul groupe parlementaire lors de la mandature 2019-2024 du Parlement europĂ©en.

Il n’est au demeurant pas certain que cela serait profitable aux vellĂ©itĂ©s rĂ©formatrices, Ă©tant donnĂ© qu’un PPE et un groupe social-dĂ©mocrate Ă©purĂ©s de leurs trublions seraient certes numĂ©riquement quelque peu affaiblis mais pourraient – avec le groupe libĂ©ral ALDE – constituer un bloc central majoritaire ne souffrant plus de contestations internes.

Car mĂȘme avec une possible poussĂ©e des populismes, il apparaĂźt encore probable que l’addition des groupes social-dĂ©mocrate, ALDE et PPE dispose d’une majoritĂ© confortable au Parlement europĂ©en, y compris si l’on devait y retrancher des partis comme le Fidesz ou le PSD.

À moins que des phĂ©nomĂšnes politiques difficilement contrĂŽlables comme le Mouvement 5 Ă©toiles en Italie ou le mouvement des Gilets Jaunes en France (dont il est impossible de prĂ©dire s’il aura une incarnation Ă©lectorale, et si oui laquelle) n’émergent ailleurs en Europe et contribuent Ă  la fragilisation des majoritĂ©s traditionnelles.

Sauf bouleversement des Ă©quilibres actuels, la voie de la rĂ©forme pourra ponctuellement prendre forme au travers de coordinations dĂ©passant le clivage des groupes politiques, voire des traditions politiques nationales. À ce titre, le rejet du rapport contre le gouvernement roumain par les dĂ©putĂ©s europĂ©ens du Fidesz (alors que les eurodĂ©putĂ©s du PSD avaient majoritairement votĂ© le rapport Sargentini deux mois plus tĂŽt) constitue un modĂšle de pragmatisme politique. Notons toutefois que le vote des dĂ©putĂ©s PSD contre la Hongrie a Ă©tĂ© particuliĂšrement critiquĂ© par de nombreux partisans de la ligne du leader du PSD Dragnea, et qu’il est envisageable (comme en TchĂ©quie) que les nouveaux europarlementaires PSD seront davantage triĂ©s sur le volet pour leur accord avec la ligne de leur parti.

Il n’est d’ailleurs pas Ă  exclure que le mĂ©pris des Occidentaux et de Bruxelles pour les gouvernants d’Europe centrale et orientale constitue la meilleure façon d’amener ces derniers Ă  renforcer leur solidaritĂ© et leur identitĂ© politique au-delĂ  du V4, le tout avec l’appui des populistes occidentaux qui vantent leur gouvernance.

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