Christos Pappas, numĂ©ro deux du parti grec Aube DorĂ©e (Chrysi Avgi), nous a reçu au sein de la Vouli, le Parlement grec. C’Ă©tait l’occasion de faire un point sur l’ancrage idĂ©ologique de ce parti.

Christos Pappas, n°2 de l'Aube Dorée.

Christos Pappas, n°2 de l’Aube DorĂ©e.

La scĂšne se passe face Ă  l’ambassade de France Ă  AthĂšnes, sur la Vassilis Sofias. C’est l’entrĂ©e latĂ©rale de la Vouli oĂč les visiteurs se pressent. J’ai rendez-vous avec Christos Pappas, le numĂ©ro deux d’Aube DorĂ©e.

Les policiers, Ă  l’accueil, me demandent qui je viens voir. Quand je parle de Christos Pappas, ils font mine de ne pas comprendre. Quand je dis « Chrisy Avgi », des regards entendus s’Ă©clairent. Les tĂȘtes se lĂšvent comme si elles imploraient le ciel.

ImmĂ©diatement, un policier est affectĂ© Ă  ma sĂ©curitĂ©, et le chef de poste lui indique que j’ai une « camera », mot ambigu puisque l’anglais dĂ©signe autant l’appareil photo que la camĂ©ra. Je dois attendre Ă  l’accueil, parce que le policier en civil qui est chargĂ© de m’encadrer s’est Ă©clipsĂ©. Puis, mystĂ©rieusement, il revient me chercher et me fait patienter Ă  l’accueil du bĂątiment principal. De longues minutes d’attente commencent oĂč je finis par comprendre que le parti doit demander l’autorisation pour accueillir un journaliste muni d’une « camera ».

Je profite de cette pause pour observer les allĂ©es et venues. De façon discrĂšte, on comprendre que le Parlement a ses habituĂ©s, et que Chrisy Avgi n’en fait pas partie.

Pourquoi une interview de l’Aube DorĂ©e?

Je n’ai pas initialement choisi d’interviewer l’Aube DorĂ©e. Mais, sachant quej’interviewais Georges Papakonstantinou, le parti s’est proposĂ© de m’accorder un entretien. Je connais mal ce parti, mais l’idĂ©e m’a paru intĂ©ressante.

C’est toujours la mĂȘme histoire, Ă©videmment. Chrisy Avgi, en France comme en GrĂšce, est diabolisĂ© plus encore que ne peut l’ĂȘtre le Front National. Pappas rappellera d’ailleurs que les dirigeants du parti ont fait 18 mois de prison avant d’accĂ©der largement au Parlement grec.

Comme toujours on a deux choix.

Soit on boycotte et on diabolise. Mais je suis intimement persuadĂ© que cette stratĂ©gie est la meilleure façon d’assurer la popularitĂ© de ce parti en le victimisant. Je note en outre que cette stratĂ©gie du bannissement est largement prĂŽnĂ©e aujourd’hui par tous ceux qui se sont indignĂ©s le jour oĂč Manuel Valls a soutenu qu’il ne fallait pas chercher Ă  comprendre Daesh. Les uns doivent ĂȘtre compris, mais pas les autres, bien entendu.

Soit on donne la parole sans concession. Cette stratégie permet de comprendre, me semble-t-il, quel est le carburant qui permet à ce parti de remporter des siÚges de façon ininterrompue depuis 2012 au Parlement grec.

De l’impartialitĂ© dans l’interview

Ceux qui ont assistĂ© aux interviews de Marine Le Pen depuis 10 ans (et de son pĂšre avant elle) ont souvent, comme moi, subi de façon agacĂ©e l’agressivitĂ© des journalistes subventionnĂ©s qui se sentaient obligĂ©s d’ĂȘtre partiaux. Comme souvent: pour Ă©viter d’ĂȘtre suspect de complaisance, on fait du zĂšle face à l’interlocuteur.

J’ai pour ma part choisi un comportement diffĂ©rent. J’ai posĂ© Ă  Christos Pappas toutes les questions nĂ©cessaires pour Ă©clairer le spectateur, notamment sur la question du nazisme et de l’Holocauste. Le dĂ©putĂ© s’est prĂȘtĂ© au jeu, n’a rien cachĂ© sur les sympathies historiques entre une partie de ses adhĂ©rents et les rĂ©gimes nationalistes des annĂ©es 30.

Cette transparence Ă©tant faite, j’ai aussi donnĂ©, sans polĂ©mique, mais sans concession, la parole Ă  mon interlocuteur sur les sujets importants de l’actualitĂ©: l’Europe, l’euro, la Turquie, les migrations, les principes dĂ©mocratiques. Chacun pourra donc juger par lui-mĂȘme du degrĂ© d’extrĂ©misme qui anime l’Aube DorĂ©e.

Dans l’ensemble de mes questions, j’ai cherchĂ© non pas l’impartialitĂ©, mais l’honnĂȘtetĂ© et le dĂ©sir d’Ă©clairer l’auditeur sans passion inutile. J’ajoute que l’exercice a Ă©tĂ© menĂ© avec une traductrice non professionnelle.

J’ai donc choisi de laisser le maximum de moments de vĂ©ritĂ© au montage, y compris avec le texte grec. Chacun peut, lĂ  encore, « revenir au texte » pour se forger sa propre opinion.

L’Aube DorĂ©e et l’Europe

Il en ressort que l’Aube DorĂ©e se nourrit aujourd’hui, au premier chef, d’une hostilitĂ© Ă  l’Europe dont le parti prĂŽne la sortie. Les nationalistes grecs prennent ici une posture astucieuse. D’un cĂŽtĂ©, ils se font les avocats d’une Europe « intelligente ». De l’autre, ils plaident pour un Grexit, permettant de quitter une Europe des gays-prides, des usuriers et des financiers.

Ces slogans font Ă©videmment l’impasse sur les consĂ©quences Ă©conomiques chiffrĂ©es d’une sortie hors de la zone euro. Ils ont le mĂ©rite de « claquer » aux oreilles des Grecs, en faisant miroiter un redressement national plus rapide en dehors de l’Union.

Le risque de bannir l’Aube DorĂ©e est bien lĂ : il laisserait prospĂ©rer une vision Ă©conomique hasardeuse sans lui apporter de contradiction solide. C’est, de notre point de vue, une erreur stratĂ©gique que de ne pas rĂ©pondre Ă  la vision simple, et mĂȘme simpliste, d’une sortie non coĂ»teuse de la zone euro.

L’Aube DorĂ©e et la Turquie

L’autre point majeur de l’Aube DorĂ©e s’appelle la Turquie. Le parti nationaliste grec ne cache pas le caractĂšre ennemi des relations qu’il entend nouer avec son puissant voisin. Pour Christos Pappas, la Turquie est un gĂ©ant aux pieds d’argile dont il souhaite la dilution dans la dissonance des nationalitĂ©s qui le composent.

On notera cette formule: « L’an prochain Ă  Constantinople », qui en dit long sur la vision profonde du parti. En revanche, celle-ci n’est suivie d’aucune stratĂ©gie Ă  court terme.

La nostalgie de l’Europe nationaliste

Dans tous les cas, il me semble important de souligner la stratĂ©gie de transparence qui domine l’Aube DorĂ©e sur la question des rĂ©fĂ©rences historiques. Autant ce dĂ©bat est verrouillĂ© et criminalisĂ© en France, autant la GrĂšce ouvre encore une sorte de bouffĂ©e d’oxygĂšne sur cette question.

Christos Pappas, avec pertinence, rappelle d’ailleurs la position par nature complexe des Grecs sur le sujet par le passĂ©. DirigĂ©s par le gĂ©nĂ©ral Metaxas, de filiation nationale-conservatrice assumĂ©e, les Grecs ont brillamment rĂ©sistĂ© Ă  Mussolini d’abord, Ă  Hitler ensuite.

La diffĂ©rence avec le rĂ©gime de Vichy est ici colossale: se rĂ©clamer de MĂ©taxas, c’est se rĂ©clamer de la rĂ©sistance et non de la collaboration. La situation française n’est pas ici comparable et il faut se garder de tout raccourci hĂątif.

Un parti métaxien

En ce sens, on peut dire que l’Aube DorĂ©e est directement issue de la tradition mĂ©taxienne. Ses filiations sont conservatrices, nationalistes, largement autoritaires avec une posture fonciĂšrement anti-libĂ©rale.

La leçon est Ă  retenir, car l’excĂšs d’Europe bureaucratique nourrit en son sein tous les dĂ©mons de l’Europe. De droite comme de gauche.

Cet article est paru sur DĂ©cider & Entreprendre.

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