11 septembre 2017

Escalade en mer de Chine sur fond d’atome

Par Philippe Joutier

 

Ainsi, la Corée du Nord a procédé à un sixième essai nucléaire 9,8 fois plus puissant que le précédent…

Deux secousses consécutives ont été enregistrées au pays de Kim Jong-Un. La première, d’une magnitude de 6,3 ; la seconde de 4,6. Il s’agit bien cette fois selon toute vraisemblance d’une bombe à fusion thermonucléaire.

Bombe A Bombe H

L’essai précédent déjà présenté comme tel, avait raté l’amorçage. Un peu de physique explicative : une bombe atomique fonctionne en désintégrant des atomes de plutonium dont une partie de la masse est transformée en énergie. La bombe dite « à hydrogène » fusionne des atomes de tritium et d’hydrogène lourd (ou deutérium) pour aboutir à la synthèse d’un atome d’hélium, là encore avec perte de masse sous forme d’énergie. Mais fusionner deux atomes impose de forcer leur barrière de répulsion électropositive pour réunifier leurs protons. C’est sur ce problème que butent les essais de fusion contrôlée.

En revanche, l’utilisation de l’énergie d’une bombe atomique permet précisément ce forçage, mais… incontrôlé ! L’intérêt militaire apparaît vite : si on prend pour unité le kilo tonne de TNT, l’un des plus puissants explosifs chimique, l’énergie maxi d’une bombe A culmine à 10 millions de tonnes de TNT.

Au contraire, par un enchaînement de fission, fusion, fission, l’énergie d’une bombe à fusion peut être théoriquement augmentée indéfiniment. Les Soviétiques avaient testé en 1954 une bombe de 57 millions de tonnes de TNT (et pourtant volontairement limitée !).

Techniquement, c’est effroyablement compliqué, il faut maîtriser la réflexion de rayons X, les synchronisations qui se calculent en milliardièmes de seconde… Bref, la Corée du Nord sait désormais le faire.

Le Pays du Matin calme s’est doté de cette technologie par l’intermédiaire d’Abdul Qadeer Khan. Père de la bombe atomique pakistanaise, cet ingénieur remarquable a su également profiter de séjours en Allemagne et en Hollande pour se livrer à un espionnage industriel éhonté. Méchantes langues ou obsédés du complot, d’aucuns prétendent que cet espionnage fut facilité par les États-Unis qui ne voyaient que des avantages à surarmer le Pakistan face à l’Inde.

Toujours est-il qu’une fois maîtrisée la technologie nucléaire, tout spécialement celle des centrifugeuses de séparation isotopiques, Abdul s’est ensuite fait un malin plaisir de la rediffuser à l’Iran et… à la Corée du Nord !

Corée du Nord qui l’a proposé à son tour à la Syrie en supervisant la construction dans la région de Deir Ez Zor de son réacteur nucléaire capable de produire du plutonium.

S’il n’y avait pas eu l’Opération Orchard – les frappes israéliennes préventives menées contre ce réacteur nucléaire le 6 septembre 2007 – les djihadistes de Daesh qui contrôlent le site pourraient disposer d’armement atomique. Faute d’avoir osé la même chose contre les sites de Natanz et Chalus en Iran et naturellement contre celui de Yongbyon en Corée, il reste les rodomontades de Trump et la gesticulation militaire.

Fin août 2017, la marine US a effectué au large d’Hawaï un test de défense antimissile avec des SM-6, tirés par le navire contre-torpilleur John Paul Jones, équipé du système de défense Aegis. Par ailleurs, les forces terrestres japonaises ont procédé à des exercices militaires mobilisant 2 400 soldats, 80 chars de combat et 20 avions. Le budget de la défense nationale du Japon atteindra en 2018 l’équivalent de 40 milliards d’euros. En jeu, la suprématie sur les îles Senkaku, ou Diaoyutai revendiquées par la Chine et naturellement les menaces de la Corée du Nord. De son côté et en préalable à son essai nucléaire, le régime de Kim Jong-Un a tiré le 26 août trois missiles de courte portée depuis le site de Kittaeryong dont l’un a survolé le nord du Japon.

En réponse, l’armée de l’air sud-coréenne a organisé un exercice de bombardement à munitions réelles par quatre chasseurs F-15 conjointement avec le déploiement par les États-Unis de chasseurs furtifs F-35B à décollage vertical et de deux bombardiers américains B-1 en provenance de Guam.

Toute cette escalade en mer de Chine sur fond d’atome laisse goguenarde la Russie qui, histoire de jeter un peu d’huile sur le feu, affirme maîtriser les contre-mesures Aegis, inquiète le Japon, fait beaucoup réfléchir la Corée du Sud, déclenche les éructations de Trump (dont l’allié philippin devient versatile), mais laisse parfaitement impavide Kim Jong-Un, désormais intouchable et dont l’intérêt, très clairement, est d’en rajouter ! Bravo l’artiste !

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