La rĂ©cente embauche par une banque amĂ©ricaine de JosĂ© Manuel Barroso, le prĂ©cĂ©dent PrĂ©sident de la Commission EuropĂ©enne, vient de dĂ©frayer la chronique. Comment l’un des principaux acteurs de la crise financiĂšre europĂ©enne, le supposĂ© mĂ©decin chef traitant d’une Ă©conomie anĂ©miĂ©e victime d’une infection en grande partie d’origine chinoise et amĂ©ricaine, peut-il en arriver là ? Scandale pour les Grecs que le praticien avait mis au sĂ©vĂšre rĂ©gime diĂ©tĂ©tique de la « pita-gore ». Trahison pour d’autres qui accusent le Portugais d’abandonner le radeau bruxellois pour rejoindre le torpilleur « Goldman Sachs », fleuron de la flotte U.S. Mais comme le notait dĂ©jĂ  Talleyrand l’insubmersible : « En politique, la trahison est affaire de date. »

Dans ce « maquerocosme », plus qu’ailleurs, qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse.

À la question portant sur les prĂ©occupations qui seraient dĂ©sormais les siennes au lendemain de son succĂšs, l’heureux Ă©lu d’une lĂ©gislative partielle rĂ©pondit : « Assurer ma prochaine rĂ©Ă©lection ». À suivre les arcanes politiciens, on peut se demander quel est le seuil oĂč la boutade devient profession de foi. D’autant que ce qui se limitait hier Ă  un hexagone franchouillard s’inscrit dĂ©sormais dans un polygone europĂ©en totalement incertain, tant il devient protĂ©iforme. La candidature est une chose, l’investiture en est une autre. Comme le rappelait fort justement Ibn Kanoun, le chroniqueur rostĂ©mide qui, par une journĂ©e torride, longeait le Chott el Hodna : « il ne faut pas confondre boire et avoir soif ». Et que ne ferait-on pas pour Ă©tancher sa soif de pouvoir ?

On connaßt la mésaventure du caméléon se hasardant sur un plaid écossais. Le vrai politicien, lui, ne saurait redouter la moindre métamorphose épidermique compte tenu de son accoutumance aux eaux irisées dans lesquelles il barbote quotidiennement.

Yvan Audouard, observateur pour le moins original de ses semblables, exprimait une rĂ©alitĂ© on ne peut plus garante de l’opiniĂątretĂ© de nos parlementaires et de nos ministres dans ce domaine : « Il y a des gens qui n’ont de constance que dans la versatilitĂ©. »

La dĂ©mocratie n’y est pour rien car dĂ©jĂ  le cardinal de Retz notait : « Il faut souvent changer d’opinion pour rester de son parti. » Oui, mais pour en changer, encore faut-il en avoir. Les dĂ©putĂ©s « godillots » du gĂ©nĂ©ral De Gaulle en restent le plus bel exemple : « — Dutrognon, quelle heure est-il ? — L’heure qui vous plaira, mon gĂ©nĂ©ral ! »

Le prĂ©sident Faure, un spĂ©cialiste en la matiĂšre, avait pu en faire l’un de ces mots si apprĂ©ciĂ©s des chroniqueurs : « Si vous n’avez pas d’opinions politiques, prenez donc les miennes ». Ce sur quoi avait renchĂ©ri Pierre Desproges dans cette pertinente proposition : « Je pense, donc tu suis. »

Le mĂȘme Edgar, notre joyeux ministre, que des mauvais esprits comparaient Ă  une manche Ă  air, avait su clouer le bec Ă  ses dĂ©tracteurs par une formule dont il avait le secret : « Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent. »

Plus prosaĂŻque est l’interprĂ©tation que certains sages donnent Ă  cette versatilitĂ©. Ainsi, pour Jules Renard, « c’est une question de propreté : il faut changer d’avis comme de chemise. »

La mĂšre Denis qui eut son heure de gloire tĂ©lĂ©visuelle, en bonne lavandiĂšre paysanne qu’elle Ă©tait, aurait eu une intuition autrement plus retorse : « Si certains hommes politiques changent d’idĂ©e comme de chemise, ceux qui ne varient jamais dans leurs convictions doivent avoir du linge bien sale. »

Tout cela est intĂ©ressant, mais on ne saurait oublier que, trop souvent, entre le programme d’un candidat, d’une sincĂ©ritĂ© garantie inoxydable, et ses votes dans l’hĂ©micycle, une fois Ă©lu, il y a des grands Ă©carts difficilement compris par ses Ă©lecteurs. La discipline de parti a bon dos. D’ailleurs, pour un militant, grognard hors d’ñge qui en a subi d’autres, ce peut ĂȘtre un mal pour un bien : « Les gens qui ne tiennent jamais leur promesse sont les seuls Ă  qui on puisse faire entiĂšrement confiance. »

Il existe quelques exceptions qui imperturbablement ont su garder le cap, mais comment ? Un PrĂ©sident du conseil de la IVe RĂ©publique confiait Ă  ses collaborateurs : « Ma politique ? C’est justement de n’en avoir aucune ». Dans ces conditions, en effet, comment aurait-il pu retourner une veste qu’il n’avait jamais portĂ©e ?

Mais pour conclure cette chronique qui se veut pourtant d’actualitĂ©, laissons le dernier mot Ă  l’antique philosophe Krassos de Corinthe, par ailleurs disciple d’Euclide, qui adapta ainsi le postulat de son maĂźtre : « La ligne droite est le plus court chemin du succĂšs Ă  l’échec. »

À bon entendeur, salut.

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