Sur Macron on a dĂ©jĂ  tout dit, alors on va se rĂ©pĂ©ter. Juan Branco, universitaire, journaliste et militant politique proche de La France Insoumise et de l’extrĂȘme gauche, a bien retracĂ© – comme Aude Lancelin dans son Putsch du CAC 40 (https://audelancelin.com) – les turpitudes qui ont menĂ© notre petit homme aux manettes. Et ça donne en conclusion : « Le lecteur suspicieux demandera Ă  cet instant : et alors ? Cela n’était-il pas, Ă  dĂ©faut d’ĂȘtre dit, compris ? »

Emmanuel Macron, un putsch du CAC 40.

Emmanuel Macron, un putsch du CAC 40.

Je trouve important de commencer par cette conclusion. Car, comme on dit Ă  la radio, le Français moyen n’en a rien Ă  faire de s’ĂȘtre fait avoir comme ça. Il n’y a qu’à lire CĂ©line, Toussenel ou Drumont pour comprendre. On cite CĂ©line : « Et les Français sont bien contents, parfaitement d’accord, enthousiastes.

Une telle connerie dĂ©passe l’homme. Une hĂ©bĂ©tude si fantastique dĂ©masque un instinct de mort, une pesanteur au charnier, une perversion mutilante que rien ne saurait expliquer sinon que les temps sont venus, que le Diable nous apprĂ©hende, que le Destin s’accomplit. »

Eh bien continuons ! Comme disait Sartre dans Huis clos. Qui a dit que notre apocalypse durerait cinq minutes ?

On reprend avec Branco : « Tous semblent pris dans la nasse de ce qu’il conviendra d’appeler, et nous le justifierons, un systĂšme oligarchique. À savoir un espace public dominĂ© par des individus dont la fortune dĂ©pend directement ou indirectement de l’État, et qui l’ont investi pour prendre le contrĂŽle des mĂ©dias et ainsi s’assurer de la prĂ©servation de leurs intĂ©rĂȘts au dĂ©triment du bien commun. »

Et on a envie de lui demander au jeune Branco : quoi de nouveau sous le sommeil ?

Bonne expression ici (le livre est joliment Ă©crit) : « Ce qu’il s’agit pour nous maintenant de dĂ©montrer, c’est qu’Emmanuel Macron a Ă©tĂ© “placĂ©â€ bien plus qu’il n’a Ă©tĂ© Ă©lu. Que la presse a agi en ce domaine avec complicitĂ©. Et que la colĂšre et la volontĂ© de destitution qui animent une majoritĂ© de nos concitoyens s’en trouvent lĂ©gitimĂ©es. »

Comme on sait avec ce systĂšme planĂ©taire ce sont les peuples qui se trouvent destituĂ©s – en regardant la tĂ©lé !

AprĂšs on en apprend ou on en devine d’autres : comment les services secrets servent LVMH, devenue une des boĂźtes les plus ubiquitaires et inquiĂ©tantes au monde (avec Apple and Co., voyez aussi le livre de Routier sur Notre drame de Paris), et aussi comment ce systĂšme de fric oligarchique devient fasciste et policier : « Ce que nous nous apprĂȘtons Ă  rĂ©vĂ©ler ici, c’est la factualitĂ© qui a permis la mise en place de ce pouvoir. La façon, dont, par exemple, Édouard Philippe, sorti de nulle part, a accĂ©dĂ© au poste de Premier ministre, aprĂšs s’ĂȘtre piteusement perdu entre des missions de lobbying pour une grande entreprise nuclĂ©aire et apparatchikismes divers auprĂšs de Les RĂ©publicains. Comment et pourquoi Ludovic Chaker et Alexandre Benalla ont Ă©tĂ© recrutĂ©s Ă  l’ÉlysĂ©e afin de mettre en place une garde prĂ©torienne agissant en “police privĂ©e” d’Emmanuel Macron, selon le modĂšle que lui avait fait dĂ©couvrir Bernard Arnault en le prĂ©sentant Ă  Bernard Squarcini, ancien directeur de la DGSI, actuellement mis en examen pour avoir mis au service de son nouveau patron, LVMH, ses rĂ©seaux et parfois les services secrets de notre pays. »

On Ă©voque Mimi, sortie du film de Madame Claude avec Françoise Fabian, mais promise Ă  un futur plus brillant (l’époque s’y prĂȘte misĂ©rablement) : « L’enquĂȘte expose la figure de MichĂšle Marchand, piĂšce centrale d’une immense entreprise de communication qui fut mise en place avec l’aide d’un milliardaire, un certain Xavier Niel, dans le but de faire connaĂźtre et adouber par le peuple français un inconnu absolu qui venait d’ĂȘtre cooptĂ© par les Ă©lites parisiennes, pur produit du systĂšme transformĂ© en quelques mois en icĂŽne adulĂ©e par les rĂ©dactions de Gala, VSD, Paris Match et de quelques autres magazines mobilisĂ©s avec soin. »

Branco laisse les juifs et Rothschild aux antisĂ©mites et s’en prend aux vrais capos, Niel-Arnault-Bouygues par exemple : «  rappelons que la fortune de Xavier Niel est directement dĂ©pendante des dĂ©cisions de nos gouvernants – il suffirait Ă  l’État de retirer les licences tĂ©lĂ©phoniques octroyĂ©es Ă  Free pour que sa fortune s’effondre immĂ©diatement. Sa dĂ©pendance Ă  l’égard du pouvoir politique, immense, est d’ailleurs telle que François Fillon aurait dĂ©cidĂ© de l’octroi d’une licence tĂ©lĂ©phonique Ă  Free – faisant exploser la capitalisation boursiĂšre de Free, dont M. Niel est propriĂ©taire Ă  plus de 50 % encore – dans le seul but d’“emmerder” Nicolas Sarkozy (dĂ©cidĂ©ment). »

C’est que Sarkozy prĂ©fĂ©rait Bouygues Ă  Niel : « En effet M. Sarkozy dĂ©testait M. Niel, qui le lui rendait bien, l’amitiĂ© que le premier vouait Ă  Martin Bouygues, qui voyait son empire trembler du fait du second, n’y Ă©tant pas pour rien. »

On revient sur la mission Marchand (si j’ose rire !) : « Mimi Marchand, la reine de la presse people, condamnĂ©e pour trafic de drogues – elle fut interpellĂ©e conduisant un camion dotĂ© de 500 kilogrammes de haschisch – s’est fait prendre en photo dans le bureau de M. Macron en juillet 2017.

Celle qui n’hĂ©site pas Ă  exposer l’intimitĂ© des gens pour les intimider et Ă  utiliser ses sources pour dĂ©truire sur commande tel ou tel individu, a Ă©tĂ© la personne en charge d’introniser M. Macron auprĂšs des Français. Mimi Marchand, ou la marchande de secrets ayant fait les beaux jours de la presse people depuis vingt ans, capable de faire taire une information, fut-elle d’intĂ©rĂȘt public, en quelques instants, de montrer et d’exposer des corps nus pour les humilier ou les consacrer. »

On rappelle aux amateurs que la France est sous la coupe du binĂŽme Niel-Arnault (qui rencontra Trump le soir de son Ă©lection) : « Bernard Arnault, premiĂšre fortune de France, quatriĂšme fortune du monde, dotĂ© de 70 milliards de patrimoine et propriĂ©taire du groupe de luxe LVMH. Cela pourrait sembler au premier abord aussi insignifiant que “l’amitiĂ©â€ entre Niel et Macron, si l’on oubliait de prĂ©ciser une autre information que la biensĂ©ance et les conventions bourgeoises amĂšnent le plus souvent Ă  esquiver : Ă  savoir que le maverick, le rebelle, l’homme du peuple Xavier Niel, vit en concubinage avec Delphine Arnault, fille et hĂ©ritiĂšre de Bernard Arnault. »

Branco rappelle que la presse n’est pas vraiment libre (mais le fut-elle un jour ?) : « OĂč le faire, comment le faire savoir ? Quel organe de presse pourrait l’accueillir, y compris pour le contredire ? LibĂ©ration, L’Express ou BFMTV ? C’est-Ă -dire les mĂ©dias dĂ©tenus par Patrick Drahi, dont l’empire a Ă©tĂ© consolidĂ© avec l’aide d’Emmanuel Macron, Drahi qui l’a remerciĂ© en mettant Ă  sa disposition sa main droite et directeur de facto de ses mĂ©dias, Bernard Mourad, pendant la campagne prĂ©sidentielle, aprĂšs que ce Bernard Mourad ait, sur ordre de M. Drahi, “suggĂ©rĂ©â€ des Unes au sujet de M. Macron, lors des comitĂ©s de rĂ©daction de ces mĂ©dias auxquels, contre toute logique, il participait ? À L’Obs, au Monde, Ă  TĂ©lĂ©rama, Ă  Mediapart, dans la dizaine d’autres mĂ©dias oĂč Xavier Niel a investi ? Au Figaro, chez Olivier Dassault, oĂč il faudrait espĂ©rer qu’un journaliste trouve le courage d’attaquer les collusions entre mĂ©dias et milliardaires, aprĂšs que l’empire de son pĂšre se soit construit en s’appuyant sur cela ? »

Juan Branco poursuit son Ă©numĂ©ration laborieuse mais instructive : « Au Parisien ou aux Échos, chez Bernard Arnault, Ă  Vanity Fair, qui publie des articles de commande et qui coulerait immĂ©diatement si ce dernier cessait de le financer ?

À Canal + ou chez C8, chez Vincent BollorĂ© Ă  qui Macron confia une part de sa communication alors qu’il Ă©tait ministre de l’économie via Havas – avant qu’Hanouna, pilier capitalistique du groupe, n’en devĂźnt le meilleur relais, l’invitant rĂ©guliĂšrement Ă  communiquer par tĂ©lĂ©phone lors de ses Ă©missions ? À TF1 ou TMC, chez Martin Bouygues, lĂ  encore compromis jusqu’aux ongles et dĂ©pendant de la commande d’État ? Au JDD ? LĂ  oĂč Gattegno a montrĂ© toute sa capacitĂ© Ă  servir ceux qui plaisaient Ă  son propriĂ©taire, un certain
 Arnaud LagardĂšre ! ».

Enfin on apprend que le champagne Taittinger annexe l’inspection des finances (ou l’inverse) via le renommĂ©/pĂ©taradant mentor Jouyet : « RepĂ©rĂ© et recrutĂ© par Richard Descoings Ă  Sciences-Po, institution publique, au sein d’un dispositif de pouvoir partiellement dĂ©crit par RaphaĂ«lle BacquĂ© dans son ouvrage Richie, lui aussi publiĂ© chez Grasset, il y fut propulsĂ© responsable de l’Asie, et y rencontrerait une certaine Édith Chabre, qui le prĂ©senterait Ă  un certain Édouard Philippe et une certaine Brigitte Taittinger-Jouyet, hĂ©ritiĂšre de l’une des plus importantes familles industrielles de France, recrutĂ©e Ă  Sciences-Po pour, de dĂźner mondain en Ă©vĂ©nement hippique dans le petit Paris, alimenter en levĂ©es de fonds les caisses de Sciences-Po, tandis que son mari, Jean-Pierre Jouyet, puissant directeur du trĂ©sor devenu le trĂšs puissant directeur de l’Inspection des Finances, puis le tout-puissant secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’ÉlysĂ©e, mobilisait ses rĂ©seaux pour soutenir Emmanuel Macron, parfois Ă  la limite de la lĂ©galitĂ©. »

La lĂ©galitĂ© rĂ©publicaine, encore un GN qui fait rire. Notre conclusion ? Vive Saint Louis tout de mĂȘme


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