MARDI 21 AOÛT, LE QUOTIDIEN LIBÉRAL ET MONDIALISTE L’OPINION LANÇAIT SA CAMPAGNE POUR LES EUROPÉENNES, AUTREMENT DIT POUR L’EUROPÉISME OFFICIEL. POUR CELA, QUOI DE MIEUX QUE DE DÉSIGNER DU DOIGT DES « ENNEMIS » ?

Ouvertement pro-libĂ©ral, mondialiste, ferme dĂ©fenseur des riches vraiment riches, soutien affirmĂ© des oligarchies minoritaires qui dirigent l’économie europĂ©enne, le quotidien L’Opinion semble s’inquiĂ©ter de ce qui pourrait se passer lors des Ă©lections europĂ©ennes du premier semestre 2019. C’est sans doute pourquoi il lance la campagne, du moins sa campagne contre toute conception non oligarchique et mondialiste de l’Union EuropĂ©enne.

LA UNE SE VEUT AGRESSIVE

« L’Europe, combien d’ennemis ? ». Le ton est donnĂ©, avec un trait qui se veut d’humour parlant Ă  un public cultivĂ©, celui supposĂ© connaĂźtre l’expression « Le pape, combien de divisions ». La formule est de Staline, et formait une rĂ©ponse Ă  Pierre Laval. Que le quotidien L’Opinion, en reprenant la formule, se considĂšre, quant au libĂ©ralisme, un peu Ă  l’image de ce que fut Staline quand au communisme ne manque pas de sel. Sans doute la phrase a-t-elle Ă©tĂ© choisie un peu lĂ©gĂšrement. Un lecteur trop pressĂ© pourrait croire que L’Opinion se veut le Staline du libĂ©ralisme. L’accroche ? « Donald Trump et Vladimir Poutine appuient les mouvements populistes de droite qui remettent en cause l’intĂ©gration de l’UE. Une alliance d’adversaires intĂ©rieurs et extĂ©rieurs qui tĂ©tanise Bruxelles ».

Deux remarques :

  • la premiĂšre phrase de cette accroche n’est en rien journalistique. Elle est militante et donne un aperçu de l’axe possible d’une campagne europĂ©enne libĂ©rale : jouer sur la peur des ingĂ©rences supposĂ©es des deux diablotins que seraient Poutine et Trump. Si l’axe fixĂ© ici par L’Opinion est celui des mĂ©dias officiels dans les mois qui viennent, les observateurs français risquent de « manger » beaucoup d’anti trumpisme et anti poutinisme primaire. Concernant le chef d’État russe, l’OJIM a rĂ©cemment enquĂȘtĂ© sur la russophobie ambiante, ainsi sur Arte ou France 5 entre autres.
  • sans dĂ©voiler ce dont L’Opinion parle dans ses pages intĂ©rieures, il y a d’emblĂ©e, dĂšs la Une, fort Ă  parier que le quotidien du libĂ©ralisme offensif Ă©voque le grand mĂ©chant qui parcourt l’Europe afin de dĂ©truire d’UE, Steve Bannon. Le troisiĂšme diable.

LE BIEN LIBÉRAL, LE MAL POPULISTE

Les choses sont claires d’entrĂ©e de jeu : le Bien de la (prĂ©tendue) dĂ©mocratie libĂ©rale et de son (prĂ©tendu) chemin unique vers le ProgrĂšs contre le Mal des populistes. Si la campagne des europĂ©ennes se tient Ă  ce niveau, il va y avoir quelques mois binaires dans les mĂ©dias français. D’aprĂšs l’article qui commence en Une, l’Europe « ferait sa rĂ©vĂ©rence devant le kremlin ». On peine Ă  croire Ă  une telle affirmation. MĂȘme inquiĂ©tude du quotidien quant Ă  des États-Unis considĂ©rĂ©s comme « ennemis de l’Europe » par Donald Trump, ce qui serait, d’aprĂšs le journaliste, confirmĂ© par une dĂ©claration de l’ambassadeur amĂ©ricain Ă  Berlin, selon lequel son pays soutiendrait les « forces de droite » en Europe. Autrement dit, les populismes. Tout convergerait ainsi contre le Bien (l’Union EuropĂ©enne et sa forme considĂ©rĂ©e comme unique chemin possible). La preuve par Salvini, lequel aurait eu l’indĂ©cence d’accuser la politique de l’UE aprĂšs l’effondrement du pont de GĂȘnes. Il ne semble pas venir Ă  l’esprit de L’Opinion que l’homme politique italien puisse avoir raison, tout comme pourraient avoir raison de critiquer l’UE les retraitĂ©s grecs dont les retraites ont Ă©tĂ© amputĂ©s de plus de 50 %, ou les jeunes du mĂȘme pays contraints de s’enfuir afin de survivre (dĂ©parts Ă©valuĂ©s Ă  400 000).

UNE AGRESSIVITÉ QUI SE PROLONGE SUR PRÈS DE TROIS PAGES

Le lecteur comprend mieux le choix du jeu de formule Ă  partir de la cĂ©lĂšbre phrase prononcĂ©e par Staline. En effet, le ton de L’Opinion ressemble Ă  s’y mĂ©prendre Ă  celui de L’Humanité des annĂ©es du petit pĂšre des peuples. À part le fait que l’agressivitĂ© sert ici le libĂ©ralisme effrĂ©nĂ©, tandis qu’elle servait le communisme totalitaire autrefois. En changeant un peu leur vocabulaire, des journalistes du second pourraient sans peine se reconvertir dans les pages du premier (si jamais une baisse de subvention montrait ce qu’est rĂ©ellement le journal L’Humanité aujourd’hui : un fantĂŽme sous perfusion d’État). Le danger semble partout, si l’on poursuit la lecture en pages intĂ©rieures : la Hongrie, la Pologne, l’Italie, le Rassemblement National en France, l’Autriche
 Le tout soutenu (ça y est !) par « l’idĂ©ologie trumpiste et guest-star du RN Steve Bannon », lequel devrait « lancer dĂ©but septembre sa fondation europĂ©enne visant Ă  fĂ©dĂ©rer les mouvements populistes de droite du vieux continent » (The Movement). Pour L’Opinion, « la droite populiste a le vent en poupe en Europe », et cela s’explique par les soutiens de Trump, Poutine ou Bannon. Rien d’autre ? Un peu d’austĂ©rité ? De rejet des racines de l’Europe ? De migrations dĂ©lirantes ? Non, rien de tout cela. L’open society c’est le Bien, le reste c’est le Mal. D’ailleurs, indique le quotidien du CAC 40, le rĂ©el est dictĂ© par Macron qui a indiquĂ© que les EuropĂ©ennes opposeront « nationalistes »(c’est la guerre, il a dit) au « progressisme » (c’est En Marche, il a dit, et la paix, il suffit de regarder le monde contemporain pour s’en convaincre). L’article se termine avec un vocabulaire militant devenu habituel dans ce quotidien : ceux qui osent critiquer l’UE sont supposĂ©s ĂȘtre les « idiots utiles » de ses ennemis. LĂ  aussi, la reprise du vocabulaire de l’ancien monde communiste peut Ă©tonner. Elle paraĂźt ĂȘtre le signe d’un courant libĂ©ral dĂ©passĂ©, incapable de remplir ses promesses, et qui ne sait plus Ă  quel saint se vouer. Sinon, Macron.

LE « COMPLOTISTE SALVINI »

Vient ensuite une sĂ©rie de petits articles au sujet de rĂ©gions qui, avec le soutien de Trump, Poutine ou Bannon, chercheraient à « disloquer une Europe fragilisĂ©e ». La menace est donc partout : Catalogne, BaviĂšre, Lombardie, Irlande du Nord (avec l’habituelle photo d’un supposĂ© anti europĂ©en en uniforme noir levant le bras droit)
 Et une spĂ©ciale dĂ©dicace Ă  Salvini, lequel semble paniquer la rĂ©daction de L’Opinion. L’italien serait « d’extrĂȘme droite », userait de « tactiques » pour « grimper dans les sondages », pratiquerait un « chantage permanent » au sujet des migrants, serait « complotiste ». Complotiste car il semble conscient qu’en effet l’UE est capable de tout faire pour l’expulser du pouvoir dans son pays, cette UE ayant dĂ©jĂ  largement dĂ©montrĂ© ce qu’elle pense de la souverainetĂ© des peuples (rĂ©fĂ©rendum de 2005, tutelle de la GrĂšce
)
 Salvini aurait un « ennemi parfait » en la personne de Macron.

Ainsi, L’Opinion fixe le cap de la propagande : Macron ou le chaos Salvini. La campagne des EuropĂ©ennes de l’oligarchie assoiffĂ©e de capital est lancĂ©e. Ses prospectus ont un nom : L’Opinion.

Article paru sur le site de l’OJIM.

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