FRANÇOIS-BERNARD HUYGHE VIENT DE PUBLIER EN MAI UNE NOUVELLE ÉDITION ACTUALISÉE DE SON OPUS FAKE NEWS (“MANIP, INFOX ET INFODÉMIE”) AUX ÉDITIONS VA PRESS.

QUESTION : VOUS VENEZ DE PUBLIER UNE NOUVELLE ÉDITION DE FAKE NEWS, VERSION ENTIÈREMENT REMANIÉE DE VOTRE LIVRE SUR LES « INFOX ». IL Y A UNE TELLE ACTUALITÉ DU FAUX QU’IL FAILLE COMPLÉTER L’ÉDITION DE L’ANNÉE DERNIÈRE ?

François-Bernard Huyghe : Il y a mĂȘme urgence ! La preuve : aprĂšs avoir fait adopter une « loi contre le manipulation de l’information » (en 2018), le gouvernement a envisagĂ© de crĂ©er une plateforme « DĂ©sinfox coronavirus » pour contrer rumeurs et affabulations relatives Ă  l’épidĂ©mie et suggĂ©rer de “bonnes” sources. Selon le mot de Debord, le systĂšme libĂ©ral “ne veut ĂȘtre jugĂ© que sur ses ennemis” ; visiblement, le macronisme a choisi le registre “Fakes, complotisme, dĂ©lire haineux et fantasmes extrĂ©mistes” pour disqualifier toute parole critique. PlutĂŽt qu’à une censure du contenu (interdire de dire x ou y), on agit dĂ©sormais sur le code (informations vĂ©rifiĂ©es — devinez par qui — versus manipulations ne relevant pas de l’opinion, mais de la malfaisance). Le citoyen est invitĂ© Ă  intĂ©rioriser les normes du politiquement correct et de l’authentiquement correct. Il y a un enjeu idĂ©ologique considĂ©rable. MĂȘme si le projet mal ficelĂ© a Ă©tĂ© abandonnĂ©, la tentation de rĂ©guler le code demeure.

Bien entendu, dire cela ce n’est pas nier qu’il prolifĂšre des explications dĂ©lirantes, des photos truquĂ©es, des rĂ©vĂ©lations imaginaires, des thĂšses douteuses ou des prĂ©dictions invraisemblables sur la pandĂ©mie. Il a mĂȘme fallu inventer un nĂ©ologisme pour dĂ©signer le phĂ©nomĂšne : infodĂ©mie. La propagation du faux parallĂšle Ă  celle du virus.

VOUS DITES MÊME QUE LA CRISE PREND UNE DIMENSION GÉOPOLITIQUE ?

Oui, il y a comme des strates dans la mésinformation relative au Covid-19 :

– Il y a d’abord le phĂ©nomĂšne ancestral de la rumeur ou de la pensĂ©e magique en pĂ©riode de catastrophe : remĂšdes miracles, boucs-Ă©missaires dĂ©signĂ©s, rĂ©cits surprenants sur “la vĂ©ritĂ© qu’on nous cache”, explications bricolĂ©es etc. se rĂ©pandent spontanĂ©ment.

– Une composante “mĂ©diologique”, disons liĂ©e aux technologies de l’information. Les rĂ©seaux sociaux qui permettent Ă  chacun de s’exprimer, de diffuser, mais aussi de se dissimuler, sont favorables par nature aux discours alternatifs, Ă©ventuellement aux trucages, et toujours aux emballements collectifs. Surtout ici dans un domaine oĂč le discours “scientifique” ou l’établissement des “faits” donnent lieu Ă  interprĂ©tations hasardeuses.

– Outre la dimension politique nationale (un gouvernement donnant des versions contradictoires mais toujours “appuyĂ©es sur les scientifiques” à quelques jours de distance), il y a un enjeu gĂ©opolitique. Pour faire simple : les Chinois, aprĂšs avoir un peu cafouillĂ© au dĂ©but de l’épidĂ©mie, lancent une grande opĂ©ration de charme (soft power) sur le thĂšme nous avons bien maĂźtrisĂ© et notre modĂšle est universel. CĂŽtĂ© amĂ©ricain ou dans les milieux atlantistes on riposte : les Chinois ont menti, ils manipulent l’opinion mondiale, non Ă  l’hĂ©gĂ©monie de PĂ©kin. Une guerre internationale de l’information est en cours.

AU FAIT, COMMENT RECONNAÎT-ON UNE “FAKE NEWS” ?

Il faut que ce soit une nouvelle (un rĂ©cit, une citation une photo de quelque chose qui se serait produit) et qu’elle soit fausse. Ce qui en gĂ©nĂ©ral se reconnaĂźt Ă  ce qu’elle contredit la logique, ou les autres tĂ©moignages, ou les sources originelles. Ou encore si l’on peut prouver la fabrication : il y a des logiciels, des ONG, des rubriques “fact-checking” des mĂ©dias qui passent leur journĂ©e Ă  vĂ©rifier et la probabilitĂ© qu’un faux avĂ©rĂ© ne soit pas signalĂ© en ligne en quelques minutes est trĂšs faible.

Mais aprĂšs avoir examinĂ© le message, il faut aussi faire son auto-examen. Ne pas qualifier de fake tout ce qui relĂšve de l’interprĂ©tation des idĂ©es ou de l’anticipation du futur, ne pas qualifier de manipulation tout ce qui contredit nos croyances (ni ne tenir pour dĂ©montrĂ© tout ce qui les renforce)


VOUS QUI ÊTES UN DÉFENSEUR DE LA LANGUE FRANÇAISE VOUS AVEZ PLACÉ UN GLOSSAIRE ANGLAIS (OU GLOBISH) DES MOTS EMPLOYÉS À CE SUJET ?

Oui, bien forcĂ© : tout ce dĂ©bat sur les fake news (qui auraient fait Ă©lire Trump ou provoquĂ© le Brexit) s’est dĂ©veloppĂ© aux États-Unis aprĂšs 2016 ; et les mĂ©dias et centres de recherches Ă©tatsuniens ont produit Ă©normĂ©ment de nĂ©ologismes Ă  ce sujet. Demandez-vous pourquoi les EuropĂ©ens se sentent obligĂ©s de penser puis d’adopter ces idĂ©es et ce vocabulaire.

Fake news : Manip, Infox et InfodĂ©mie en 2021, Format Kindle, VA Press, mai 2021 (6,49 €)

Article paru sur le site de l’OJIM.

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