12 mai 2020

Le commerce international ne connaît pas de trêve

Par Paul Tormenen

La pandémie de coronavirus va-t-elle amener des changements radicaux dans la façon de concevoir la vie en société ? Difficile à dire à ce stade. Le grand remue-méninges que l’on nous promet semble avoir épargné au moins une catégorie : ceux qui sont aux commandes des institutions européennes. De nombreux exemples nous montrent qu’ils n’ont pas changé leur logiciel archaïque. Ceci bien qu’il vienne une nouvelle fois de faire la preuve de son échec.

La libre circulation au sein de l’espace Schengen, un dogme intangible

Alors que la pandémie de coronavirus commençait à se propager de façon inquiétante en Europe en février et au début du mois de mars, plusieurs pays ont rapidement fermé leurs frontières et établi des contrôles sanitaires stricts pour ceux qui souhaitaient accéder à leur territoire. Curieusement, ce sont ces pays, au rang desquels on peut citer la République tchèque, la Hongrie, l’Autriche, la Pologne, etc.,  qui non seulement ont été les moins affectés par le coronavirus, mais également sont sortis le plus tôt du confinement.

Pourtant, le 13 mars, la Présidente de la Commission européenne n’avait pas de mots assez durs pour critiquer les pays qui ont rapidement fermé leurs frontières nationales. L’argumentaire d’Ursula Von Der Leyen semble bien faible rétrospectivement : ces mesures étaient selon elle « inefficaces » et « contraires à la nécessité du moment. »(1)

Ursula von der Leyen.

Ursula von der Leyen.

Même si la Présidente de la Commission européenne a admis avoir pris tardivement la mesure de la gravité de la situation, le mal était fait. Le coronavirus s’est largement propagé dans les pays qui, à l’instar de la France, ont suivi les préconisations de la Commission européenne.

Le commerce international ne connaît pas de trêve

La période de confinement et les restrictions de circulation ont mis en lumière l’extrême dépendance de nombreux pays européens en produits de première nécessité venant de pays tiers. La relocalisation des productions stratégiques, la souveraineté alimentaire et le développement de circuits courts s’imposent de plus en plus comme une nécessité et une évidence.

Ce constat n’est pas partagé par les dirigeants des institutions européennes. Le commerce intercontinental par cargos géants est toujours à leurs yeux une perspective réjouissante. En pleine pandémie de coronavirus, ce ne sont pas moins de deux accords commerciaux qui ont été conclus entre l’Union européenne et des pays tiers.

Le 12 mars, le Conseil de l’Union européenne donnait son feu vert à un accord de libre-échange avec le Vietnam.(2)

Celui-ci prévoit la suppression progressive des droits de douane sur certains biens échangés entre l’U.E. et le Vietnam. L’objectif attendu est bien entendu l’intensification des échanges internationaux. Outre l’impact négatif sur l’environnement, des ONG critiquent la quasi-absence de critères sociaux dans l’accord conclu. La commission européenne pourra néanmoins continuer à professer à qui veut l’entendre ses valeurs humanistes et en faveur de la défense de l’environnement.(3)

Un peu plus d’un mois plus tard, le 28 avril, l’UE et le Mexique concluaient un accord commercial programmant l’abaissement de nombreux droits de douane. Au rang des produits concernés, la viande bovine mexicaine pourra être importée en Europe avec beaucoup moins de restrictions, ce qui fait craindre aux éleveurs français une concurrence lointaine et déloyale, en raison de normes sanitaires moins élevées.(4)

Autre exemple d’une conception purement économiste des échanges internationaux : alors que la pandémie de coronavirus a mis en relief notre extrême dépendance vis-à-vis de la Chine, notamment en matière de médicaments, le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a récemment résumé une vision singulière d’une souveraineté retrouvée en la matière.

Prenant l’exemple du paracétamol, s’il convenait qu’il n’est pas normal que l’Europe n’en produise pas, il évoquait la possibilité  de rapatrier sa production…dans les pays des Balkans ou en Afrique du nord. Ne sacrifiant rien au dogme de l’U.E. en matière de libre-échange, il écartait toute notion de « protectionnisme ». Les emplois en Europe de l’ouest et la fabrication au plus près du consommateur ne semblent pas une priorité pour le Haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères.(5)

L’immigration illégale sanctuarisée

Alors qu’à grand renfort de communication, la Commission européenne vient d’annoncer que les pays de l’UE ont accordé en 2019 une protection à 300 000 demandeurs d’asile, les bureaucrates européens sont beaucoup plus discrets pour annoncer le nombre de déboutés du droit d’asile, 312 000 et plus encore le nombre de clandestins arrivant chaque année en Europe.

Le faible nombre de reconduites de migrants économiques dans leurs pays est totalement absent du communiqué de presse de la Commission européenne. De nombreux signaux pendant la période de confinement nous montrent que la lutte contre l’immigration clandestine n’est pas une priorité de l’UE :

– Le nombre de clandestins arrivés en Italie depuis le début de l’année 2020 est en nette progression par rapport à 2019.(6)

– La commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, à la suite de nombreux députés européens, demande que les migrants recueillis en mer, notamment par les bateaux des O.N.G., ne soient plus ramenés en Libye, ce qui était pourtant déjà rare, et que la coopération avec les garde-côtes libyens soit rompue (7)

– Ladite opération « Sophia », initialement chargée de lutter contre les passeurs convoyant des migrants de Libye en Italie, a été récemment réorientée au contrôle de l’embargo sur l’importation d’armes en Libye.(8)

Le pont maritime entre la Libye et l’Italie, un peu freiné par les restrictions de circulation pendant le confinement, pourra reprendre de plus belle avec le rétablissement progressif de toutes les liaisons terrestres, aériennes et maritimes. La grande migration dans une Europe en proie au chômage de masse et aux conflits communautaires pourra également reprendre son cours, à la grande satisfaction des bureaucrates européens et des députés du bloc majoritaire.

Pire, les pays européens sont maintenant marqués à la culotte par la Commission européenne qui vient de leur rappeler le principe du non-refoulement des migrants et la nécessité de continuer les opérations de « relocalisation. »(9)

La solidarité européenne… pour les pays tiers

La solidarité européenne est un beau concept. La réalité est parfois différente. Au plus fort de la crise sanitaire, l’Italie n’a pas pu compter – ou si peu – sur l’Union européenne pour faire face au manque de matériel médical. L’aide de la Russie et de la Chine a été la bienvenue.

Pendant ce temps, « en même temps », l’Union européenne distribue à foison des aides aux pays tiers : 3,3 milliards d’euros aux pays des Balkans candidats à l’entrée dans l’U.E. pour faire face à l’urgence sanitaire.(10)

L’Iran va pour sa part bénéficier d’une aide de 20 millions d’euros.(11)

La Présidente de la Commission européenne a annoncé le 7 avril que l’UE allait se porter garante pour une aide de 15 milliards d’euros à des pays africains. Autre priorité, toutes affaires cessantes pour les bureaucrates européens : l’élargissement de l’UE à l’Albanie et à la Macédoine du nord a été relancé le 24 mars, comme nous le soulignions récemment.

Last but not least, c’est le principe de l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne qui est réaffirmé dans un document de l’office de statistique de l’Union européenne paru le 13 février 2020.(12)Alors que dans le même temps, le gouvernement turc organisait une véritable agression contre la Grèce à la frontière turco-grecque.

On le voit, la crise sanitaire n’a ébranlé aucun dogme des dirigeants des institutions européennes. La libre circulation des biens et des personnes, la politique de peuplement par des extra-européens, la négation de tout socle culturel : les fondamentaux de l’UE sont toujours solidement ancrés. Décidément, rien ne change dans les couloirs feutrés de la commission européenne.

Notes

(1) « Coronavirus : l’UE critique le désordre de la fermeture des frontières en Europe », RFI, 14 mars 2020.

(2) « Council Decision on the conclusion of the Free Trade Agreement between the European Union and the Socialist Republic of Viet Nam », Council of the European Union, 9 mars 2020.

(3) « Accords UE-Vietnam : 68 organisations de la société civile appellent à ne pas ratifier ces nouveaux accords de commerce et d’investissement », Stop Tafta, 10 février 2020.

(4) « L’Union européenne et le Mexique ont conclu les négociations sur leur nouvel accord commercial », Commission européenne, Communiqué de presse, 28 avril 2020. Communiqué de presse d’Interbev, 29 avril 2020.

(5) « Josep Borrell, Haut représentant de l’UE, « Avec la Chine, nous avons été un peu naïfs », Le JDD, 3 mai 2020.

(6) « Les députés européens demandent l’arrêt de l’aide aux garde-côtes libyens », Mer et marine, 29 avril 2020.

(8) « States should ensure rescue at sea and allow safe disembarkation during the COVID-19 crisis », Conseil de l’Europe, 16 avril 2020.

(9) « Communication de la Commission », Commission européenne, 17 avril 2020.

(10) « L’U.E. veut rassurer les Balkans occidentaux et envoie une aide de 3,3 milliards d’euros », Le Figaro, 5 mai 2020.

(11) « Coronavirus : l’Europe au chevet de l’Iran, malgré les sanctions américaines », Le Point, 25 mars 2020.

(12) « Statistics on migration, residence permits, citizenship and asylum for the enlargement countries, 2020 edition », Eurostat, 13 février 2020.

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