« Rien n’est irrĂ©versible, c’est ce que nous apprend l’histoire :
le destin d’une nation dĂ©pend de la volontĂ© de ses membres.
Ils peuvent se laisser mourir, ou se dresser.
Il n’y a pas de libertĂ© pour celui qui refuse de combattre ! »

(Propos recueillis par Fabrice Dutilleul)

Le titre de votre livre, Le Grand Rembarquement, semble faire écho au « Grand Remplacement » de Renaud Camus. Est-ce par hasard ?

Non bien sĂ»r. J’avoue humblement que Renaud camus m’a inspirĂ©. Mais mon titre ne fait pas seulement Ă©cho : il parle aussi d’une fin heureuse, alors que le principe du Grand Remplacement, et tout ce que l’on entend un peu partout sur le caractĂšre inĂ©luctable de notre fin proche en tant que nation, nous dĂ©crit un avenir noir. Or, rien n’est inĂ©luctable. Rien n’est irrĂ©versible, c’est ce que nous apprend l’histoire : le destin d’une nation dĂ©pend de la volontĂ© de ses membres. Ils peuvent se laisser mourir, ou se dresser. Aux armes, citoyens ! dit notre hymne, non ?

Holà ! Votre roman appelle les Français aux armes ? Vous allez tomber dans l’incitation Ă  la sĂ©dition !

On ne peut plus citer notre hymne national ? Et puis, c’est un roman. Et l’on n’y trouvera rien qui tombe sous le coup de la loi. Mais voyez dans quelle situation nous nous trouvons : on nous oblige Ă  accepter des trucs dĂ©gueulasses qui deviennent des normes, et l’on nous interdit d’en parler. Ce carcan que personne n’aurait pu imaginer il y a encore trente ans, emprisonne notre nation autant que la loi martiale d’un occupant : on en est rĂ©duit Ă  chuchoter dans son coin, entre gens proches. MĂȘme au travail – je dirai mĂȘme surtout au travail – on ne peut plus rien dire : il y a toujours des mouchards prĂȘts Ă  vous dĂ©noncer Ă  la kommandantur. On se tait, on attend le moment oĂč l’on pourra parler Ă  nouveau. Et l’on n’entend que les collabos
 ou les soi-disant « grands cerveaux », les stratĂšges qui nous expliquent oĂč l’Histoire nous guide. Mais l’Histoire n’existe pas : cette idĂ©e d’une direction qui s’imposerait Ă  nous, est un concept de ce phraseur de Marx.

L’Histoire n’existe pas ? Pourtant la France a une histoire, non ?

Cela, c’est celle qu’on voit dans le rĂ©troviseur, celle qui est passĂ©e. L’histoire pour Marx, c’est un futur tout Ă©crit : celui de la disparition inĂ©luctable de notre monde occidental. Il devait nous dĂ©tester Ă©normĂ©ment ! Or la vĂ©ritĂ© c’est plutĂŽt « Fortuna imperatrix mundi » : la (bonne ou mauvaise) fortune, impĂ©ratrice du monde. Qu’est-ce que cela veut dire ? Sinon que le hasard, la bonne fortune – ou la volontĂ© de Dieu, diront les chrĂ©tiens – est plus puissante que les rois, et que des renversements « de fortune » sont toujours possibles. Des « fortunes », des opportunitĂ©s se prĂ©sentent, et c’est alors le moment de les saisir pour renverser une situation qui semblait perdue. Le destin des hommes reste toujours entre leurs mains. Au fond, nous sommes libres. C’est la peur qui nous rend impuissants, la crainte qui habite chacun d’ĂȘtre repĂ©rĂ© par le systĂšme qui nous oppresse, et qu’il lui pourrisse la vie
 Pourtant qu’est-ce qui pourrait nous arriver de pire que de laisser un occupant voler leur avenir Ă  nos enfants ? À quoi aurait servi notre vie si nous trahissions notre patrie ? Pour elle, pour cette terre oĂč reposent nos ancĂȘtres, pour nos enfants, nous n’avons pas le droit d’avoir peur. Pour eux, il faut savoir rĂ©pondre Ă  l’appel de notre hymne.

Rien n’est irrĂ©versible ? Quand mĂȘme, arrivĂ© Ă  un certain stade, souvent on ne peut plus changer grand-chose


Si vous aviez demandĂ© en 1950 aux Français s’ils croyaient qu’un jour un million de leurs compatriotes d’AlgĂ©rie devraient quitter les lieux en quelques mois, en laissant tout derriĂšre eux, et abandonnĂ©s par l’État, personne n’y aurait cru. Personne. Cela semblait impossible. Les Français d’AlgĂ©rie, qui y avaient construit un pays moderne, pensaient que leur Ɠuvre les rendait dĂ©finitivement lĂ©gitimes sur cette terre. Ils Ă©taient sĂ»rs que les musulmans Ă©taient conscients de ce qui avait Ă©tĂ© accompli et dont ils profitaient : l’eau courante, l’électricitĂ©, les hĂŽpitaux, l’instruction, une alimentation saine
 Cet acquis semblait donner un droit irrĂ©versible aux Français d’AlgĂ©rie. Un « droit acquis ». Et pourtant, ils sont tous repartis en quelques mois
 Un million de personnes, Ă  une Ă©poque oĂč le transport aĂ©rien Ă©tait embryonnaire et le transport maritime minuscule au regard de ce qu’il est devenu aujourd’hui
 Alors, l’irrĂ©versibilitĂ©, moi je n’y crois pas. Il suffit de circonstances, et l’impossible devient d’un seul coup la seule solution possible


C’est cela le Grand Rembarquement ? Un exode massif des populations non europĂ©ennes ? Une re-migration ? Le drame des Pieds noirs inversé ?

Je ne peux pas vous raconter toute l’histoire. Il s’agit d’un roman, d’un « thriller », avec des rebondissements et une fin inattendue. Je ne peux pas trop dĂ©florer l’intrigue
 Cela raconte surtout comment des politiciens, qui n’entendent rien – c’est normal, les Français en sont rĂ©duits Ă  chuchoter, ils deviennent inaudibles ! – sinon les « communautĂ©s » qui obtiennent tout d’eux et qui ne savent donc plus rien de la France rĂ©elle, mais qui se prennent nĂ©anmoins pour de grands stratĂšges historiques, peuvent se croire tout permis avec notre nation, au point de la cabrer et qu’elle rejette toute autoritĂ© Ă©tatique ! Une erreur de trop, celle que l’on ne peut pardonner, c’est la fameuse « fortuna » que j’évoquais au dĂ©but de cet entretien. Celle qui permet un renversement de fortune, et Ă  un peuple de reprendre son destin en mains.

C’est donc l’histoire d’une rĂ©volution ?

Je suis convaincu que quelque chose va se passer et que la France, rĂ©vulsĂ©e par ce qu’on lui fait avaler, va se mettre Ă  vomir et que partout des gens vont entrer sans retenue en colĂšre contre l’ennemi qui veut l’asservir. Il suffira d’abord qu’ici et lĂ , la colĂšre surpasse la peur. Et que quelques-uns osent
 Et alors s’enclenchera quelque chose que plus rien n’arrĂȘtera.

Ce qui est Ă©tonnant dans votre histoire c’est que cette rĂ©volte n’est pas organisĂ©e, elle est spontanĂ©e. N’est-ce pas un peu illusoire ?

N’allez pas chercher les guides qui dĂ©marreraient une libĂ©ration dans la classe politicienne. Cette derniĂšre n’a trop souvent dans la tĂȘte qu’orgueil ou cupiditĂ©. Mais certains ont senti depuis longtemps ce qui se prĂ©parait alors que d’autres ne verront jamais rien. Alors je vois bien ceux qui ont pressenti les Ă©vĂ©nements encadrer tout cela Ă  un moment donnĂ©, ou se servir de ce qui se passe. Mais ils ne lanceront jamais cette rĂ©volte qui seule peut renverser la situation, et ils n’auront jamais l’audace de faire ce que la situation impose. C’est Du Guesclin qui a libĂ©rĂ© la France de Charles V, un bouseux de Breton, un petit noble guĂšre plus riche qu’un fermier de l’époque, entrĂ© en guerre avec une cinquantaine de copains et dont l’exemple a galvanisĂ© les soldats de France. Pourtant, en son temps, la victoire anglaise semblait irrĂ©versible, tout comme au temps de Jeanne d’Arc. Un bouseux illettrĂ© (il savait juste signer) et une gamine un peu folle, ont dĂ©cidĂ© que rien n’était irrĂ©versible. Pas des stratĂšges, je vous dis ; pas des gens comme il faut ; pas de grands bourgeois Ă©rudits. Une fille et un gars au grand cƓur, qui n’avaient peur de rien, et qui n’avaient rien Ă  perdre, sauf l’honneur de leur patrie !

Votre précédent ouvrage relatait votre engagement au Liban, en 1976, aux cÎtés des phalangistes libanais. Quel rapport avec ce roman ?

Le carcan du Liban s’appelait la Ligue Arabe, l’ONU, la diplomatie amĂ©ricaine, etc. Il Ă©tait interdit aux Libanais de se rebeller, et de toutes les façons le destin inĂ©luctable, irrĂ©versible, des chrĂ©tiens d’orient, c’était « naturellement » d’ĂȘtre chassĂ© du Moyen Orient, « terre d’islam ». Mais contre tous, contre toute attente, et contre toute « raison », ils ont dĂ©cidĂ© de se battre. Ils se sont battus avec un tel courage, avec une telle colĂšre qu’ils ont fini par convaincre le monde entier que les choses n’allaient pas se passer comme « l’histoire » Ă©tait censĂ©e l’écrire. Et finalement, aprĂšs quelques pĂ©ripĂ©ties, ceux qui se sont embarquĂ©s, ce ne sont pas eux
 J’ai appris une grande leçon d’histoire auprĂšs de mes camarades libanais : il n’y a pas de libertĂ© pour celui qui refuse de combattre.

Le Grand Rembarquement d’Emmanuel Albach, Ă©ditions Dualpha, roman, 336 pages, 26euros.

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