par Paul Craig Roberts.

Paul Craig Roberts.

Paul Craig Roberts.

Deux jours avant l’investiture de Lincoln en tant que 16e prĂ©sident, le CongrĂšs, composĂ© uniquement des États du Nord, a adoptĂ© avec une majoritĂ© Ă©crasante le 2 mars 1861, l’amendement Corwin qui accordait une protection constitutionnelle Ă  l’esclavage. Lincoln a approuvĂ© l’amendement dans son discours inaugural en disant : « Je n’ai aucune objection Ă  ce qu’il soit immĂ©diatement applicable et irrĂ©vocable. »

C’était clair que le Nord n’était pas prĂȘt Ă  partir en guerre pour mettre fin Ă  l’esclavage au moment oĂč, Ă  la veille de la guerre, le CongrĂšs amĂ©ricain et le futur prĂ©sident Ă©taient sur le point de rendre inconstitutionnel l’abolition de l’esclavage.

Nous avons ici la preuve totale et absolue que le Nord voulait bien plus le maintien du Sud dans l’Union que l’abolition de l’esclavage.

Si la vraie prĂ©occupation du Sud Ă©tait de maintenir l’esclavage, le Sud n’aurait pas refusĂ© la protection constitutionnelle de l’esclavage qui venait de leur ĂȘtre offerte sur un plat d’argent par le CongrĂšs et le PrĂ©sident. De toute Ă©vidence, pour le Sud, le problĂšme n’était pas l’esclavage.

Le vĂ©ritable problĂšme entre le Nord et le Sud ne pouvait pas ĂȘtre rĂ©glĂ© sur la base d’arrangements sur l’esclavage. La vraie question Ă©tait Ă©conomique, comme l’ont dĂ©montrĂ© DiLorenzo, Charles Beard et d’autres historiens. Le Nord a proposĂ© de prĂ©server l’esclavage de maniĂšre irrĂ©vocable, mais le Nord n’a pas envisagĂ© d’abandonner les tarifs Ă©levĂ©s et la politique Ă©conomique que le Sud considĂ©rait comme hostile Ă  ses intĂ©rĂȘts.

Évoquer l’esclavage comme cause de la guerre a Ă©tĂ© la maniĂšre dont les historiens officiels du Nord ont utilisĂ© la morale pour couvrir une agression claire de Lincoln et les crimes de guerre de ses gĂ©nĂ©raux. Diaboliser l’ennemi sous l’angle moral travaille pour le vainqueur. Et c’est toujours le cas. Nous voyons dans la destruction des statues une dĂ©termination Ă  renvoyer les symboles restants de la ConfĂ©dĂ©ration dans le trou de la mĂ©moire.

Aujourd’hui, des imbĂ©ciles ignorants, entiĂšrement lobotomisĂ©s par la politique identitaire, exigent l’élimination des monuments consacrĂ©s Ă  Robert E. Lee, un prĂ©sumĂ© raciste, contre lequel ils expriment une violente haine. Il y a lĂ  un immense paradoxe. Robert E. Lee a Ă©tĂ© la premiĂšre personne Ă  avoir commandĂ© les armĂ©es de l’Union. Comment un « raciste du Sud » a-t-il pu avoir le commandement de l’armĂ©e de l’Union si l’Union partait en guerre pour libĂ©rer les esclaves noirs ?

La Virginie n’a fait sĂ©cession que le 17 avril 1861, deux jours aprĂšs que Lincoln ait mobilisĂ© des troupes pour envahir le Sud.

Il doit certainement y avoir un lien quelque part dans des Ă©lĂ©ments auxquels les historiens officiels malhonnĂȘtes peuvent se raccrocher pour tenter d’expliquer que la guerre portait sur l’esclavage, mais ce ne sera pas facile. Seule une petite minoritĂ© de Sudistes possĂ©dait des esclaves. Les esclaves ont Ă©tĂ© amenĂ©s dans le Nouveau Monde par les EuropĂ©ens comme force de travail longtemps avant l’existence des États-Unis et des États du Sud, pour que les terres abondantes puissent ĂȘtre exploitĂ©es. Car l’esclavage dans le Sud Ă©tait une institution hĂ©rĂ©ditaire antĂ©rieure aux Ă©tats du Sud.

Les journaux et les lettres des soldats qui se battent pour la ConfĂ©dĂ©ration et ceux qui se battent pour l’Union ne fournissent aucune preuve que les soldats se battaient pour ou contre l’esclavage. L’historien de Princeton, laurĂ©at du prix Pulitzer, laurĂ©at du prix Lincoln, prĂ©sident de l’American Historical Association et membre du comitĂ© de rĂ©daction de Encyclopedia Britannica, James M. McPherson, dans son livre basĂ© sur la correspondance de mille soldats des deux cĂŽtĂ©s – What They Fought For, 1861-1865 – rapporte qu’ils se sont battus Ă  cause de deux interprĂ©tations diffĂ©rentes de la Constitution.

En ce qui concerne la Proclamation de l’émancipation, du cĂŽtĂ© de l’Union, les officiers de l’armĂ©e craignaient des dĂ©sertions au sein des troupes de l’Union si la Proclamation de l’émancipation leur donnait l’impression qu’ils Ă©taient tuĂ©s et mutilĂ©s pour la cause des Noirs. C’est pourquoi Lincoln avait soulignĂ© que la proclamation Ă©tait une « mesure de guerre » pour provoquer une rĂ©bellion d’esclaves Ă  l’intĂ©rieur qui allait faire sortir les troupes du Sud de la ligne de front.

Si nous y regardons de plus prĂšs, nous pouvons trouver une argumentation bidon dans la DĂ©claration de la Caroline du Sud des Causes de la SĂ©cession (20 dĂ©cembre 1860) si nous ne tenons pas compte du raisonnement du document. L’élection de Lincoln a empĂȘchĂ© la Caroline du Sud de se sĂ©parer. Au cours de sa campagne prĂ©sidentielle, Lincoln a utilisĂ© la rhĂ©torique visant le vote abolitionniste (Les abolitionnistes ont voulu que l’esclavage soit aboli pour des raisons morales, bien qu’il soit parfois difficile de voir de la morale dans l’expression de leur haine, mais ils n’ont jamais contrĂŽlĂ© le gouvernement).

La Caroline du Sud a vu dans la rhĂ©torique Ă©lectorale de Lincoln l’intention de violer la Constitution des États-Unis, qui Ă©tait une entente volontaire reconnaissant chaque État comme un État libre et indĂ©pendant. AprĂšs avoir fourni une histoire qui soutenait la position de la Caroline du Sud, le document indiquait que pour supprimer tous les doutes sur la souverainetĂ© des États, « un amendement avait Ă©tĂ© ajoutĂ© selon lequel les pouvoirs non dĂ©lĂ©guĂ©s aux États-Unis par la Constitution, ou non interdits aux États par la constitution, sont rĂ©servĂ©s aux États, respectivement, ou aux personnes. »

La Caroline du Sud a vu l’esclavage comme un prĂ©texte utilisĂ© par le Nord pour violer la souverainetĂ© des États et pour centraliser davantage le pouvoir Ă  Washington. Le document de sĂ©cession fait valoir que le Nord, qui contrĂŽlait le gouvernement amĂ©ricain, avait rompu le pacte sur lequel reposait l’Union et, par consĂ©quent, avait rendu l’Union nulle et non avenue.

Par exemple, la Caroline du Sud a citĂ© l’article 4 de la Constitution des États-Unis, qui se lit comme suit : « Nulle personne tenue de fournir un service ou un travail dans un État en vertu de ses lois qui s’enfuirait dans un autre État, ne peut, quelles que soient les lois ou rĂšglements en vigueur dans ce dernier État, ĂȘtre libĂ©rĂ© de ce service ou travail, et doit ĂȘtre livrĂ©, sur la demande de la partie Ă  laquelle un tel service ou travail pourrait ĂȘtre dĂ».  »

Les États du Nord avaient adoptĂ© des lois qui annulaient les lois fĂ©dĂ©rales qui soutenaient cet article du pacte. Ainsi, les États du Nord ont dĂ©libĂ©rĂ©ment rompu le pacte sur lequel l’union s’était formĂ©e.

L’implication Ă©vidente Ă©tait que tous les aspects des droits des États protĂ©gĂ©s par le 10e amendement pourraient dĂ©sormais ĂȘtre violĂ©s. Et Ă  mesure que le temps passait, la lecture de la situation en Caroline du Sud s’est vĂ©rifiĂ©e.

Le document de sĂ©cession se lit comme une dĂ©fense des pouvoirs des États et non comme une dĂ©fense de l’esclavage. Voici le document (cliquez ici).

Lisez-le et voyez vous-mĂȘmes.

Un historien de cour, qui est dĂ©terminĂ© Ă  dĂ©tourner l’attention de la destruction par le Nord de la Constitution amĂ©ricaine et des crimes de guerre qui ont accompagnĂ© la destruction de la Constitution, aurait lĂ  un parfait exemple de la maniĂšre dont le Nord a utilisĂ© l’esclavage en Caroline du Sud pour subvertir la Constitution. Le raisonnement de l’historien de cour est que, Ă©tant donnĂ© que la Caroline du Sud considĂ©rait que l’esclavage est une affaire Ă  rĂ©gler ultĂ©rieurement, alors l’esclavage doit avoir Ă©tĂ© la cause de la guerre.

Comme la Caroline du Sud a Ă©tĂ© la premiĂšre Ă  faire sĂ©cession, son document de sĂ©cession a probablement servi de modĂšle pour d’autres États. Si c’est le cas, c’est le boulevard par lequel les historiens de cour, c’est-Ă -dire ceux qui remplacent l’histoire rĂ©elle par une fausse histoire, transforment la guerre en guerre contre l’esclavage.

Une fois que les gens ont subi un lavage de cerveau, surtout si c’est par propagande qui sert le pouvoir, ils sont plus ou moins perdus pour toujours. Il est extrĂȘmement difficile de les amener Ă  la vĂ©ritĂ©. Il suffit de regarder la douleur et la souffrance infligĂ©es Ă  l’historien David Irving pour avoir rĂ©vĂ©lĂ© la vĂ©ritĂ© documentĂ©e sur les crimes de guerre commis par les AlliĂ©s contre les Allemands. Il ne fait aucun doute que ce qu’il dit est vrai, mais la vĂ©ritĂ© est inacceptable.

Il en est de mĂȘme de la Guerre d’Agression du Nord. La mascarade remplaçant l’histoire a Ă©tĂ© institutionnalisĂ©e depuis 150 ans. Un mensonge institutionnalisĂ© est trĂšs rĂ©sistant Ă  la vĂ©ritĂ©.

L’éducation s’est tellement dĂ©tĂ©riorĂ©e aux États-Unis que beaucoup de gens ne peuvent plus faire la diffĂ©rence entre une explication et une excuse ou une justification. Aux États-Unis, la dĂ©nonciation d’un objet de haine orchestrĂ©e est une voie plus sĂ»re pour un Ă©crivain que l’explication. La vĂ©ritĂ© est la victime.

Cette vĂ©ritĂ© est si rare partout dans le monde occidental, c’est pourquoi l’Occident est condamnĂ©. Aux États-Unis, par exemple, la totalitĂ© de la population ignore complĂštement sa propre histoire.

Comme l’a dit George Orwell, la meilleure façon de dĂ©truire un peuple est de dĂ©truire son histoire.

Apparemment mĂȘme les Asiatiques peuvent ĂȘtre des suprĂ©matistes blancs s’ils s’appellent Robert Lee

La chaine ESPN a privĂ© d’antenne un asiatique amĂ©ricain nommĂ© Robert Lee (Lee est un nom commun parmi les Asiatiques, par exemple, Bruce Lee) et l’a empĂȘchĂ© de commenter le match de foot opposant l’UniversitĂ© de Virginie au collĂšge Wiliam & Mary Ă  Charlottesville ce samedi en raison de son nom.

Source : http://www.paulcraigroberts.org/2017/08/23/know-called-civil-war-not-slavery/

Traduction : Avic – RĂ©seau International
Article paru sur le site RĂ©seau international

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