Sous prĂ©texte de faire de VercingĂ©torix le premier hĂ©ros d’une France qui n’existait pas, on a racontĂ© son histoire n’importe comment.

Lisons par exemple le Tour de France par deux enfants, de G. Bruno : « Au jour dĂ©signĂ© d’avance, toute la Gaule se souleva d’un seul coup ». Toute, pas vraiment. Et souvent sous la contrainte : VercingĂ©torix a pris des otages (promis Ă  une mort affreuse) pour s’assurer de la fidĂ©litĂ© de ses alliĂ©s. La cruautĂ© des Gaulois est d’ailleurs passĂ©e sous silence, alors que les Romains ont quelquefois prĂ©fĂ©rĂ© se suicider plutĂŽt que de tomber entre leurs mains.

Ce qui se passe entre Gergovie et AlĂ©sia est Ă©ludé : « Enfin CĂ©sar rĂ©ussit Ă  enfermer VercingĂ©torix dans la ville d’AlĂ©sia ». Or, il s’y est enfermĂ© de lui-mĂȘme pour couper la route Ă  CĂ©sar, qui, loin de poursuivre quiconque, essayait de quitter la Gaule.

« La ville, oĂč les habitants mouraient de faim, songeait Ă  la nĂ©cessitĂ© de se rendre, lorsqu’une armĂ©e de secours se prĂ©senta sous les murs d’AlĂ©sia. »

Avec un tel retard que la ville avait failli se rendre avant son arrivĂ©e ! Autre petit oubli : le fait que les femmes, les enfants et les vieillards, chassĂ©s de la ville, meurent sous ses murs. Enfin, « une grande bataille eut lieu ; les Gaulois furent d’abord vainqueurs » ; puis « les Romains reprirent l’avantage. »

Et l’armĂ©e de secours, dont l’arrivĂ©e a incitĂ© les assiĂ©gĂ©s Ă  faire cette sortie ? On n’en parle plus. Or, le jour de la troisiĂšme bataille (car il y en eut trois), elle a pliĂ© bagage dĂšs que les assiĂ©gĂ©s eurent sonnĂ© la retraite. Autrement dit, dĂšs qu’elle a Ă©tĂ© sĂ»re que VercingĂ©torix Ă©tait perdu.

À la fin, le chef gaulois prit la « rĂ©solution sublime » de se livrer
 DictĂ©e, en fait, par la coutume et les circonstances. « Alors, se parant pour ce sacrifice hĂ©roĂŻque comme pour une fĂȘte, VercingĂ©torix, revĂȘtu de sa plus riche armure, monta sur son cheval de bataille ; il fit ouvrir les portes de la ville, puis s’élança au galop jusqu’à la tente de CĂ©sar. ArrivĂ© en face de son ennemi, il arrĂȘte tout d’un coup son cheval, d’un bond saute Ă  terre, jette aux pieds du vainqueur ses armes Ă©tincelantes d’or, il attend immobile qu’on le charge de chaĂźnes. VercingĂ©torix avait un beau et noble visage, sa taille superbe, son attitude altiĂšre, sa jeunesse produisirent un moment d’émotion dans le camp de CĂ©sar, mais celui-ci, insensible au dĂ©vouement du jeune chef, le fit enchaĂźner, le traĂźna derriĂšre son char de triomphe en rentrant Ă  Rome, et enfin le jeta dans un cachot. Six ans VercingĂ©torix languit Ă  Rome dans ce cachot noir et infect. Puis CĂ©sar, comme s’il redoutait encore son rival vaincu, le fit Ă©trangler. »

Ce récit de la plus haute fantaisie (inspiré de Plutarque) contraste avec celui de César, qui écrit seulement : « On lui livre Vercingétorix, on jette les armes à ses pieds. »

Pourquoi l’armĂ©e de secours a-t-elle tournĂ© les talons, quittant pour une partie non le champ de bataille, mais son camp ? Les HĂ©duens, dit CĂ©sar, regrettaient leur alliance avec Rome. Les HĂ©duens, qui l’avaient appelĂ© Ă  l’aide contre les HelvĂštes, et dont il qualifie le ralliement (loin d’ĂȘtre unanime) Ă  la rĂ©volte de « trahison ». Seraient-ils dĂ©cidĂ©ment les traĂźtres de cette histoire ?

Cette chronique de l’abominable histoire de France n°6 a Ă©tĂ© diffusĂ©e sur Radio LibertĂ©s dans l’émission « SynthĂšse ».

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Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.

A propos de l'auteur

Pierre de Laubier

Actuellement professeur d’histoire dans des collĂšges libres, Pierre de Laubier est l’auteur de "L’Aristoloche", journal instructif et satirique paraissant quand il veut, et il rĂ©dige les blogues Chronique de l’école privĂ©e
 de libertĂ© et "L’Abominable histoire de France", ce dernier tirĂ© de ses chroniques radiophoniques sur "Radio LibertĂ©s" oĂč il est un chroniqueur de l’émission "SynthĂšse", animĂ©e par Roland HĂ©lie et Philippe Randa.

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