La chienlit française de 1968 dĂ©bute par une succession de hasards, par l’effet de quelques meneurs non prĂ©vus par les organisateurs de la Tricontinentale et surtout de l’incompĂ©tence et de la lĂąchetĂ© des autoritĂ©s de l’État.

Mai 68. Nuit d'Ă©meutes

Mai 68. Nuit d’Ă©meutes.

Depuis 1967, quelques poignĂ©es d’étudiants gauchistes, trotskistes et autres, organisent des chahuts monstres dans des amphithĂ©Ăątres de sociologie, oĂč se distingue un petit rouquin dodu, Daniel Cohn-Bendit, archĂ©type de la grande gueule anarchiste, Ă©tonnĂ© puis ravi de devenir en quelques mois une vedette de la contestation. Il fonde Ă  Nanterre un groupuscule de parole, nommĂ© le Mouvement du 22 mars
 lĂ  encore, en faire une officine du KGB ou du SR de la RDA est du pur dĂ©lire.

À l’UNEF, le membre du PSU (un parti vaguement socialiste vouĂ© au culte du trĂšs riche Pierre MendĂšs-France) Jacques Sauvageot devient par hasard PrĂ©sident du syndicat. D’autres Ă©tudiants, tels Alain Geismar et Jean-Louis PĂ©ninou s’essaient aux coups de gueule, comprenant vite le principe de base de la propagande : plus c’est gros, plus c’est con, mieux ça passe.

Les « évĂ©nements » parisiens – qui vont commander la fronde universitaire, puis ouvriĂšre de l’ensemble du pays – dĂ©butent trĂšs stupidement le 3 mai 1968, quand le doyen de l’UniversitĂ© de Nanterre dĂ©cide de fermer boutique, en raison de chahuts ininterrompus depuis six semaines. Les grandes gueules (en version noble : les contestataires) se rĂ©fugient Ă  La Sorbonne.

Ce 3 mai, un article signĂ© Georges Marchais (ce qui ne signifie pas qu’il en ait Ă©tĂ© le rĂ©dacteur, le texte est trop bien lĂ©chĂ© pour cela) dĂ©nonce « les faux rĂ©volutionnaires », qui « servent les intĂ©rĂȘts du pouvoir gaulliste et des grands monopoles capitalistes » (paru dans ce phare de la pensĂ©e française : L’HumanitĂ©). L’ex-ouvrier spĂ©cialisĂ© des usines Messerschmitt est devenu le protĂ©gĂ© du Bourguignon Waldeck Rochet, alors secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du PCF.

Ce vendredi 3 mai 1968, Ă  La Sorbonne, environ 400 Ă©tudiants hurlent en alternance leur joie et leur fureur, en fonction de ce qu’éructent Sauvageot (UNEF), Weber (Jeunes Communistes RĂ©volutionnaires) et Cohn-Bendit qui ne reprĂ©sente que lui et son groupuscule, venu dĂ©charger sa bile sur le PCF. Dans l’aprĂšs-midi, le recteur demande Ă  la police d’évacuer les contestataires, qui se laissent emmener sans rĂ©sistance dans une noria de « paniers Ă  salade ». Boulevard Saint-Michel, un crĂ©tin (non-Ă©tudiant) lance un gros caillou qui blesse griĂšvement un policier. Dans la soirĂ©e, ont lieu de violentes bagarres entre policiers et promeneurs agitĂ©s.

Le lundi 6 mai, gauchistes, trotskistes et maoĂŻstes dressent quelques barricades au quartier Latin. Ont lieu de trĂšs violents affrontements avec la police. Un jeune homme meurt ce jour, prĂšs d’une barricade
 Officiellement, on classe le dĂ©cĂšs comme n’ayant rien Ă  voir avec les Ă©vĂ©nements.

Le 13 mai, dĂ©bute la grĂšve gĂ©nĂ©rale des Ă©tudiants de France, imposĂ©e par la violence aux Ă©tudiants qui n’en veulent pas. À la facultĂ© mixte de mĂ©decine et de pharmacie de Lille, le dernier cours a lieu le samedi 11 mai, puis la poignĂ©e d’étudiants studieux est chassĂ©e hors du bĂątiment, sans que les appariteurs aient osĂ© remuer le petit doigt.

La chienlit estudiantine dĂ©bute : assemblĂ©es gĂ©nĂ©rales pluriquotidiennes, grĂšve des examens (dĂ©cidĂ©e par quelques cancres et acceptĂ©e par le troupeau des imbĂ©ciles), orgie alcoolique et sexuelle dans les salles de cours et de travaux pratiques, odeur de biĂšre et de haschich. Elle durera jusqu’au dĂ©but juin, puis les gosses de riches partiront en vacances.

Le 14 mai, dĂ©butent des grĂšves ouvriĂšres « dĂ©cidĂ©es par la base », c’est-Ă -dire par de jeunes contestataires, qui se moquent des avis des dignitaires de la CGT. Ceux-ci, ahuris d’une telle audace, demandent des ordres Ă  la centrale, oĂč l’on rĂ©clame un ordre de la direction du PCF. À la direction moscovite, c’est la stupeur : des gauchistes osent s’en prendre au meilleur alliĂ© « bourgeois » de l’URSS, de Gaulle, animĂ© depuis 1942 par sa haine des USA ! Vigier est chassĂ© du PCF durant la 2e quinzaine de mai. Ordre est donnĂ© de ne rien faire pour aggraver le dĂ©sordre.

Du 3 au 11 mai, le Premier ministre, Georges Pompidou, est en balade au Proche-Orient, puis le chef de l’État, Charles de Gaulle, suit son exemple, fuyant Paris du 14 au 18 mai, pour visiter la Roumanie communiste, alors que le pays est en pleine anarchie et que des scĂšnes de guerre civile se dĂ©roulent quotidiennement Ă  Paris, oĂč le prĂ©fet de police, Maurice Grimaud, un proche de la direction du Parti socialiste, laisse courir les Ă©vĂ©nements, donnant le moins d’ordres possible aux chefs des services de police. L’État n’est plus dirigé ; les Français le comprennent instantanĂ©ment.

Du 6 au 30 mai, ont lieu de façon quotidienne de trĂšs violents affrontements entre une police totalement dĂ©sorientĂ©e par l’absence de direction et des manifestants qui suivent un unique mot d’ordre : RĂ©volution.

Contrairement aux souvenirs mensongers des uns et des autres, l’étude de la presse permet de comptabiliser 6 morts, en plus d’environ 3 200 blessĂ©s, deux-tiers de manifestants et un tiers de policiers et gendarmes mobiles. Outre le mort parisien du 5 mai, dĂ©jĂ  mentionnĂ©, on peut relever deux morts le 24 mai (un manifestant, prĂšs de la Bourse de Paris, et un policier Ă  Lyon), le maoĂŻste de 17 ans Gilles Tautin, noyĂ© Ă  Meulan le 10 juin aprĂšs une charge de gendarmes mobiles, et deux manifestants Ă  MontbĂ©liard, prĂšs des usines Peugeot, le 11 juin.

De Gaulle larmoie Ă  la tĂ©lĂ©vision le 24, annonçant un rĂ©fĂ©rendum sur la participation, qu’il avait dĂ©jĂ  promis lors de la campagne prĂ©sidentielle de 1965. Le 27 mai, sont signĂ©s les accords de Grenelle, entre gouvernement, patronat et syndicaux
 dont les grĂ©vistes ne veulent pas entendre parler. Il y a environ 3 millions de grĂ©vistes volontaires et trois fois autant de sujets privĂ©s de leur travail par les trĂšs violents piquets de grĂšve. Le 28 mai, François Mitterrand constatant que l’État a dĂ©missionnĂ© rĂ©clame le Pouvoir !

Le 29 mai, de Gaulle fuit par hĂ©licoptĂšre Ă  Baden-Baden, se rĂ©fugiant auprĂšs du gĂ©nĂ©ral Massu qui n’y comprend rien. Il revient dans l’aprĂšs-midi du 30 mai
 alors que la Nation française dĂ©file dans toutes les villes de France, pour exiger le retour Ă  l’Ordre. Les bobos-gauchos-friquĂ©s ont parlĂ© d’une rĂ©action de peur. C’était peut-ĂȘtre vrai des riches, mais la quasi-totalitĂ© des patriotes qui ont manifestĂ© ce jour-lĂ  voulaient la fin de la honte (dĂ©nommĂ©e « chienlit » par de Gaulle, rassĂ©rĂ©nĂ© par le soutien de la Nation).

L’ordre bafouĂ© par de pseudo-rĂ©volutionnaires, des amateurs de grabuge, sans direction ni talent, l’ordre bafouĂ© par la dĂ©mission de fait de la direction de l’État, fut rĂ©tabli par la Nation française et elle seule. Mitterrand et MendĂšs-France rentrent Ă  la niche.

Pompidou le lamentable fut limogĂ© aprĂšs les Ă©lections qui suivirent la dissolution de la Chambre, dĂ©cidĂ©e le 30 mai, et devint prĂ©sident de la RĂ©publique un an plus tard. La France perdit, durant les vingt annĂ©es suivantes, les structures de l’État napolĂ©onien, ce qui Ă©tait indispensable au passage Ă  la globalo-mondialisation, assurĂ© par Mitterrand. Elle y gagna un surplus de grossiĂšretĂ© dans les relations individuelles et collectives, la « libĂ©ration des mƓurs » et le droit Ă  l’avortement de complaisance (remboursĂ© par la SS en 2016).

DĂšs juin 1968, Brejnev rĂ©tablit l’ordre dans les partis communistes occidentaux et les syndicats communistes (dont la CGT). Castro se fit injurier et sa DGI passa sous strict contrĂŽle du KGB, Ă©tant dĂ©sormais dirigĂ©e Ă  La Havane par le gĂ©nĂ©ral Victor Simevo, dĂ©pendant directement du patron Youri Andropov.

Durant l’étĂ©, le gouvernement tchĂ©coslovaque fut chĂątiĂ© et la population sommĂ©e de rentrer dans la stricte obĂ©dience moscoutaire. DĂšs la fin du mois de mai, l’ArmĂ©e Rouge avait accru ses effectifs en TchĂ©coslovaquie, tandis que s’agitaient en Autriche une foule d’agents du MI-6, de la CIA et mĂȘme du SDECE. Du 20 au 22 aoĂ»t, le pays fut occupĂ© par des troupes soviĂ©tiques, polonaises et allemandes de l’Est. La TchĂ©coslovaquie rentra dans le rang du totalitarisme et Brejnev relança la guerre froide, poursuivie jusqu’à la mort de Constantin Tchernenko, en 1985. Le KGB, dirigĂ© par Andropov et successeurs, financera le terrorisme anti-occidental, grĂące Ă  un trafic d’opiacĂ©s caucasiens, jusqu’en 1985.

Il y a réellement de quoi pavoiser !

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