Pisistrate Ă©tait le chef de la faction populaire des citoyens d’AthĂšnes, du vivant de Solon. AprĂšs le dĂ©part de son rival, Pisistrate fut Ă©lu chef de l’État et rĂ©gna 19 annĂ©es, de façon interrompue par deux coups d’État fomentĂ©s par les aristocrates. Dans les deux cas, il prĂ©fĂ©ra partir en exil plutĂŽt que de dĂ©clencher une guerre civile
 vingt-cinq siĂšcles plus tard, Juan PerĂłn imitera son exemple.

Pisistrate

Pisistrate fut un chef d’État dĂ©signĂ© par la majoritĂ© des citoyens, disposant exactement des mĂȘmes pouvoirs absolus, civils et militaires, que Solon, mais les exerçant pour la masse des artisans, des paysans et des marins.

Selon Aristote, il le fit « de façon dĂ©sintĂ©ressĂ©e », mĂȘme si des calomniateurs ont Ă©crit le contraire
 (De nos jours, on trouve Ă©galement de curieux « historiens » pour contester l’absolue intĂ©gritĂ© financiĂšre d’un Adolf Hitler). Pisistrate n’avait pas besoin de piller les caisses de l’État comme un vulgaire politicien dĂ©mocrate ou communiste : il Ă©tait l’heureux propriĂ©taire de mines d’argent. « Il administrait toutes choses conformĂ©ment aux lois, sans s’offrir Ă  lui-mĂȘme aucun privilĂšge » (Aristote, Les constitutions d’AthĂšnes, chapitre XVI).

AprĂšs avoir dirigĂ© victorieusement la guerre d’AthĂšnes contre sa rivale MĂ©gare, il fonde l’empire colonial athĂ©nien sur le pourtour de la Mer Noire et en Mer ÉgĂ©e (Naxos, les Cyclades) et impose la domination athĂ©nienne en Attique : il protĂšge le PirĂ©e par la conquĂȘte de l’üle de Salamine, ce qui permet de dominer le Golfe saronique et d’en Ă©liminer les pirates. GrĂące Ă  cette pacification, le commerce devient prospĂšre avec l’EubĂ©e, la Thessalie, la MacĂ©doine et la CrimĂ©e.

Pisistrate est un lettrĂ© qui ordonne la mise en forme dĂ©finitive de L’Iliade et de L’OdyssĂ©e par Onomacrite et celle du poĂšme d’HĂ©siode, Des travaux et des jours. Il lance la popularitĂ© de la saga de ThĂ©sĂ©e et de sa descendance. Il accueille les sculpteurs et les peintres ioniens qui fuient la dictature sanglante des Perses. Il instaure les Dionysies poĂ©tiques Ă  chaque printemps et les jeux, sportifs et littĂ©raires, des PanathĂ©nĂ©es.

Il introduit une justice de paix ambulante en milieu rural, en lieu et place du bon plaisir des gros propriĂ©taires aristocrates (l’expĂ©rience sera reprise 40 ans aprĂšs sa mort) et fonde un crĂ©dit agricole pour libĂ©rer les petits paysans de la rapacitĂ© des prĂȘteurs, ce qui permet de dĂ©fricher et de stimuler la culture de la vigne et de l’olivier, donc de stimuler le commerce de l’huile et du vin, ainsi que la fabrication d’amphores et de divers types de poteries, notamment les cratĂšres et plats vernissĂ©s, ocres et noirs, qui font de nos jours la joie des collectionneurs et des directeurs de musĂ©es (ainsi que la fortune des faussaires, confrontĂ©s Ă  de riches « pigeons »). Il stimule aussi l’activitĂ© miniĂšre du massif du PangĂ©e et du Laurion, ce qui permet aux ateliers monĂ©taires de mettre en circulation des piĂšces Ă  l’effigie d’AthĂ©na et de sa chouette.

Dans la ville, il entreprend une politique de grands travaux pour obtenir le plein-emploi : aqueducs et fontaines, notamment dans les quartiers populaires situĂ©s Ă  l’ouest de l’Acropole ; Ă©gout collecteur central et conduits latĂ©raux ; temples, qui stimulent le tourisme artistique et religieux ; enceinte de protection autour de la basse ville ; les travaux furent poursuivis par son fils Hippias.

Tout ceci eut un coĂ»t, bien sĂ»r. Pisistrate Ă©tablit un impĂŽt de 5 % sur tous les revenus, alors que les guerriers aristocrates, soit les plus riches des citoyens, n’en avaient jamais acquittĂ©. On comprend, de ce fait, la haine de ces richards autant que l’enthousiasme populaire : l’une et l’autre ne lui firent jamais dĂ©faut. Fort peu sanguinaire, il se contentait de bannir, Ă  Naxos, opposants et comploteurs.

À sa mort, en – 550, le peuple confie tous les pouvoirs Ă  ses deux fils, dont l’un, Hipparque, dĂ©daigneux de la garde dont s’entourait son pĂšre, meurt victime d’un attentat. C’est lui qui avait fait remplacer le tuf du temple d’AthĂ©na, sur l’Acropole, par du marbre, ce qui avait mĂ©contentĂ© les riches imposĂ©s.

AprĂšs la fin du rĂšgne des fils de Pisistrate, au bout de 17 annĂ©es durant lesquelles ils avaient relancĂ© le culte orphique et agrandi le sanctuaire d’Éleusis, leurs opposants aristocratiques se firent passer pour des « libĂ©rateurs », alors qu’ils imposaient le retour au rĂ©gime censitaire et assuraient le triomphe de l’aristocratie guerriĂšre, tandis que pour une postĂ©ritĂ© longtemps crĂ©dule, car renseignĂ©e par les trĂšs aristocratiques Diodore de Sicile, du Ier siĂšcle aprĂšs J.-C., et Dion Cassius, du IIIe siĂšcle, les « Pisistratides » passĂšrent pour des abrutis sanguinaires, dĂ©bauchĂ©s, ivrognes et corrompus
 des prĂ©figurations de despotes marxistes en quelque sorte.

DĂ©bute alors la grande pĂ©riode de la « dĂ©mocratie » athĂ©nienne du Ve siĂšcle, tant vantĂ©e par nos brillants universitaires – les Allemands et les Britanniques Ă©tant moins dupes –, l’exemple-type de la ploutocratie, soutenue par des rhĂ©teurs Ă  gages. En opposition, les « tyrannies » avaient Ă©tĂ© des rĂ©gimes rĂ©volutionnaires, visant Ă  « abaisser l’aristocratie et Ă  relever les humbles. »

Conclusion

Comme les termes totalitarisme, racisme ou gĂ©nocide, le mot populisme est la traduction en langage moderne d’une rĂ©alitĂ© fort ancienne, peut-ĂȘtre aussi vieille que l’organisation des États, lorsque des hommes honnĂȘtes dĂ©cident d’accoupler l’éthique Ă  la gestion du Bien Commun.

Texte tirĂ© pour l’essentiel de Bernard Plouvier : Le populisme ou la vĂ©ritable dĂ©mocratie, Les Bouquins de SynthĂšse Nationale, 2017. Pour commander ce livre, cliquez ici.

Populisme véritable democratie

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