On ne dira jamais assez Ă  quel point la fĂ©odalitĂ© se place dans la continuitĂ© de l’organisation politique et militaire de l’empire. On sait dĂ©sormais, par exemple, que la lĂ©gende du roi Arthur et des chevaliers de la table ronde a pris naissance dans le souvenir des barbares chargĂ©s de dĂ©fendre le mur d’Hadrien au nom de l’empereur.

Face aux incursions normandes, les populations se sont placĂ©es sous la protection du seigneur le plus proche. Mais pas, comme on peut le lire dans certains manuels scolaires, en confiant leur sort au forgeron qui, grĂące Ă  ses muscles et Ă  son gros marteau, devenait le chef du village. Vision dĂ©lirante ! Celui qui organise la dĂ©fense, qui est aussi celui qui rend la justice, n’est pas une brute Ă©paisse. C’est un noble. Ce sont la noblesse et la hiĂ©rarchie nobiliaire qui vont assurer la cohĂ©sion du monde franc.

Au cours du Xe siĂšcle, appelĂ© « siĂšcle de fer » par les CapĂ©tiens, le roi a certes du mal Ă  exercer son pouvoir. Certes, les invasions rĂ©pandent la dĂ©solation. Mais Ă  la fin, c’est-Ă -dire Ă  l’avĂšnement des CapĂ©tiens, loin d’avoir une France morcelĂ©e en innombrables principautĂ©s aussi ignorantes les unes des autres que les tribus de la forĂȘt d’Amazonie, on voit continuer d’exister les grandes entitĂ©s de l’époque de Charlemagne. Elles sont, en rĂ©alitĂ©, bien plus anciennes, et on y reconnaĂźt sans peine les grandes rĂ©gions des Gaules dĂ©crites par CĂ©sar.

Ces grandes rĂ©gions, ces provinces, ces duchĂ©s, sont comme des royaumes sans roi. Il n’y a pas Ă  l’époque de duc de BaviĂšre (dux Bavariae) ni de duc de Bourgogne (dux Burgundiae), mais un duc du royaume de Bourgogne (dux regni Burgundiae), un duc du royaume de BaviĂšre (dux regni Bavariorum). Ils reconnaissent l’autoritĂ© du roi et de l’empereur, quoique pas toujours sans condition. Ainsi, Charles le Chauve dut accorder Ă  la Bretagne son propre roi, NominoĂ«. Mais c’est une exception.

De mĂȘme, ces ducs reçoivent l’hommage des seigneurs moins importants, qui ont eux-mĂȘmes des vassaux. C’est le systĂšme fĂ©odal, qui est en fait issu du systĂšme impĂ©rial. Ce qui en fait la soliditĂ©, c’est la noblesse, nĂ©e de la fusion des Ă©lites impĂ©riales et des Ă©lites barbares, des guerriers francs et des propriĂ©taires terriens locaux, noblesse dont font d’ailleurs partie les Ă©vĂȘques et les abbĂ©s. Elle est de fait avant d’ĂȘtre de droit. TantĂŽt le roi reconnaĂźt le pouvoir d’un possesseur de fief, tantĂŽt il attribue lui-mĂȘme un fief Ă  celui qu’il charge de le dĂ©fendre. Tout comme le faisaient les empereurs.

La civilisation romaine, essentiellement urbaine, s’est implantĂ©e dans des contrĂ©es souvent dĂ©pourvues de villes. Elle s’y est adaptĂ©e. Avec le dĂ©clin des villes, la hiĂ©rarchie fĂ©odale est apparue. Ce mode d’organisation politique doit beaucoup aux principes romains, dans lequel le pouvoir est d’abord civil. De mĂȘme, dans le monde fĂ©odal, apparaĂźtra une codification de l’art de la guerre : ce sera la chevalerie.

FĂ©odalitĂ© et chevalerie vont ensemble, mais il ne faut pas les confondre. Notons que seuls les nobles ont le droit de mener les troupes au combat. C’est ce qui explique la brutalitĂ© avec laquelle on rĂ©primait les jacqueries et autres insurrections populaires, tandis que la guerre proprement dite, mĂȘme civile, obĂ©issait Ă  des lois. Notons encore que, lors des guerres de VendĂ©e, en 1793, les paysans allĂšrent chercher des nobles pour les mettre Ă  leur tĂȘte.

Les chroniques de Pierre de Laubier sur l’« Abominable histoire de France » sont diffusĂ©es chaque semaine dans l’émission « SynthĂšse » sur Radio LibertĂ©s.

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Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.

A propos de l'auteur

Pierre de Laubier

Actuellement professeur d’histoire dans des collĂšges libres, Pierre de Laubier est l’auteur de "L’Aristoloche", journal instructif et satirique paraissant quand il veut, et il rĂ©dige les blogues Chronique de l’école privĂ©e
 de libertĂ© et "L’Abominable histoire de France", ce dernier tirĂ© de ses chroniques radiophoniques sur "Radio LibertĂ©s" oĂč il est un chroniqueur de l’émission "SynthĂšse", animĂ©e par Roland HĂ©lie et Philippe Randa.

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