L’alĂ©a existe en politique comme en astronomie ou en physique. Et il se rĂ©vĂšle toujours catastrophique pour la Nation qui en est victime.

Le Tsar Nicolas II de Russie.

Le Tsar Nicolas II de Russie.

Le royaume de France, de 1774 à 1785, ou l’Empire russe, de 1894 à 1914, Ă©taient en pleine mutation politique, Ă©conomique et sociale. Tout permettait d’envisager une Ă©volution brillante, dans le calme : rapide dĂ©but de l’industrialisation, patriotisme exacerbĂ© qui unissait la quasi-totalitĂ© du peuple, quelques ministres rĂ©formateurs, dĂ©vouĂ©s Ă  la chose publique.

HĂ©las survint la mĂȘme calamitĂ© humaine dans les deux États : un autocrate mou, irrĂ©solu, dĂ©pourvu de volontĂ©, mariĂ© Ă  une imbĂ©cile haĂŻe du peuple, le couple de monarques laissant s’agiter les ambitieux. Il a suffi d’un crĂ©tin ignare (Nicolas II) et d’un bonhomme intelligent et fort instruit, mais d’une faiblesse coupable (Louis XVI), pour modifier le cours logique des choses.

Tous deux, monarques de droit divin, Ă©taient convaincus d’ĂȘtre guidĂ© par l’esprit saint. C’est le genre de dĂ©lire qui ne pardonne pas lorsqu’on est faible et environnĂ© d’ambitieux trĂšs agressifs.

Les malheurs lors des fĂȘtes de leur mariage (une catastrophe, liĂ©e Ă  une mauvaise prĂ©paration des rĂ©jouissances populaires, engendrant des morts par dizaines), les rumeurs d’adultĂšre, la haine pour l’étrangĂšre seront identiques dans les deux cas. Marie-Antoinette est surnommĂ©e « l’Autrichienne » par les tantes du roi, vieilles filles dessĂ©chĂ©es de Louis XV. La derniĂšre tsarine, Alix (Alexandra) de Hesse-Darmstadt, est dĂ©testĂ©e de sa belle-mĂšre Marie de Schleswig-Holstein, fille de Christian IX de Danemark, chĂ©tive Ă©pouse du colossal Alexandre III, qui, sans ĂȘtre une lumiĂšre, n’était pas le crĂ©tin que sera son fils.

Dans une cour de gĂ©ants, Nicolas est un gringalet, ressemblant fort Ă  son cousin George V de Grande-Bretagne, aussi idiot que lui, mais « admirablement conservĂ© dans l’alcool » (selon la formule d’Aristide Briand, in Cornu, 1976) : George est le fils d’Alexandra, sƓur de Maria. Les deux sƓurs communient dans la haine des Allemands, depuis la guerre de 1864, durant laquelle l’armĂ©e prussienne a rossĂ© l’armĂ©e danoise et conquis le Schleswig-Holstein.

Nicolas II est un parfait imbĂ©cile, manipulĂ© par une Ă©pouse hystĂ©rique et tendrement aimĂ©e. Son rĂšgne semble trĂšs bien dĂ©buter. L’empire russe est alliĂ©, depuis 1892-1893, Ă  la RĂ©publique française. NĂ© en 1868, devenu empereur en 1894, Nicolas II est un ignorant, trĂšs conformiste, mais aussi trĂšs influençable, lorsqu’on lui parle de la divinité : ce fanatique religieux estime que rien n’arrive jamais sans le consentement de dieu et se montre fataliste (Alexandrov, 1968). Il affirme Ă  qui veut l’entendre que son unique but est de lĂ©guer Ă  l’hĂ©ritier du trĂŽne une Russie identique Ă  celle dont il a hĂ©ritĂ© (Bompard, 1937).

Sur le plan international, le tsar semble rĂ©ussir un coup de maĂźtre, mais comme tout ce qu’il entreprend, la rĂ©alisation sombre dans le ridicule. AprĂšs une tentative avortĂ©e l’étĂ© de 1898, du fait de la mauvaise volontĂ© des gouvernements français, britannique, italien et austro-hongrois, Nicolas est l’initiateur des deux ConfĂ©rences de La Haye consacrĂ©es Ă  l’affermissement de la paix en Europe, au gel des armements et Ă  la protection des civils en cas de guerre. La premiĂšre, menĂ©e du 18 mai au 29 juillet 1899, n’accouche que de dĂ©clarations hypocrites des signataires de 28 États. La seconde, en 1907, ne fera pas mieux. La Cour internationale d’arbitrage ne sera jamais consultĂ©e que pour des affaires mineures, n’engageant que de petits États, trop peu riches pour se payer une belle guerre.

TrĂšs vite, les choses se gĂątent Ă  l’intĂ©rieur de l’Empire, du fait de la multiplication des attentats perpĂ©trĂ©s par des rĂ©volutionnaires marxistes et des anarchistes, dont les mouvements sont trop faiblement rĂ©primĂ©s. Une guerre malheureuse va servir de dĂ©tonateur.

Durant les annĂ©es 1902-1903, le ministre russe des Affaires Ă©trangĂšres Wladimir Lambsdorff s’est abouchĂ© avec son homologue austro-hongrois Agenor Goluchowski, pour rapprocher les deux Empires. Il exige et obtient le calme Ă  Belgrade oĂč rĂšgne l’austrophile Alexandre Obrenovic, mais n’obtient pas la mĂȘme discipline du tsar de Sofia, Ferdinand de Saxe-Cobourg-Gotha, qui rĂȘve d’une grande Bulgarie. Lambsdorff tente vainement de faire abandonner l’expansion russe en CorĂ©e, ayant perçu l’animositĂ© japonaise. En 1900, officiellement pour aider Ă  la rĂ©pression de la rĂ©volte des Boxers, le tsar a envoyĂ© un contingent russe Ă  l’armĂ©e dirigĂ©e par le Feldmarschall allemand Alfred von Waldersee. Sous couvert de coopĂ©ration internationale, des troupes russes ont Ă©tĂ© envoyĂ©es en Mandchourie et en CorĂ©e du Nord, ce qui a fĂąchĂ© le gouvernement nippon.

Le 30 janvier 1902, le gouvernement britannique, en conflit avec l’Empire russe en Perse, au Tibet et en Afghanistan, a versĂ© de l’huile sur le feu en scellant une alliance militaire avec le Japon, dont les cuirassĂ©s ont Ă©tĂ© construits dans les chantiers navals britanniques, grĂące au soutien bancaire de la City (Docherty, 2017). Le 7 janvier 1904, le gouvernement japonais rompt les relations diplomatiques avec l’Empire russe et, le 8 fĂ©vrier, la Flotte nipponne attaque, en rade de Port-Arthur, l’escadre russe d’ExtrĂȘme-Orient, ce qui Ă©meut les Français et comble d’aise les Britanniques (Bompard, 1937).

La tension majeure entre les gouvernements de Londres et de Saint-PĂ©tersbourg explique le tir d’intimidation de l’escadre russe en Mer du Nord, au mois de septembre 1904, contre une flottille de pĂȘche anglaise, qui passera, diplomatiquement, pour une mĂ©prise (Bompard, 1937).

La guerre tourne au dĂ©sastre terrestre et naval pour les Russes. Au TraitĂ© de Portsmouth, signĂ© le 5 septembre 1905, les Japonais reçoivent des Russes le Sud de l’üle de Sakhaline, que « Staline » reprendra en 1945. En 1907, Russes et Britanniques se partagent les zones d’influence au Tibet, en Perse et en Afghanistan. Le Japon annexe la CorĂ©e en 1910. Les maĂźtres sont contents, mais le peuple russe se sent humiliĂ©.

L’analyse de la dĂ©faite, fort bien rĂ©alisĂ©e par divers inspecteurs militaires, dĂ©nonce l’amateurisme, le sybaritisme et les querelles de Divas des gĂ©nĂ©raux et amiraux russes, ainsi que l’ignominie du comportement des fournisseurs aux armĂ©es (Alexandrov, 1968). Les conseils avisĂ©s ne sont guĂšre suivis d’effets. De son cĂŽtĂ©, Ă©bahi de la dĂ©faite russe face au « petit Japon », l’ambassadeur de France Maurice Bompard, en poste Ă  Saint-PĂ©tersbourg de 1903 Ă  1912, conseille d’investir dĂ©sormais de façon beaucoup plus modĂ©rĂ©e en Russie (Charles-Roux, 1956).

Pour Ă©viter une nouvelle dĂ©convenue militaire, Serge de Witte, un germano-balte, recommande d’élargir au Reich l’accord franco-russe, ce qui est utopique, et propose au tsar de rĂ©unir une assemblĂ©e Ă©lue au suffrage universel : une Douma. Par ailleurs, de Witte rattache le rouble Ă  l’étalon-or (ce qui ravit d’aise les humanistes de la City) et stimule la construction de voies ferrĂ©es (mĂȘme remarque), ce qui va doubler la longueur du rĂ©seau en un peu moins de dix annĂ©es. Le plein-emploi dans les villes industrielles en sera assurĂ©.

(Ă  suivre)

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