Tout le monde croit connaĂźtre ce personnage, calomniĂ© par SuĂ©tone, mais notre jugement sur cet Imperator n’aurait-il pas Ă©tĂ© dĂ©favorablement influencĂ© par une propagande chrĂ©tienne, aussi erronĂ©e que peu charitable, et totalement dĂ©formĂ© par les pĂ©plums-nanars hollywoodiens ?

Tiberius Claudius Nero.

Tiberius Claudius Nero.

NĂ© en 37, c’est un descendant de Caius Julius Caesar et de Marc-Antoine, par son pĂšre, de Germanicus, neveu de TibĂšre, par sa mĂšre. Claude, dont l’hĂ©ritier naturel est fort peu douĂ©, l’adopte aprĂšs avoir Ă©pousĂ© sa mĂšre. NĂ©ron est un jeune homme extraordinairement brillant, instruit par SĂ©nĂšque, l’excellent auteur de tragĂ©dies et le philosophe stoĂŻcien d’une hypocrisie gigantesque : il prĂŽne le dĂ©tachement des biens matĂ©riels, mais se bĂątit une fortune grĂące aux largesses de son impĂ©rial Ă©lĂšve.

Tout naturellement, NĂ©ron succĂšde Ă  Claude en octobre 54, devenant Princeps senatus, titre auquel il ajoute, avec l’accord du SĂ©nat, celui d’Imperator en 66. Il se suicide en juin 68, Ă  l’occasion d’une rĂ©volte sĂ©natoriale, dirigĂ©e par le richissime patricien Servius Sulpicius Galba, et s’ensuit une annĂ©e de guerre civile jusqu’au triomphe de Vespasien.

Comme Caius Julius Caesar, NĂ©ron s’en prend aux fonctionnaires corrompus – il fait rĂ©voquer et juger, pour ce motif, douze gouverneurs de provinces – et lutte contre l’attribution frauduleuse des charges publiques par l’effet du favoritisme et du nĂ©potisme. Cela lui aliĂšne la sympathie des trĂšs nombreux sĂ©nateurs et chevaliers.

Il rĂ©forme la Justice, la rendant gratuite (son coĂ»t passe Ă  l’État) et accroĂźt les peines Ă  l’encontre des escrocs et des faussaires. Il diminue diverses taxes Ă  la consommation dans l’Urbs (Rome), ce qui amĂ©liore le pouvoir d’achat des moins riches, mais il instaure, dans toute l’Italie, un impĂŽt universel sur les revenus et la richesse (l’impĂŽt sur la fortune)
 lĂ  encore, il ne se fait pas que des amis.

Il finance divers travaux d’adduction d’eau potable. Il combat le luxe tapageur des aristocrates, et s’en prend personnellement aux fĂȘtards noctambules, ce qui lui sera longuement reprochĂ© par SuĂ©tone et Tacite, issus des castes riches, et qui rĂ©digeront leurs textes respectivement 75 ans et deux siĂšcles aprĂšs les faits, d’aprĂšs des racontars transmis par ouĂŻ-dire
 Historia s’écrit encore en partie de cette façon ; si l’on prĂ©fĂšre, il n’y a pas que les historiens antiques qui se moquent du monde !

Sa politique de grands travaux urbains et ruraux procure du travail aux chĂŽmeurs : l’économie qui stagnait sous ses prĂ©dĂ©cesseurs redevient florissante.

En outre, il unifie les monnaies entre les deux parties, occidentale et orientale, de l’Empire, ce qui aboutit de fait Ă  une dĂ©valuation de 5 % pour la monnaie d’or, de 12 % pour celle d’argent. Les exportations en sont stimulĂ©es, mais les produits de luxe, importĂ©s du Proche et du lointain Orient, reviennent plus cher aux aristocrates, d’oĂč un regain de fureur en 67-68, ce qui met en branle le dernier complot du rĂšgne et sa fin.

Cet Ă©rudit est un admirateur fanatique de la civilisation hellĂ©nistique, ce que l’on ne reprochera nullement Ă  son lointain successeur Hadrien. Ce dont les chroniqueurs lui ont surtout fait grief est d’avoir exemptĂ© la GrĂšce, pays pauvre, d’impĂŽt direct.

Bien que pacifique, il a ordonnĂ© quelques mesures militaires en Bretagne (l’Angleterre) et en JudĂ©e (en perpĂ©tuelle rĂ©bellion), pour les pacifier. Son rĂšgne Ă©tonne tellement les rois parthes qu’il s’ensuit un demi-siĂšcle de paix entre les deux empires. Cela ne se renouvellera pas.

Ce petit rouquin dodu, fort myope – il est donc peu probable qu’il ait pris part Ă  de nombreux combats ou Ă  de nombreuses courses de chars –, est un bon poĂšte et un mĂ©diocre chanteur, quelque peu cabotin
 comme le sont nos politicards contemporains. C’est surtout un pacifique, n’aimant guĂšre voir rĂ©pandre le sang : il interdit d’achever les gladiateurs vaincus, ce qui fait contraste avec l’attitude de son prĂ©dĂ©cesseur et pĂšre adoptif, Claude, Ă©rudit, ivrogne et dĂ©bauchĂ©, fort cruel au demeurant. NĂ©ron est un homme aimable et fort sociable, d’accĂšs aisĂ© aux justiciables
 aprĂšs tout, il approuve la libĂ©ration de l’agitateur SaĂŒl de Tarse-Paul, en 60.

Totalement innocent du grand incendie de Rome, en juillet 64, il rentre dans l’Urbs pour y activer la lutte contre l’incendie, car il est, de droit, le premier Ă©dile de la CitĂ©, et n’ordonne aucune persĂ©cution systĂ©matisĂ©e des chrĂ©tiens, ce qui n’exclut nullement que quelques esclaves chrĂ©tiens aient pu ĂȘtre condamnĂ©s avant la premiĂšre persĂ©cution qui eut lieu en 68, alors que l’Imperator Ă©tait en GrĂšce, s’occupant du tracĂ© du canal de Corinthe. Il fait rebĂątir Rome, selon des critĂšres de sĂ©curitĂ© urbaine, dĂ©pensant l’essentiel de son immense fortune non seulement pour sa Maison dorĂ©e, mais aussi pour aider les pauvres ruinĂ©s par l’incendie.

De la mĂȘme façon, il contribue aux travaux de reconstruction de Lyon, victime d’un incendie en aoĂ»t 64
 et nul n’a jamais osĂ© lui reprocher une quelconque responsabilitĂ© dans ce dernier incendie, quasi-concomitant du romain. Jusqu’au XIXe siĂšcle, les incendies urbains furent une plaie constante de l’histoire humaine.

Si NĂ©ron est impitoyable dans la rĂ©pression des complots fomentĂ©s contre lui – il y va de sa survie –, il n’a nullement fait empoisonner Britannicus, fils Ă©pileptique et quasi-imbĂ©cile de Claude. La mort brutale de l’adolescent, Ă  qui l’on a fait boire un liquide au dĂ©cours immĂ©diat d’une crise d’épilepsie, Ă©voque soit une syncope Ă  l’occasion d’une fausse route alimentaire, soit une rupture de malformation vasculaire cĂ©rĂ©brale
 en tout cas, il n’existait sur le marchĂ© romain de l’époque aucun poison Ă  effet instantanĂ©.

NĂ©ron est mort prĂ©maturĂ©ment pour ne s’ĂȘtre pas montrĂ© assez rude avec l’aristocratie
 soit l’inverse des lĂ©gendes colportĂ©es depuis deux millĂ©naires. La postĂ©ritĂ© humaniste et chrĂ©tienne l’a agoni pour des crimes qu’il n’a pas commis. Elle encensa, au contraire, un mĂ©diocre Imperator, mari et pĂšre lamentable : Marc-AurĂšle, pour avoir laissĂ© des sentences stoĂŻciennes dĂ©goulinantes d’autosatisfaction. Il est plus utile, pour obtenir une bonne rĂ©putation auprĂšs des « historiens », de se congratuler pour n’avoir pas repris du gĂąteau, que d’avoir bien administrĂ© son Empire.

Texte tirĂ©, pour l’essentiel, de Bernard Plouvier : Le populisme ou la vĂ©ritable dĂ©mocratie, Éditions , collection « Les Bouquins de SynthĂšse », 2017, 292 pages, 22 euros. Pour commander ce livre, cliquez ici.

Populisme véritable democratie

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