Le 6 aoĂ»t 1806, sur un ultimatum de NapolĂ©on Ier, l’empereur François II de Habsbourg signait la dissolution du Saint-Empire romain germanique, proclamait l’Empire d’Autriche et prenait le nom de François Ier. Cette dĂ©cision forcĂ©e mettait un terme dĂ©finitif aux 1 200 – 1 300 entitĂ©s souveraines de cette Ă©tonnante structure gĂ©opolitique mitteleuropĂ©enne.

Pourtant, deux cent onze ans plus tard demeure en plein cƓur des Alpes entre Suisse et Autriche son dernier vestige : la principautĂ© de Liechtenstein. Ce territoire de 160 kmÂČ et de 37 000 habitants, dont la capitale est Vaduz, est surtout connu des Français pour ĂȘtre un ancien « paradis fiscal ». En union Ă©conomique et douaniĂšre avec la ConfĂ©dĂ©ration helvĂ©tique, cette principautĂ© a rejoint l’ONU en 1990 et participe Ă  l’Association europĂ©enne de libre-Ă©change, Ă  l’Espace Ă©conomique europĂ©en ainsi qu’à l’espace Schengen. Le Conseil de l’Europe la surveille nĂ©anmoins avec une trĂšs grande attention, car les canons de la dĂ©mocratie oligarchique et ploutocratique n’y sont pas appliquĂ©s.

Dans La doctrine anarcho-royaliste (2017, 395 p., 9,90 €), Rodolphe Crevelle, principal responsable du Lys Noir, encense la principautĂ© traitĂ©e de « Cuba anarcho-royaliste ». La famille princiĂšre a donnĂ© son nom au pays si bien que son chef est prince de et Ă  Liechtenstein. La titulature n’est pas anodine. Au dĂ©but des annĂ©es 2000, Son Altesse SĂ©rĂ©nissime Hans-Adam II fit adopter par rĂ©fĂ©rendum une rĂ©vision constitutionnelle lui accordant de larges prĂ©rogatives exĂ©cutives, quitte Ă  froisser Montesquieu et son Ă©quilibre imbĂ©cile des pouvoirs. Avec Monaco, le Liechtenstein est le dernier État d’Europe oĂč le souverain rĂšgne et gouverne. Afin de bien montrer aux parlementaires du Landtag qu’il est plus dĂ©mocrate qu’eux, le prince rĂ©gnant permet aussi des procĂ©dures de dĂ©mocratie directe et le recours au rĂ©fĂ©rendum.

La situation politique n’est depuis plus figĂ©e dans un bipartisme stĂ©rile et convenu. Les conservateurs du Parti progressiste des citoyens (35,2 % aux lĂ©gislatives de cette annĂ©e) et les dĂ©mocrates chrĂ©tiens de l’Union patriotique (33,7 %) qui alternent au gouvernement, ont vu l’apparition de la Liste libre, fondĂ©e en 1985, d’obĂ©dience sociale-dĂ©mocrate – Ă©cologiste (12,6 %), et, en 2013, des IndĂ©pendants (18,4 %) au programme trĂšs flou, parfois qualifiĂ© de « populiste », voire « libertarien ». Si l’un des premiers Ă©lus est un mĂ©canicien travesti, dĂšs 2015, les IndĂ©pendants se sont Ă©levĂ©s contre les quotas de « migrants » imposĂ©s par Bruxelles.

Le gouvernement princier a en effet fait accueillir quelques dizaines de clandestins extra-europĂ©ens. Il faut reconnaĂźtre que l’accueil des rĂ©fugiĂ©s est une habitude locale. Le Liechtenstein Ă©tait cher au cƓur d’Alexandre Soljenitsyne. Le cĂ©lĂšbre dissident soviĂ©tique n’oublia jamais qu’en 1945, la principautĂ© accepta la prĂ©sence de quelque 500 soldats de la 1re ArmĂ©e nationale russe qui venaient de combattre les SoviĂ©tiques aux cĂŽtĂ©s des forces allemandes. MalgrĂ© les pressions diplomatiques formidables des AlliĂ©s occidentaux et de Moscou, Vaduz ne cĂ©da jamais, refusa de livrer ces Russes blancs au NKVD et tint tĂȘte Ă  l’URSS de Joseph Staline. Cet Ă©pisode mĂ©connu fit l’objet en 1993 d’un film de Robert Enrico, Vent d’Est.

Ce bel exemple montre que la fermeté de caractÚre constitue la base déterminante de toute véritable souveraineté politique.

Bonjour chez vous !

Cette chronique hebdomadaire du Village planétaire a été diffusée sur Radio Libertés le 8 décembre 2017.

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