Si toute vĂ©ritĂ© n’est pas toujours bonne Ă  dire, elle est le plus souvent difficile Ă  entendre. C’est sans doute ce qui explique la relĂ©gation des pages les moins glorieuses de notre histoire dans les enfers des bibliothĂšques universitaires. Il en est ainsi par exemple pour celles qui souligneraient les lĂąchetĂ©s du peuple français ou encore attenteraient Ă  certains « actes fondateurs » de notre rĂ©publique. C’est pourquoi nombreux sont les chercheurs Ă©trangers qui s’étonnent des prĂ©cautions prises par nos historiens officiels, labellisĂ©s « politiquement correct », pour traiter de la Terreur, ou pour sauter Ă  cloche-pied sinon Ă  pieds joints au-dessus du gĂ©nocide vendĂ©en. Il est vrai qu’un autre dicton affirme qu’il ne faut jamais remuer le fer dans la plaie. L’essentiel est que le citoyen puisse murmurer, sinon crier, sans la moindre retenue, « Vive la RĂ©publique ! » et trĂšs accessoirement dans ces cas-lĂ , « Vive la France ! ».

Vive la France ! Vive la Republique !

Si l’on en croit le lexicologue Paul Robert (encore un Pied-noir nausĂ©abond) l’Histoire serait la connaissance et le rĂ©cit des Ă©vĂ©nements du passĂ©, des faits relatifs Ă  l’évolution de l’humanitĂ© qui sont dignes d’ĂȘtre ou jugĂ©s dignes de mĂ©moire. VoilĂ  qui est bien dit et ne saurait souffrir la moindre contestation.

Un jeune professeur d’universitĂ© canadien de MontrĂ©al, Pierre BonnechĂšre, trouve opportun de prĂ©ciser ce qu’elle est pour un bon praticien de la discipline : « L’histoire, c’est le compte rendu d’une enquĂȘte scientifique dans le passĂ© humain Ă  jamais refermĂ© sur lui-mĂȘme, sous le regard amusĂ© de fĂ©es retorses nommĂ©es VĂ©ritĂ©, Chance et ObjectivitĂ©. »

Personnellement et en fidĂšle disciple de Clio, j’adhĂšre volontiers Ă  cette rĂ©fĂ©rence fĂ©erique pourtant inattendue. J’imagine dĂ©jĂ  les trois sƓurs « Clochettes » voletant espiĂšglement autour d’un besogneux chercheur avant qu’il ne parvienne Ă  les maĂźtriser, trĂšs momentanĂ©ment d’ailleurs, faut-il le prĂ©ciser. La Chance ? C’est un fait. La VĂ©rité ? Soit, mais oĂč donc niche-t-elle ? L’objectivité ? AĂŻe ! AĂŻe ! AĂŻe !

D’aucuns, trop rares Ă  mon goĂ»t, s’étonnent que les mĂȘmes historiens occupent toujours le devant de la scĂšne mĂ©diatique sans laisser la moindre place Ă  des collĂšgues non moins Ă©minents mais ne partageant pas leurs points de vue, certifiĂ©s conformes par la doxa institutionnalisĂ©e. Les prĂ©tendus dĂ©bats portant sur la colonisation en gĂ©nĂ©ral et l’AlgĂ©rie en particulier, constituent le meilleur exemple dans ce domaine et l’un de mes concitoyens constantinois (1) en arrive Ă  s’ériger en justicier pour mieux saper tout ce qui pourrait laisser quelque crĂ©dit Ă  l’Ɠuvre coloniale de la France.

Un ami, on ne peut plus malveillant je le concĂšde volontiers, situait les origines politiques de la plupart de ces donneurs de leçon dans la mouvance politique maoĂŻste soixante-huitarde. L’Histoire manipulĂ©e comme une arme de guerre psychologique, ce n’est pas nouveau, me direz-vous.

Des maoĂŻstes en gigoteuses Ă  Mao lui-mĂȘme il n’y a que l’épaisseur d’une feuille du Petit livre rouge ! Lisons plutĂŽt : « La vĂ©ritĂ© doit s’inspirer de la pratique. C’est par la pratique que l’on conçoit la vĂ©ritĂ©. Il faut corriger la vĂ©ritĂ© d’aprĂšs la pratique »

Alors, si avant d’écrire l’Histoire il suffit de corriger la VĂ©ritĂ© tout est possible. DĂšs lors je comprends mieux mon Ă©minent concitoyen (2) et sa mĂ©thode. Ce disciple de la repentance a Ă©tĂ© membre du groupe trotskiste « Alliance des jeunes pour le Socialisme » de 1968 Ă  1984, de l’Organisation communiste internationale de Pierre Lambert, puis membre de son comitĂ© directeur aprĂšs en avoir Ă©tĂ© permanent de 1976 Ă  1981 (l’étude de l’histoire et son enseignement laissent vraiment d’importants loisirs). Il a pu ainsi longuement pratiquer Ă  la godille les thĂ©ories du Grand Timonier.

Et comme aujourd’hui, saoulĂ© sinon abruti par les images virtuelles qui prĂ©tendent faire resurgir son passĂ©, le bon peuple se moque comme d’une guigne de la vĂ©ritĂ© historique, pourquoi se gĂȘner. Qui plus est, comme le souligne Charles RĂ©gismanset un ancien haut fonctionnaire colonial, « une erreur qui plaĂźt au plus grand nombre n’est pas loin de devenir une vĂ©rité »

Alors, votre vérité historique, je vous la taille sur mesure ? Oui mais comment ? Longue ? Courte ? Ample ? Ajustée ?

Notes

(1) et (2) À qui l’identifiera, il sera remis un kilo de merguez Ă  retirer dans son officine la plus proche, sur prĂ©sentation de sa carte (Ă  jour de ses cotisations) de membre du parti politique de son choix.

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