Entretien avec Yannick Guibert, traducteur de Budapest 1956 : le cauchemar d’une nation, 2 tomes (Les Bouquins de Synthùse nationale).

Propos recueillis par Fabrice Dutilleul.

 

Que représente la Hongrie en Europe dans les années cinquante ?

Ce pays s’étend sur 93 000 km2, soit Ă  peine un cinquiĂšme de la France, au cƓur de l’Europe. DominĂ©e par une capitale surdimensionnĂ©e qui concentre prĂšs du quart de la population (dix millions) et l’essentiel des activitĂ©s Ă©conomiques secondaires et tertiaires, le pays a alors des frontiĂšres communes avec la TchĂ©coslovaquie, l’URSS, la Roumanie, la Yougoslavie et l’Autriche avec laquelle il a aussi partagĂ© une longue histoire commune.

AprĂšs la Ire Guerre mondiale, le traitĂ© de Trianon ampute la Hongrie des deux tiers de son territoire et de plus de la moitiĂ© de sa population. DĂšs 1920, aprĂšs la brĂšve et sanglante rĂ©publique des soviets de Bela Kun, l’amiral Horthy rĂ©tablit le Royaume (trĂšs catholique) de Hongrie dont il assume la rĂ©gence. AlliĂ©e fidĂšle du IIIe Reich, la Hongrie sera envahie par les SoviĂ©tiques dĂšs septembre 1944 ; ils occuperont Budapest en fĂ©vrier 1945 aprĂšs trois mois de siĂšge.

Insurrection Budapest 1956  ; Le cauchemar d'un nation de David Irving (Les Bouquins de SynthĂšse nationale), 2 volumes.

Insurrection Budapest 1956 ; Le cauchemar d’un nation de David Irving (Les Bouquins de SynthĂšse nationale), 2 volumes.

Quel est le gouvernement qui prend la tĂȘte du pays en 1945 ?

C’est un gouvernement fantoche communiste formĂ© Ă  l’instigation des SoviĂ©tiques dĂšs leur entrĂ©e en Hongrie et installĂ© Ă  Debrecen Ă  la suite de l’ArmĂ©e Rouge. Dans le camp des vaincus, le peuple hongrois subit les exactions des vainqueurs : pillages dĂ©portations, viols illustreront la libĂ©ration par les communistes.

Toutefois, en vertu des accords de Yalta, des Ă©lections libres sont organisĂ©es en novembre 1945 et elles furent un dĂ©sastre pour Moscou : le Parti des Petits PropriĂ©taires obtint la majoritĂ© absolue (57 %), suivi des Sociaux-DĂ©mocrates et des Communistes (17 %), le Parti National Paysan arrivant quatriĂšme. Les communistes hongrois tombaient de haut, mais leur chef, Matthias Rakosi – nĂ© Matthias Roth en 1898 Ă  Budapest – disposait d’un atout majeur : la prĂ©sence de l’ArmĂ©e Rouge. DotĂ© d’une intelligence supĂ©rieure, il fut l’inventeur de « la tactique du salami » qui permit aux Communistes d’atteindre le pouvoir absolu dĂšs 1948 aprĂšs avoir menacĂ©, noyautĂ©, corrompu, abusĂ© ses concurrents politiques et la population hongroise.

S’ensuivit une politique Ă©conomique aberrante visant Ă  imposer Ă  ce pays profondĂ©ment rural une industrie lourde et la collectivisation des terres. ParallĂšlement, la terreur rouge s’abattait sur le pays et tout opposant se voyait persĂ©cutĂ©, enfermĂ©, dĂ©noncé : une premiĂšre vague de procĂšs staliniens Ă©pura le parti de tous ses Ă©lĂ©ments considĂ©rĂ©s comme trop tiĂšdes. Une police politique trĂšs efficace, l’AVO (rebaptisĂ©e ensuite AVH), assurait la consolidation du rĂ©gime. L’activitĂ© Ă©conomique se dĂ©litait, la misĂšre triomphait, une chape de plomb recouvrait la Hongrie.

Puis, au printemps 1953, la foudre frappa le monde communiste : Staline meurt ! Ceci entraĂźna des troubles bien au-delĂ  du rideau de fer, mais notamment en Hongrie : grĂšves dans les aciĂ©ries chĂšres au rĂ©gime, manifestations paysannes massives dans la Puszta, la grande plaine hongroise. Un vent de rĂ©formes se leva qui se traduisit par une timide libĂ©ralisation Ă©conomique et politique : un nouveau gouvernement formĂ© par Imre Nagy, vieux routard du communisme, venait tempĂ©rer l’action de Rakosi qui demeurait Ă  la tĂȘte du PC. Ce dernier put ainsi s’opposer efficacement Ă  la Nouvelle Voie de Nagy et provoquer sa chute dĂ©but 1955.

Mais il est trop tard pour revenir Ă  un rĂ©gime stalinien et l’annĂ©e 1956 va connaĂźtre un foisonnement de contestations politiques dans les milieux intellectuels, mĂȘme au sein du Parti


C’est ce qui va conduire à l’insurrection de 1956 ?

Elle dĂ©butera Ă  l’issue des grandes manifestations Ă©tudiantes, fruits de cette agitation intellectuelle, qui se dĂ©roulent le 23 octobre 1956 Ă  Budapest.

Ce mardi, vers 15 heures, deux cortĂšges rassemblant une dizaine de milliers d’étudiants chacun s’ébranlent parallĂšlement au Danube, l’un cĂŽtĂ© Pest à partir de la facultĂ© de droit, l’autre cĂŽtĂ© Buda Ă  partir de Polytechnique. Tous les deux se dirigent vers les statues du gĂ©nĂ©ral Bem et du poĂšte Petöfi, hĂ©ros de la rĂ©volution de 1848.

Initialement interdite par le Parti, la manifestation fut autorisĂ©e Ă  la derniĂšre minute face Ă  la dĂ©termination des Ă©tudiants. DĂ©stabilisĂ© par la dĂ©nonciation du stalinisme au sein mĂȘme du Kremlin par les nouveaux maĂźtres et en premier lieu Nikita Khrouchtchev lui-mĂȘme, le Parti communiste hongrois s’est ramolli : il a mĂȘme interdit Ă  la police de tirer.

Tout se dĂ©roule dans un calme bon enfant jusqu’à la dislocation vers 18 heures oĂč certaines voix s’élĂšvent pour que l’on puisse exprimer Ă  la radio les revendications des Ă©tudiants ; de plus, entre-temps, de nombreux ouvriers des Ă©quipes du matin qui venaient de dĂ©baucher s’étaient joints Ă  la manifestation, ainsi que les employĂ©s qui sortaient des bureaux : plus de 50 000 personnes se retrouvĂšrent ainsi dans la rue. Alors qu’un petit groupe allait Ă  la maison de la radio pour exiger la diffusion de leurs revendications, la masse des manifestants se dirigea vers la place du Parlement oĂč la foule rassemblĂ©e exigea le retour au pouvoir d’Imre Nagy.

À la maison de la Radio, durant la nuit, l’affrontement tourne au drame, les gardes de l’AVH chargĂ©s d’en interdire l’accĂšs, affolĂ©s par la pression des manifestants, ouvrent le feu, faisant une dizaine de victimes. ScandalisĂ©s par ces meurtres, des policiers rĂ©guliers et des officiers de l’armĂ©e commencent Ă  donner des armes aux manifestants. Puis deux fausses ambulances font irruption : il s’agit en fait de transports d’armes et de munitions camouflĂ©s pour l’AVH encerclĂ©e Ă  l’intĂ©rieur de la Radio
 La foule s’en empare et l’affrontement tourne Ă  la guĂ©rilla jusqu’au petit matin. Durant la nuit, d’autres manifestants dĂ©boulonnent la gigantesque statue de Staline qui dominait la place des HĂ©ros.

Comment réagit le gouvernement communiste ?

AffolĂ©, le Politburo qui venait de nommer Imre Nagy Ă  la tĂȘte du gouvernement, fait appel aux troupes soviĂ©tiques stationnĂ©es en Hongrie pour rĂ©tablir l’ordre. Les blindĂ©s soviĂ©tiques investissent les rues de Budapest au petit matin et se positionnent autour des centres nerveux du gouvernement.

Le 24 au matin, tout a basculé : ce ne sont plus des intellectuels ou des Ă©tudiants qui occupent la rue, mais les classes populaires, et en premier lieu des ouvriers, armĂ©s et avides d’en dĂ©coudre. Ils attaquent les commissariats pour trouver des armes, rĂ©cupĂšrent celles des clubs de tir sportifs de leurs usines et s’emparent mĂȘme d’arsenaux de banlieue qu’ils connaissent bien.

Les insurgĂ©s Ă©tablissent des places fortes notamment Ă  la caserne Kilian oĂč le colonel MalĂ©ter rejoint la cause rebelle, le cinĂ©ma Corvin Ă  Pest, places SzĂ©na et de Moscou Ă  Buda.

La marĂ©e rebelle se rĂ©percute de villes en villes : Györ, Debrecen
 avec une grĂšve gĂ©nĂ©rale dans tout le pays et le dĂ©mantĂšlement des fermes collectives dans les campagnes.

En une semaine, le Parti communiste hongrois s’est effondré : de ses 800 000 adhĂ©rents, il ne peut plus compter que sur l’AVH et l’ArmĂ©e Rouge pour le dĂ©fendre. Son siĂšge Ă  Budapest est pris d’assaut le 30 octobre et ses occupants massacrĂ©s Mais aprĂšs un cessez-le-feu et le dĂ©part apparent de l’ArmĂ©e Rouge de Budapest, Kadar et MĂŒnnich forment un gouvernement prosoviĂ©tique le 4 novembre
 C’est le retour des troupes russes qui Ă©crasent l’insurrection entre le 4 et le 11 novembre, mĂȘme s’il y a encore des combats sporadiques jusqu’au dĂ©but dĂ©cembre.

Le bilan est de 2 500 à 3 000 morts, 17 000 à 19 000 blessés (dont 80 % à Budapest), tandis que 200 000 Hongrois parviennent à se réfugier en Autriche.

Pour commander les deux volumes de David Irving :

Insurrection Budapest 1956 : le cauchemar d’un nation (vol. 1), 330 pages, 22 euros, cliquez ici.

Insurrection Budapest 1956 : le cauchemar d’un nation (vol. 2), 352 pages, 22 euros, cliquez ici.

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