PremiĂšre remarque : dĂšs le dĂ©part il a fait trĂšs chaud, mais plus particuliĂšrement Ă  l’arrivĂ©e (tempĂ©ratures diurnes largement supĂ©rieures Ă  30 °C et nocturnes Ă  20 °C).

Seconde remarque : pour affronter les routes et pistes balkaniques, surtout guidĂ© par un GPS chinois lunatique, mieux vaut avoir un petit 4×4 japonais robuste. Et pas de problĂšmes lombaires pour supporter 7 610 km de l’Atlantique Ă  la Mer Noire.

Dans la vieille ville de Bansko


Dans la vieille ville de Bansko


Ce qui surprend de prime abord, une fois pĂ©nĂ©trĂ© dans les ex-pays communistes, c’est de ne rencontrer que des EuropĂ©ens (les Tziganes Ă©tant Ă  classer parmi les Indo-EuropĂ©ens (2)), Ă©ventuellement islamisĂ©s depuis la conquĂȘte turque, comme dans le sud de la Bulgarie qui est couvert de mosquĂ©es Ă©tincelantes. Ce qui, selon une amie bulgare (il est vrai trĂšs nationaliste, lĂ -bas c’est encore bien portĂ©), ne poserait pas problĂšme car ceux-ci feraient passer le patriotisme avant l’appartenance religieuse – ce qui ne nous a pas Ă©tĂ© possible de vĂ©rifier.

Il reste aussi lĂ -bas des Turcs ethniques, Ă©galement dans le sud du pays, reprĂ©sentĂ©s au Parlement, et qui eux seraient trĂšs attachĂ©s Ă  leur mĂšre patrie (cette fois selon l’époux français de la prĂ©cĂ©dente). Rappelons que si le pays a connu un demi-siĂšcle de communisme, il a Ă©tĂ© occupĂ© durant un demi-millĂ©naire par les Ottomans (3). Tout ceci laisse des traces (sans jeu de mots, voir plus loin).

« Ours retraité » à Belica

« Ours retraité » à Belica

À ce sujet, sur l’axe Munich-Istanbul, oĂč une autoroute a remplacĂ© l’Orient-Express, l’on est a priori surpris d’ĂȘtre sans cesse dĂ©passĂ© (au mĂ©pris des limitations de vitesse) par de rutilantes BMW immatriculĂ©es en Allemagne, Autriche, Pays-Bas mĂȘme, et surtout Suisse. Et, aux arrĂȘts, de constater que les passagĂšres en sont voilĂ©es, outre souvent un emblĂšme turc fiĂšrement arborĂ© sur le tableau de bord. Ceci ayant eu entre autres pour consĂ©quence, au retour, de devoir patienter trois heures Ă  la frontiĂšre serbo-croate sous un soleil de plomb (consommation moyenne : 11,2 litres/100 km, et merci pour la pollution
) Autre surprise : la police des frontiĂšres croate s’est montrĂ©e beaucoup plus « coulante » avec ces NĂ©o-EuropĂ©ens qu’avec les FSE (« Français de Souche EuropĂ©enne » formule officielle au temps des « évĂšnements d’AlgĂ©rie ») que nous Ă©tions. Le duc de Lorraine et le roi de Pologne, qui ont sauvĂ© Vienne le 12 septembre 1683, doivent se retourner dans leurs tombes.

Mais ceci n’est qu’anecdotique, l’essentiel Ă©tant la dĂ©couverte de ces pays qui n’ont pas encore eu le temps d’ĂȘtre « occidentalisĂ©s » au plus mauvais sens du terme. Cependant, c’est en marche : Ă  Velingrad, station thermale qui, mutatis mutandis, est l’Aix-les-Bains local, j’ai dans un premier temps refusĂ© de dĂ©jeuner sous un parasol « Coca-Cola ». Puis aprĂšs avoir pas mal cherchĂ© dans la ville, j’ai dĂ» admettre que c’était cela ou jeĂ»ner, et je me suis rĂ©signé  À Varna, le Nice bulgare, j’ai appris que des jeunes gens Ă©taient recrutĂ©s pour aller d’immeuble en immeuble offrir des « packs » de cette boisson : c’est plus sucrĂ© que la lecture de Marx, pour les effets l’on verra plus tard. À vrai dire, on commence Ă  voir, car mĂȘme en tenant compte de la morphologie naturelle des habitants, le nombre d’obĂšses, et particuliĂšrement parmi les enfants, est impressionnant. Certes, d’autres accuseront la biĂšre
 Il faut nĂ©anmoins relativiser, car il ne manque pas de jeunes et jolies « Bougresses » (« Bougre » : ancienne appellation des Bulgares), sans doute soucieuses de leur « ligne », et qui en cette pĂ©riode estivale ne cachaient pas trop leurs charmes.

Gorges de la Lepenitsa prĂšs Velingrad.

Gorges de la Lepenitsa prĂšs Velingrad.

Mais ce voyage Ă©tait plus motivĂ© par l’attrait des vieilles pierres que des jeunes femmes, et de ce cĂŽtĂ© l’on n’est pas déçu.

Citons pour mĂ©moire les charmantes maisons Ă  colombages et encorbellement, peintes de couleurs vives, que l’on trouve dans les vieux quartiers de la plupart des agglomĂ©rations, bien moins anciennes que l’on pourrait croire car caractĂ©ristiques du style « Éveil national » (XIXe siĂšcle) : ici aussi la (re) prise du pouvoir culturel, architectural comme littĂ©raire, a prĂ©cĂ©dĂ© celle du Pouvoir tout court. La (re) naissance du sentiment national bulgare a ainsi amenĂ© les insurrections qui ont jalonnĂ© le siĂšcle, qui, mĂȘme noyĂ©es dans le sang par l’occupant turc, ont abouti (avec l’aide de la Russie) Ă  l’indĂ©pendance.

Interdictions pour pénétrer dans le stade antique de Plovdiv.

Interdictions pour pénétrer dans le stade antique de Plovdiv.

Ce qui nous a d’abord impressionnĂ©s lors de cette sorte de « voyage d’études » balkanique a Ă©tĂ© l’omniprĂ©sence des vestiges de la Rome impĂ©riale. Notre chauvinisme de gallo-romain en a pris un coup, car auprĂšs de ce que nous avons vu, la « Maison carrĂ©e » et les arĂšnes de NĂźmes semblent bien modestes
 Citons au passage, dĂšs la RĂ©publique de MacĂ©doine (au superbe drapeau ornĂ© d’un soleil rayonnant), parmi des collines arides, les fouilles de Stobi, ville qui s’étendait sur plusieurs kilomĂštres carrĂ©s, ses multiples Ă©difices publics et privĂ©s, ses mosaĂŻques polychromes, dont celle reprĂ©sentant un paon devenu emblĂ©matique. À Plovdiv, ex- Philippopolis et seconde ville de Bulgarie par sa population, le quartier « Éveil national » (4) a Ă©tĂ© prĂ©cĂ©dĂ©, outre deux mosquĂ©es mĂ©diĂ©vales, par toute une ville romaine dont on peut voir les impressionnants vestiges du stade (agrĂ©mentĂ©s d’une vidĂ©o de prĂ©sentation-reconstitution) et surtout un thĂ©Ăątre antique, qui a lui seul justifierait le voyage et revient pĂ©riodiquement Ă  sa vocation premiĂšre. Pour faire court, en bordure de mer, on trouve Ă  Varna, entre autres vestiges conservĂ©s par la « perle de la Mer Noire », ses thermes romains monumentaux ; plus au nord le cap de Kaliakra, outre un superbe panorama, prĂ©sente des fortifications romaines du IVe siĂšcle dont le tour permet de se dĂ©gourdir les jambes (euphĂ©misme). On retrouve Rome au bord du Danube, en particulier Ă  Silistra (ex-Durostorum), tant au musĂ©e archĂ©ologique qu’en plein air dans le « Parc du Danube ».

Attelage traditionnel bulgare.

Attelage traditionnel bulgare.

Cette ville nous est particuliĂšrement chĂšre, non seulement pour l’hĂŽtel-restaurant dont la terrasse permet de souper en admirant le soleil se coucher au-dessus du fleuve (et Ă©ventuellement en guettant le bateau ramenant le comte Dracula Ă  son chĂąteau roumain
 (5)), mais parce que c’est le pays natal de Flavius Aetius. N’étant pas certain que l’on continue d’enseigner aux Ă©coliers actuels que celui surnommĂ© « le dernier Romain » a Ă©tĂ© Ă  la tĂȘte de la coalition europĂ©enne d’alors, oĂč « Barbares » germaniques et Gallo-romains ont fait face victorieusement aux « hordes d’Attila » en 451 Ă  la bataille des Champs Catalauniques, je me permets ce rappel (6).

J’abrĂšge la liste des sites visitĂ©s (avouons-le, en plusieurs voyages
), outre ceux encore Ă  visiter, y compris en Croatie et Serbie. Ceci m’ayant entraĂźnĂ© Ă  penser que l’image que l’on nous a donnĂ©e des « Romains de la dĂ©cadence » est peut-ĂȘtre Ă  nuancer. Ou bien n’y avait-il plus que les peuples des frontiĂšres pour dĂ©fendre un trop vaste empire qui pourrissait par la tĂȘte ?

Notes

(1) Titre d’un ouvrage de Jean Paillier, officier supĂ©rieur en retraite, qui a Ă©tĂ© Ă©lĂšve de « Sciences Po » avant de l’ĂȘtre de Saint-Cyr. Il s’agit de la publication commentĂ©e des tĂ©moignages d’observateurs militaires français portant sur les annĂ©es 1875-1876.

(2) «  qui parlent ou ont parlĂ© antĂ©rieurement une langue indo-aryenne originaire de la zone frontiĂšre entre l’Inde et l’Iran, d’oĂč ils ont commencĂ© leur migration vers le Ve siĂšcle » (Grand Larousse encyclopĂ©dique). Certains prĂ©cisent que cette migration a Ă©tĂ© la consĂ©quence d’une expulsion. De mĂȘme les Thraces, dont il sera question plus loin, sont-ils un peuple d’origine indo-europĂ©enne dont on situe gĂ©nĂ©ralement l’apparition Ă  l’ñge du bronze et la disparition en tant que tel avec l’arrivĂ©e des Slaves (VIe siĂšcle).

(3) La premiĂšre guerre balkanique a Ă©tĂ© conclue par le traitĂ© de Londres du 30 mai 1913 : ce n’est pas si loin. Elle a Ă©tĂ© prĂ©cĂ©dĂ©e de nombreuses rĂ©voltes sporadiques, mais c’est l’insurrection dĂ©clenchĂ©e le 20 avril 1876 et sa rĂ©pression qui seront dĂ©terminantes en soulevant l’Europe d’horreur (Victor Hugo : « C’est un peuple qu’on assassine ! »)

(4) Les nostalgiques du romantisme s’y rendront en pĂšlerinage Ă  la « maison Lamartine » sur laquelle une plaque commĂ©morative rappelle le sĂ©jour de l’écrivain en 1833 (de retour en France il publiera Souvenirs, impressions, pensĂ©es et paysages pendant un voyage en Orient).

(5) Cette fois pour les amateurs de Bram Stocker : il fait accoster son sulfureux héros, démasqué en Angleterre, à Varna, avant de remonter le Danube et de rencontrer son destin.

(6) Les Ă©ditions Dualpha ont publiĂ© en 2006 dans leur collection « VĂ©ritĂ©s pour l’Histoire » Aetius le vainqueur d’Attila. L’épopĂ©e du dernier gĂ©nĂ©ral de la Rome antique, de Gilbert Sincyr, prĂ©facĂ© par AndrĂ© Lama.

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