Encore un attentat ! Les chaĂźnes d’information vont immanquablement « meubler » l’antenne en organisant des tables rondes pour dĂ©battre Ă  l’infini des « fondamentaux » diffĂ©renciant l’islam modĂ©rĂ© de son jumeau dĂ©voyĂ©, l’islamisme radical.

Certain « questionnement » des intervenants relĂšverait presque de celui que pourrait nous pondre une poule, aussi curieuse que perplexe, dĂ©couvrant un cure-dents tombĂ© de la poche du fermier. À quoi cela peut-il bien servir ? « Ouachkoun ada ? », « Qu’est-ce que c’est ? » ne manquera pas de s’interroger le brave paysan du bled, quelque part du cĂŽtĂ© de MĂ©dĂ©a, captant par inadvertance l’émission C dans l’air.

Au printemps 1953, Roger LĂ©onard, le gouverneur gĂ©nĂ©ral d’AlgĂ©rie en poste, avait demandĂ© Ă  ses sous-prĂ©fets d’établir un rapport extrĂȘmement dĂ©taillĂ© sur la situation politique et sociale de leur circonscription. Il en rĂ©sulta une synthĂšse qui, Ă  la veille du dĂ©clenchement des Ă©vĂ©nements de novembre 1954, prĂ©sentait scrupuleusement le patchwork politico-religieux concernant les Français de souche nord-africaine.

Cette rĂ©alitĂ© complexe n’allait d’ailleurs pas manquer d’instiller ses subtils poisons dans les chicayas qui devaient diviser trĂšs vite les tenants de la cause indĂ©pendantiste. Ne dĂ©couvrait-on pas dĂ©jĂ  dans la presse de l’époque l’émergence de tel ou tel courant de l’arabisme, du panarabisme, de l’islamisme du panislamisme ? Des chefs de la rĂ©bellion seront mĂȘme exĂ©cutĂ©s sur ordre du FLN pour « berbĂ©risme » (Ould Hamouda et Menguellet en 1956 par exemple).

Pour certains « l’AlgĂ©rie est un pays musulman qui doit promouvoir la religion musulmane. Elle doit s’intĂ©grer dans le Dar el Islam (la maison de l’islam). Sa population, membre de l’Oumma (la communautĂ© universelle des croyants) ne relĂšve que de l’application de la Chari’a (la loi islamique). »

Pour d’autres « l’AlgĂ©rie est un pays arabe. Elle doit se tourner vers les pays du Proche Orient pour devenir une composante de la nation arabe. »

Les BerbĂ©ristes affirment se battre « pour la dĂ©mocratie, la laĂŻcitĂ©, l’indĂ©pendance et pour une AlgĂ©rie strictement algĂ©rienne. »

Fin janvier 1956, alors qu’il se prĂ©pare Ă  quitter l’AlgĂ©rie, Jacques Soustelle souhaiterait voir Abderrhamane FarĂšs lui succĂ©der au gouvernement gĂ©nĂ©ral. Ce dernier, honorĂ© par une telle proposition, la repousse cependant prudemment en des termes qui rĂ©sument parfaitement la situation de la province : « Cela ne marchera jamais parce que s’il est berbĂšre, les Arabes n’en voudront pas ! S’il est arabe, les BerbĂšres n’en voudront pas ! S’il est traditionaliste, les OulĂ©mas n’en voudront pas. Choisissez donc un EuropĂ©en pour vous succĂ©der. »

Le 16 mai 1993, interrogĂ© par Anne Sinclair sur une intĂ©gration française des immigrĂ©s marocains, le roi Hassan II est catĂ©gorique : pour des raisons culturelles, familiales et religieuses, ils ne seront jamais français parce qu’eux-mĂȘmes ne se sentiront jamais français.

Le temps ayant fait son Ɠuvre, quel enseignement peut-on tirer de cette expĂ©rience algĂ©rienne, pour caractĂ©riser aujourd’hui les lignes de forces qui surgissent ne serait-ce qu’à travers l’Eurafrique. Que faut-il entendre lorsque des populations exogĂšnes se rĂ©fĂšrent Ă  une nation arabe, Ă  un Khalifat mondial, Ă  une Charia universelle, Ă  une Oumma planĂ©taire ?

De modestes fonctionnaires français en poste dans le bled et les djebels avaient dĂ©jĂ  rĂ©pondu Ă  la question avant mĂȘme la Toussaint Rouge. Mais hĂ©las, aujourd’hui comme hier, si toute vĂ©ritĂ© n’est pas bonne Ă  dire, elle n’est surtout pas bonne Ă  entendre.

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