« La responsabilité de la guerre de 1914-1918
est largement partagée par tous les parlementaires
qui, en tous pays,
ont votĂ© les crĂ©dits de guerre Ă  l’unanimitĂ© »

 Entretien avec le Dr Bernard Plouvier, auteur de La fin d’un monde. L’An 1914 : la guerre dont tout le monde voulait aux Ă©ditions Dualpha.

(Propos recueillis par Fabrice Dutilleul)

 

Selon vous, la Grande Guerre aurait été la plus inévitable de toutes les guerres ?

Effectivement, pour des raisons Ă©conomiques (en Russie et en Grande-Bretagne), pour des raisons d’impĂ©rialisme territorial (en Russie, en Serbie, en Grande-Bretagne pour ce qui est des colonies), et surtout pour des raisons sociologiques (un peu partout en Europe).

Durant les annĂ©es 1910-14, les jeunes hommes de toutes les classes sociales s’ennuient dans une sociĂ©tĂ© plutĂŽt fermĂ©e, oĂč tout semble prĂ©visible, et n’ont guĂšre d’objection (sauf les anarchistes, mais ils boudent absolument tout !) Ă  une « guerre franche et joyeuse », puisque tous les « spĂ©cialistes » (Ă©conomistes et financiers, gĂ©nĂ©raux et diplomates, mĂȘme prĂȘtres et philosophes) affirment sur tous les tons que, du fait de son coĂ»t prohibitif, une guerre entre États industrialisĂ©s ne peut qu’ĂȘtre courte.

Et les chefs politiques, dans cet ensemble ?

À l’exception de rares bellicistes parmi les politiciens de Londres, de Saint-PĂ©tersbourg et surtout de Belgrade, ils sont tous trĂšs peu enthousiastes, voire pacifistes. Ni le tsar Nicolas II (qui est un imbĂ©cile), ni le sĂ©nile François-Joseph d’Autriche-Hongrie, ni le Kaiser Guillaume II, ni Raymond PoincarĂ© ne sont des foudres de guerre, quoi qu’on en ait dit ensuite. Seuls, d’ailleurs, les deux derniers sont rĂ©ellement intelligents. À Londres, les politiciens sont au service de la ploutocratie, et Ă  Belgrade ce sont de purs aventuriers.

Ni responsables ni coupables, donc à Paris, Vienne ou Berlin ?

Responsables, en faible partie, ils le sont. En tous cas, cette responsabilitĂ© est largement partagĂ©e par tous les parlementaires qui, en tous pays, ont votĂ© les crĂ©dits de guerre Ă  l’unanimitĂ©. Coupables, ils le furent de n’avoir pas suffisamment rĂ©pĂ©tĂ© Ă  leurs opinions publiques les dangers d’une guerre moderne. Mais ces dangers (bien connus depuis la Civil War des USA – la « Guerre de sĂ©cession » – ou la guerre de Mandchourie) Ă©taient minimisĂ©s par tout le monde.

Alors, qui étaient les bellicistes en 1914 ?

De trĂšs nombreux industriels et nĂ©gociants Ă  Saint-PĂ©tersbourg et Moscou ou Ă  Londres. Mais les financiers Ă©taient plutĂŽt pacifistes, alors qu’ils seront des bellicistes enragĂ©s de 1933 Ă  1939. De nombreux gĂ©nĂ©raux et amiraux des États-Majors GĂ©nĂ©raux Ă  Saint-PĂ©tersbourg, Vienne, Londres et Paris
 et, Ă  un moindre degrĂ©, Ă  Berlin, oĂč l’on Ă©tait bien plus hĂ©sitant. Le gouvernement serbe, encouragĂ© par l’ambassadeur et les attachĂ©s militaires russes Ă  Belgrade a volontairement et sciemment mis le feu aux poudres.

Enfin, et surtout, Ă©tait avide d’action brutale la fraction mĂąle et jeune des opinions publiques en tous pays, sauf peut-ĂȘtre en Transleithanie (le royaume de Hongrie). À l’exception de dĂ©licats esthĂštes littĂ©raires, les jeunes ouvriers, paysans et petits-bourgeois avaient conservĂ© de bons souvenirs de leur service militaire. De ce fait, une campagne guerriĂšre d’un trimestre, au plus d’un semestre, ne pouvait que leur apporter ce parfum d’aventures, ce goĂ»t de l’imprĂ©vu que la vie quotidienne Ă©tait bien incapable de leur procurer
 et le cinĂ©ma Ă©tait alors tellement rudimentaire qu’il offrait davantage matiĂšre Ă  rire qu’à rĂȘver.

C’est en cela que la guerre de l’AnnĂ©e 1914, qui marque l’An 1 du XXe siĂšcle, Ă©tait rĂ©ellement inĂ©vitable.

La fin d’un monde. L’An 1914 : la guerre dont tout le monde voulait du Dr Bernard Plouvier, Ă©ditions Dualpha, collection « VĂ©ritĂ©s pour l’Histoire », dirigĂ©e par Philippe Randa, 576 pages, 39 euros.

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Philippe Randa,
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