Henri-Christian Giraud est un garçon opiniĂątre. AprĂšs avoir traitĂ© des relations contre nature entre de Gaulle et Staline pendant la IIe Guerre Mondiale (De Gaulle et les communistes, paru chez Albin Michel en 1988 et 1989), il approfondit ses recherches Ă  partir d’un Ă©vĂ©nement aussi inattendu qu’imprĂ©visible : l’escapade du gĂ©nĂ©ral en Allemagne, le 29 mai 1968.

L’accord secret de Baden-Baden, Henri-Christian Giraud.

L’accord secret de Baden-Baden, Henri-Christian Giraud.

Ce jour-lĂ , certains observateurs ne manquĂšrent pas d’assimiler cette folle Ă©quipĂ©e, Ă  la fuite de Louis XVI, arrĂȘtĂ© inopinĂ©ment Ă  Varennes. Des grincheux souligneront que le roi n’aurait pu disposer, au mieux, que de l’invention des frĂšres Montgolfier, trop rĂ©cente d’ailleurs pour ĂȘtre opĂ©rationnelle, alors que le GĂ©nĂ©ral n’avait qu’à emprunter un quelconque hĂ©licoptĂšre pour gagner Coblence, pardon, Baden-Baden (lapsus rĂ©vĂ©lateur).

Et pourtant ! Si nos distinguĂ©s « politologues » d’alors avaient lu « Vers l’ArmĂ©e de mĂ©tier », ils auraient pu y dĂ©couvrir l’une des clĂ©s de l’opĂ©ration : « La ruse doit ĂȘtre employĂ©e pour faire croire que l’on est oĂč l’on n’est pas, que l’on veut ce que l’on ne veut pas. La surprise, il faut l’organiser, non seulement grĂące au secret observĂ© dans leur propos, ordres et rapports par ceux qui connaissent et dĂ©cident, ou par la dissimulation des prĂ©paratifs, mais aussi sous le couvert d’un Ă©pais voile de tromperie ».

Le recours Ă  ce procĂ©dĂ©, n’aurait dĂ» d’ailleurs surprendre personne eu Ă©gard Ă  ses prĂ©cĂ©dentes mises en Ɠuvre, que ce soit Ă  l’occasion des accords secrets de 1941 et de 1945 entre le chef de la France Libre et Staline (dans le dos des alliĂ©s britanniques et amĂ©ricains, bien Ă©videmment) ou encore lors du traitement du dossier algĂ©rien grĂące auquel de trop rares puristes dĂ©couvrirent la pleine signification du mot « palinodie ».

Lorsque se referme ce livre, on mesure pleinement la richesse et la variĂ©tĂ© des artifices fumigĂšnes gaulliens utilisĂ©s pour masquer une progression aussi tortueuse qu’inavouable aux yeux de ses adversaires plus ou moins affichĂ©s, et bien pis, Ă  ceux de ses fidĂšles les plus sĂ»rs qui s’entĂȘtent Ă  le prendre pour un homme de droite, farouchement anticommuniste.

Contrairement aux idĂ©es reçues, le saut de puce en Bade-Wurtemberg n’avait pas pour but de s’assurer auprĂšs de Massu, de la fidĂ©litĂ© de ses troupes. À la suite de la visite au commandement français Ă  Baden-Baden, du marĂ©chal KotchevoĂŻ, commandant en chef des troupes soviĂ©tiques en Allemagne de l’Est, il s’agissait d’obtenir la confirmation indispensable Ă  la poursuite de la partie de poker menteur entreprise : l’interdiction faite par l’URSS au Parti Communiste Français, de jouer la carte de la rĂ©volution pour abattre le rĂ©gime.

Henri-Christian Giraud en vĂ©ritable mosaĂŻste, assemble mĂ©thodiquement les centaines de dĂ©tails puisĂ©s aux meilleures sources historiques, pour rĂ©aliser une fresque Ă©blouissante sur les relations complices gaullo-soviĂ©tiques. Éblouissante, car il faudrait un bandeau sur les yeux pour ne pas voir cette collusion permanente entre le gĂ©nĂ©ral et Moscou.

DĂ©jĂ  le 13 dĂ©cembre 1942, rencontrant Ă  Londres l’ambassadeur soviĂ©tique MaĂŻski, ne lui avait-il pas confié : « De tout mon cƓur, je souhaite que vous soyez Ă  Berlin avant les AmĂ©ricains ». Inconstant, De Gaulle ? Allons donc


Constance qui conduit d’ailleurs Raymond Aron Ă  Ă©crire : « À aucun moment, le PCF et la CGT n’ont poussĂ© Ă  l’émeute, Ă  aucun moment ils n’ont voulu abattre le pouvoir gaulliste, dont la politique Ă©trangĂšre comble leurs vƓux et qui permet leur investissement progressif de la sociĂ©tĂ© française. »

Une politique Ă©trangĂšre française qui comble les vƓux des communistes
 Comme vous y allez ! Sceptique ? Voyons plutĂŽt la suite


Le 21 aoĂ»t 1968, vingt-quatre divisions des troupes du Pacte de Varsovie entrent en TchĂ©coslovaquie pour y rĂ©tablir l’ordre soviĂ©tique. Le prĂ©sident de la RĂ©publique française qui, Ăšs qualitĂ©s, ne rĂ©agit pas Ă  l’évĂ©nement, confiera trois jours plus tard Ă  Olivier Wormser, l’ambassadeur de France Ă  Moscou : « C’est une querelle entre communistes et aprĂšs tout je m’en bats l’Ɠil. »

Les malheureux praguois auraient Ă©tĂ© ravis de l’entendre. Ils en prendront pourtant conscience en dĂ©couvrant le toast de bienvenue Ă  Vladimir Kiriline, vice-prĂ©sident du Conseil des ministres de l’URSS, portĂ© par le Grand Charles, le 7 janvier 1969 : « C’est donc de grand cƓur, Monsieur le PrĂ©sident, que je lĂšve mon verre en votre honneur [
] en l’honneur de L’Union soviĂ©tique. Je vous demande de trans mettre Ă  MM Brejnev, Kossyguine et Podgorny, le salut de ma haute considĂ©ration et mon cordial souvenir. »

Mais n’était-ce pas lĂ  ce qu’on appelle vulgairement un « renvoi d’ascenseur » ?

Ami Giraud, merci pour cette contribution importante au rĂ©tablissement de la vĂ©ritĂ©, encore qu’il faille la prendre avec des pincettes si l’on en croit la confidence faite par Le GĂ©nĂ©ral Ă  son mĂ©morialiste prĂ©fĂ©ré : « Ah, Peyrefitte, mĂ©fiez-vous de la vĂ©rité ! Moi je feins de feindre pour mieux dissimuler. »

Français, Françaises, vous m’avez compris !

L’accord secret de Baden-Baden, Henri-Christian Giraud, Éditions du Rocher, 577 pages, 24 euros.

EuroLibertĂ©s : toujours mieux vous rĂ©-informer 
 GRÂCE À VOUS !

Ne financez pas le systÚme ! Financez EuroLibertés !

EuroLibertĂ©s rĂ©-informe parce qu’EuroLibertĂ©s est un mĂ©dia qui ne dĂ©pend ni du SystĂšme, ni des banques, ni des lobbies et qui est dĂ©gagĂ© de tout politiquement correct.

Fort d’une audience grandissante avec 60 000 visiteurs uniques par mois, EuroLibertĂ©s est un acteur incontournable de dissection des politiques europĂ©ennes menĂ©es dans les États europĂ©ens membres ou non de l’Union europĂ©enne.

Ne bĂ©nĂ©ficiant d’aucune subvention, Ă  la diffĂ©rence des mĂ©dias du systĂšme, et intĂ©gralement animĂ© par des bĂ©nĂ©voles, EuroLibertĂ©s a nĂ©anmoins un coĂ»t qui englobe les frais de crĂ©ation et d’administration du site, les mailings de promotion et enfin les dĂ©placements indispensables pour la rĂ©alisation d’interviews.

EuroLibertĂ©s est un organe de presse d’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. Chaque don ouvre droit à une dĂ©duction fiscale Ă  hauteur de 66 %. À titre d’exemple, un don de 100 euros offre une dĂ©duction fiscale de 66 euros. Ainsi, votre don ne vous coĂ»te en rĂ©alitĂ© que 34 euros.

Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.

Quatre solutions pour nous soutenir :

1 : Faire un don par virement bancaire

Titulaire du compte (Account Owner) : EURO LIBERTES
Domiciliation : CIC FOUESNANT
IBAN (International Bank Account Number) :
FR76 3004 7140 6700 0202 0390 185
BIC (Bank Identifier Code) : CMCIFRPP

2 : Faire un don par paypal (paiement sécurisé SSL)

Sur le site EuroLibertĂ©s (www.eurolibertes.com), en cliquant, vous serez alors redirigĂ© vers le site de paiement en ligne PayPal. Transaction 100 % sĂ©curisĂ©e.‹ 

3 : Faire un don par chĂšque bancaire Ă  l’ordre d’EuroLibertĂ©s

à retourner à : EuroLibertés
BP 400 35 – 94271 Le Kremlin-BicĂȘtre cedex – France

4 : Faire un don par carte bancaire

Pour cela, téléphonez à Marie-France Marceau au 06 77 60 24  99