Alors que dans les annĂ©es soixante, jeune Ă©tudiant, je cherchais Ă  me faire une religion sur l’ histoire de notre pays entre 1939 et 1945, un de mes maĂźtres de confĂ©rences me conseilla de consulter les travaux d’universitaires Ă©trangers, anglo-saxons de prĂ©fĂ©rence. Dans les amphis de nos facs, l’appellation « politiquement correct d’origine contrĂŽlĂ©e » n’avait pas encore cours mais, de fait, son concept Ă©mergeait doucettement dans l’indiffĂ©rence gĂ©nĂ©rale.

Au fond des locaux techniques des organes de presse et des maisons d’édition, les stations d’épuration des eaux troubles de la IIe guerre mondiale pompaient et filtraient dĂ©jĂ  pour dĂ©verser une information certifiĂ©e potable, hautement recommandĂ©e pour abreuver les nourrissons de l’instruction publique et un cheptel Ă©lectoral anĂ©miĂ© (« Les Français sont des veaux ! »).

Georges Orwell avait dĂ©jĂ  parfaitement dĂ©cryptĂ© ce qu’il appelait le langage idĂ©ologique : « Il est destinĂ© Ă  rendre vraisemblable les mensonges, respectables les meurtres, et Ă  donner l’apparence de la soliditĂ© Ă  ce qui n’est que du vent ».

2018, rien de nouveau sous le soleil, encore que


Le temps ayant fait son Ɠuvre, certains universitaires, contraints et forcĂ©s, admettent qu’il est devenu impossible de glisser les pavĂ©s de faits avĂ©rĂ©s sous le tapis, comme de vulgaires poussiĂšres de l’ histoire. Ils recourent alors Ă  une mĂ©thode de contournement leur permettant de se prĂ©valoir de l’objectivitĂ© qui sied Ă  un historien digne de ce nom. À dĂ©faut de prouver, ils suggĂšrent. Le but est atteint, non pas en frappant la cible en son cƓur, mais en l’abattant par une onde de choc astucieusement provoquĂ©e. L’effet domino en quelque sorte.

Le Juin, marĂ©chal africain que vient de publier l’universitaire Guillaume Denglos met en Ă©vidence ces techniques. Selon ses propres termes, l’auteur s’est efforcĂ© de traiter la biographie d’une personnalitĂ© « dĂ©routante » qui a Ă©tĂ© « tour Ă  tour lyautĂ©en, marĂ©chaliste, gaullien, sympathisant de l’OAS et des intĂ©gristes de la citĂ© catholique ».

Cette Ă©numĂ©ration illustre le procĂ©dĂ© utilisĂ© pour donner du personnage Ă©tudiĂ©, une image suggestive, savamment floutĂ©e. Il s’agit en la circonstance de manipulations lexicales qui consistent Ă  utiliser un mot dont l’acception, voisine du mot juste qu’il conviendrait d’utiliser, instille la confusion.

LyautĂ©en ! Juin vouait, il est vrai, une admiration quasi filiale au marĂ©chal, faisant sien le but de son action : conduire le Maroc vers son indĂ©pendance en le dotant des structures d’un pays moderne tout en tenant compte d’une rĂ©alitĂ© ethno-sociologique lourde de turbulences dĂ©stabilisatrices. Il va sans dire que le contexte international des annĂ©es cinquante n’était plus le mĂȘme que celui du dĂ©but du siĂšcle. C’est pour Guillaume Denglos le moyen de faire de « Juin, un Ă©lĂšve dĂ©voyĂ© de Lyautey ». Ni vu, ni connu, passez muscade ! « DĂ©voyé » tel un fils de famille indigne. Il fallait y penser.

MarĂ©chaliste, un bien gros mot ! Aujourd’hui son amalgame avec le collaborationnisme est devenu inaltĂ©rable, et pourtant. Faut-il rappeler qu’un autre marĂ©chaliste, Maxime Weygand, n’était pas pour autant collaborationniste. Son procĂšs se termina d’ailleurs en 1948 par un non-lieu gĂ©nĂ©ral. Que dire du colonel RĂ©my, rĂ©sistant incontestable, compagnon de la LibĂ©ration, qui osa rapporter la confidence du gĂ©nĂ©ral de Gaulle portant sur la pĂ©riode de l’Occupation : « J’étais l’épĂ©e, PĂ©tain le bouclier ».

Il en va de mĂȘme avec le qualificatif de « gaullien » dont l’emploi, trĂšs subtil, joue sur une confusion quasi subliminale avec le mot « gaulliste » qui qualifie une appartenance Ă  un courant politique. « Gaullien » ne doit s’appliquer qu’à la pensĂ©e du GĂ©nĂ©ral. En quoi d’ailleurs, la pensĂ©e d’Alphonse Juin serait-elle gaullienne ? Cela reste Ă  dĂ©montrer. Gaulliste ? Le marĂ©chal ne l’a jamais Ă©tĂ©. Qu’importe, dans l’esprit d’un lecteur non averti, s’insinue une analogie sournoise avec un retournement de veste des plus pĂ©joratifs.

Sympathisant de l’OAS. LĂ  encore ce fameux amalgame joue Ă  plein. Comprendre les raisons de la rĂ©volte de centurions est une chose, la cautionner en est une autre. Le 22 avril 1961, prenant connaissance du putsch, Juin fait ainsi part de son dĂ©saccord : « Ils sont fous, c’est complĂštement idiot ».

Concernant les Ă©vĂ©nements qui s’ensuivent, Il garde un silence lourd de signification. Mutisme que rien ne viendra troubler. Il est d’ailleurs Ă  noter que nombreux seront les Pieds-noirs qui lui reprocheront son refus de s’engager dans les derniers combats de l’AlgĂ©rie française. Ce n’est qu’une fois scellĂ© le sort de cette derniĂšre, qu’il sortira de sa rĂ©serve pour rĂ©clamer l’amnistie de ses dĂ©fenseurs.

DerniĂšre illustration de cette technique insinuante, le traitement infligĂ© Ă  la CitĂ© Catholique. Cette Ɠuvre est toujours restĂ©e fidĂšle Ă  Rome. Elle a d’ailleurs refusĂ© de s’engager derriĂšre Monseigneur LefĂšbvre et les authentiques mouvements intĂ©gristes. NĂ©anmoins le fielleux lapsus permet de coller dans le dos de Juin, tel un « poisson d’avril », une Ă©tiquette qui se veut infamante, alors qu’on pourrait tout au plus le qualifier de traditionaliste.

En appliquant pareille mĂ©thode au gĂ©nĂ©ral de Gaulle on serait en droit de qualifier de « dĂ©routante » sa personnalitĂ©. N’a-t-il pas Ă©tĂ©, eu Ă©gard Ă  ses affinitĂ©s intellectuelles et Ă  son parcours politique, tour Ă  tour monarchiste, maurrassien, marĂ©chaliste, rebelle (ce que Juin, officier rĂ©publicain, a toujours refusĂ© d’ĂȘtre) sympathisant des SoviĂ©tiques, partisan prĂ©tendu de l’AlgĂ©rie française et catholique traditionaliste. Cocasse, non ?

C’est certainement ce qu’on appelle une drîle d’histoire.

Juin, marechal africain, Guillaume Denglos, Belin, 464 Pages 26,00 € )

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