Fils d’avocat, Jacques Necker (1732-1804) devient en 1756 l’associé de la banque genevoise Vernet-Théllusson, chargé de la direction de son agence de Paris. Il épouse en 1764 une fille de pasteur, Suzanne Curchod, un bas-bleu qui passera sa vie dans l’admiration de son époux et fera de son salon une officine de propagande neckérienne. Leur fille unique, Germaine, passera à la postérité sous le nom d’un mari épousé pour son titre : le baron Éric de Staël-Holstein.

En 1768, Necker est nommé « résident de Genève » (soit, à l’époque, l’équivalent d’un ambassadeur, sans le titre, et d’un consul) à Paris. Il est le syndic de la Compagnie des Indes, ce qui participe encore à son fabuleux enrichissement : durant les années 1780, les millions de la dot de la plantureuse Germaine deviendront un objet de convoitise.

En 1773, il publie un éloge de Colbert fort conventionnel : il vante les avantages d’une politique d’exportations et de limitation des importations. En 1775, son Traité sur la législation et le commerce des grains est une attaque en règle contre la politique de Turgot.

Après l’échec de l’expérience Turgot, favorisé par la Guerre des farines, organisée par le prince de Conti et ses amis, Necker devient Directeur du Trésor royal (le 12 novembre 1776), puis Directeur-général des Finances (en juin 1777), ne pouvant accéder au poste de Contrôleur-général en raison de son calvinisme.

Sa politique se résume à quelques économies de détail (déjà envisagées par Turgot) et surtout à lancer des emprunts à long terme, obtenus de l’épargne française et suisse… emprunts ruineux pour l’État et très profitables aux emprunteurs. C’est ainsi qu’est financée la guerre d’indépendance américaine, qui est une perte sèche pour le Trésor français. Necker reprend à son compte l’idée de Turgot de créer des assemblées provinciales, ce qui favorise l’éclosion du parlementarisme à l’anglaise.

Au début de 1781, il publie son Compte-rendu au roi, soit les grandes lignes du budget de l’État pour l’année à venir – traditionnellement, cette prévision est rédigée pour le monarque et lui seul : cette publication est une insulte au principe même de la monarchie absolue. C’est également un plaidoyer pro domo, car l’honnête banquier truque ses chiffres, minimisant la Dette (qui est en partie due à ses emprunts) et la prévision des dépenses. Le livre est un best-seller, mais occasionne son renvoi, en mai.

En 1784, il récidive avec le Traité de l’administration des Finances de la France, destiné à saboter l’œuvre de réforme de Charles de Calonne, qui a dénoncé les mensonges de son « conte bleu » de 1781.

En désespoir de cause, après la fronde des privilégiés de 1787, Louis XVI le nomme, en août 1788, Directeur des Finances et ministre d’État. Necker fait approuver par le roi le principe de la double représentation du Tiers-État aux États Généraux, sans que soit tranchée la question essentielle du type de vote : par tête ou par Ordre. Necker est acclamé comme un « sauveur » et un « génie financier »… il n’est ni l’un ni l’autre, n’étant qu’un banquier préoccupé des intérêts des épargnants et des siens propres.

Son discours d’ouverture des États Généraux surprend ses admirateurs fanatiques : ce gros homme auto-satisfait distribue des lieux communs, des conseils de prudence et présente un programme de réformes fiscales identique à celui de Calonne ! Comprenant qu’il a été dupé et que les États Généraux se transforment en une assemblée de contestation politique, Louis XVI congédie Necker le 11 juillet, ce qui provoque un effondrement des cours à la Bourse de Paris (ils s’étaient envolés depuis la fin du mois de juin).

Divers banquiers, dirigés par le calviniste Étienne Delessert, s’abouchent avec les coteries des ducs d’Orléans et d’Aiguillon qui ont montré au printemps qu’elles savaient agiter les foules parisiennes. Les massacres du 14 juillet aboutissent au rappel du « Père du peuple », le 16, nanti du titre inédit de « Ministre du roi » (soit la fonction de Premier ministre).

Or, l’homme est toujours aussi nul ! Il est inapte à calmer l’agitation des membres très ambitieux de l’assemblée et ne sait rien faire d’autre que lancer de nouveaux emprunts, à des taux de plus en plus élevés. Honoré de Mirabeau, qui convoite sa place, et les plus excités des membres du Club Breton (bientôt appelés « Jacobins ») l’attaquent ouvertement : dès la fin du mois d’août 1789, il n’a plus aucun prestige et démissionne dans l’indifférence générale, le 4 septembre 1790. Il se replie prudemment en Suisse.

Veuf en 1794, il publie une apologie du divorce,  présentée comme un hommage à son épouse. Ses Considérations sur le divorce en disent long sur les relations au sein de son couple. En cette même année, il fait paraître un verbeux plaidoyer pour la monarchie constitutionnelle, intitulé : De la Révolution française, qui est en fait une apologie… de Necker.

En janvier 1798, lors de l’invasion du Pays de Vaud (alors rattaché au canton de Berne) par les troupes françaises, les membres du Directoire ordonnent de ne toucher ni à sa personne ni à ses énormes biens fonciers, acquis en 1783. L’été de 1800, à l’issue de leur unique rencontre, Bonaparte le trouve « lourd et nul ». En 1804, il meurt, pleuré uniquement par sa fille.

En 1807, Napoléon Ier a dit : « Robespierre, Marat et Danton ont fait moins de mal à la France que monsieur Necker ». Le jugement n’est pas mauvais : le gros banquier prétentieux a cru que des manipulations financières suffisaient pour gouverner l’État. On a rejoué le même scénario à plusieurs reprises depuis lors.

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