Les grandes invasions commencĂšrent dans la nuit du 31 dĂ©cembre au 1er janvier 406, lorsque les barbares franchirent le Rhin pris par les glaces. On a ainsi l’impression que les peuples germaniques, massĂ©s sur la rive droite du fleuve, n’attendaient que l’occasion de dĂ©ferler sur la malheureuse Gaule. Or, le franchissement du Rhin a bien Ă©tĂ© le dĂ©but des grandes invasions en Gaule, mais la Gaule n’était pas tout l’empire.

Les envahisseurs Ă©taient des peuples germaniques, certes. Mais dire qu’ils venaient de Germanie est un abus de langage. Malet dit que les Germains « occupaient le pays entre le Rhin et le Danube Ă  l’ouest et au sud, la Vistule et la Baltique Ă  l’est et au nord, soit aujourd’hui l’Allemagne, le Danemark, l’Autriche et une partie de la Hongrie ». Autrement dit, le territoire des empires centraux de 1914 ! La Russie, alliĂ©e du moment, n’est pas citĂ©e
 Il dĂ©crit un pays « couvert de forĂȘts, coupĂ© de marĂ©cages ». C’est donner Ă  cette contrĂ©e imaginaire, au peuplement clairsemĂ©, une unitĂ© qu’elle n’a pas. Ces peuples, qui habitaient des rĂ©gions fort Ă©loignĂ©es les unes des autres, se comportĂšrent de maniĂšres trĂšs diverses.

Les Goths venaient Ă  l’origine de Scandinavie, mais ils s’étaient Ă©tablis au bord de la mer Noire, dans l’Ukraine actuelle. C’est avec eux que les grandes invasions dĂ©butĂšrent en 376, lorsque les Ostrogoths franchirent non pas le Rhin, mais le Danube, avec la permission de l’empereur Valens. Quant aux Wisigoths, ils longĂšrent la mer Noire, puis la MĂ©diterranĂ©e, jusqu’en Provence, avant de constituer un royaume qui allait de La Rochelle Ă  TolĂšde, en passant par Toulouse. Les Lombards, venus de la Baltique, Ă©taient eux aussi originaires de Scandinavie, et ils aboutirent dans le nord de l’Italie.

Les Vandales et les SuĂšves Ă©taient Ă©tablis entre l’Oder et la Vistule. Les SuĂšves parvinrent en Italie, mais ils furent exterminĂ©s. Quant aux Vandales, ils ne firent que traverser la Gaule, puis l’Espagne, pour gagner l’Afrique et s’établir en Tunisie. Mais les Burgondes, qui venaient de la mĂȘme rĂ©gion, s’établirent en Gaule, oĂč ils se constituĂšrent un royaume qui a donnĂ© son nom Ă  la Bourgogne. Les Alains, eux, venaient de Russie. Les Francs Ă©taient Ă©tablis en RhĂ©nanie, mais, au lieu de dĂ©ferler, ils se contentĂšrent de s’étendre peu Ă  peu vers le sud, ce qu’ils avaient commencĂ© Ă  faire dĂšs le milieu du IIIe siĂšcle, quand la frontiĂšre de l’empire fut ramenĂ©e sur le Rhin. Les Alamans, venus de BaviĂšre, franchirent le fleuve pour s’établir en Alsace, mais n’allĂšrent pas plus loin.

Enfin les Jutes, les Angles et les Saxons, venus du Jutland, du Schleswig et du Holstein, quittĂšrent le continent pour envahir la Bretagne, de l’autre cĂŽtĂ© de la Manche, tandis que les Bretons insulaires, fuyant devant eux, gagnĂšrent la Bretagne pĂ©ninsulaire, oĂč ils s’acclimatĂšrent parfaitement car c’est lĂ  que les peuples celtiques avaient Ă©tĂ© le moins romanisĂ©s.

Quand on raconte l’histoire de France sans tenir compte de ce qui se passe dans l’ensemble de l’Europe, le rĂ©sultat est tendancieux. En l’occurrence, les tentatives de faire ressembler les barbares germains Ă  l’ennemi hĂ©rĂ©ditaire qu’on s’apprĂȘtait Ă  combattre lors de la « grande revanche » sont risibles. Ils ne ressemblaient mĂȘme pas aux Germains dont parle CĂ©sar, lesquels, quoique Ă©tablis de l’autre cĂŽtĂ© du Rhin, sont dĂ©crits comme en tout point semblables aux Celtes.

Cette chronique de l’abominable histoire de France a Ă©tĂ© diffusĂ©e sur Radio LibertĂ©s dans l’émission « SynthĂšse ».

Vous avez aimé cet article ?

EuroLibertĂ©s n’est pas qu’un simple blog qui pourra se contenter ad vitam aeternam de bonnes volontĂ©s aussi dĂ©vouĂ©es soient elles
 Sa promotion, son dĂ©veloppement, sa gestion, les contacts avec les auteurs nĂ©cessitent une Ă©quipe de collaborateurs compĂ©tents et disponibles et donc des ressources financiĂšres, mĂȘme si EuroLibertĂ©s n’a pas de vocation commerciale
 C’est pourquoi, je lance un appel Ă  nos lecteurs : NOUS AVONS BESOIN DE VOUS DÈS MAINTENANT car je doute que George Soros, David Rockefeller, la Carnegie Corporation, la Fondation Ford et autres Goldman-Sachs ne soient prĂȘts Ă  nous aider ; il faut dire qu’ils sont trĂšs sollicitĂ©s par les medias institutionnels
 et, comment dire, j’ai comme l’impression qu’EuroLibertĂ©s et eux, c’est assez incompatible !
 En revanche, avec vous, chers lecteurs, je prends le pari contraire ! Trois solutions pour nous soutenir : cliquez ici.

Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.

A propos de l'auteur

Pierre de Laubier

Actuellement professeur d’histoire dans des collĂšges libres, Pierre de Laubier est l’auteur de "L’Aristoloche", journal instructif et satirique paraissant quand il veut, et il rĂ©dige les blogues Chronique de l’école privĂ©e
 de libertĂ© et "L’Abominable histoire de France", ce dernier tirĂ© de ses chroniques radiophoniques sur "Radio LibertĂ©s" oĂč il est un chroniqueur de l’émission "SynthĂšse", animĂ©e par Roland HĂ©lie et Philippe Randa.

Articles similaires