« (Au XXe siÚcle)
je me refuse à parler de réhabilitation
de l’ArmĂ©e française.
Car, je ne crois nullement qu’elle ait failli.
Et je le démontre !  »

 

Entretien avec le colonel Roger Cunibile,  officier de la LĂ©gion d’honneur, croix de guerre 1939-1945, croix de guerre des TOE, croix de la Valeur militaire, officier de l’ordre du Nichan El Anouar dĂ©cĂ©dĂ©Ă  l’Ăąge de 98 ans, auteur de De l’ennemi vert-de-gris Ă  l’ennemi rouge et de Dans la tourmente de la Guerre d’AlgĂ©rie (Ă©ditions Dualpha).

Propos recueillis par Fabrice Dutilleul.

 

Vous ĂȘtes un des derniers acteurs des trois plus grandes guerres du XXe SiĂšcle : 1939-1945, l’Indochine, l’AlgĂ©rie. À ce titre, qu’apporte de nouveau votre tĂ©moignage ?

Je suis un tĂ©moin de notre Histoire durant 8/10e du XXe siĂšcle et dĂ©jĂ  1/10e de ce XXIe siĂšcle. Y ayant eu un rĂŽle actif durant plus d’un quart de siĂšcle : 42 ans au service de la Patrie dont 25 ans dans l’ArmĂ©e active, j’ai rĂ©digĂ© mes MĂ©moires car, j’ai vu, entendu, rĂ©alisĂ©, et dĂ» faire face de maniĂšre impromptue et imprĂ©visible Ă  des situations souvent dramatiques, voire tragiques, et parfois cocasses, c’est vrai. Quelques-uns de mes amis, officiers supĂ©rieurs eux aussi, mais plus jeunes, qui ont pu lire mes Ă©crits, m’ont fait part de leur Ă©tonnement et m’ont amicalement pressĂ© de les Ă©diter, ce que Philippe Randa a bien voulu faire. Je prĂ©cise que j’ai laissĂ© subsister, par endroits, le rĂŽle actif et psychologique fort essentiel de mon Ă©pouse en certaines situations notamment aux Affaires IndigĂšnes du Maroc, afin de faire comprendre que la vie aventureuse et risquĂ©e du militaire Ă©tait souvent aussi celle des Ă©pouses, et mĂȘme hĂ©las, parfois de leurs enfants. Certes, mon cas n’était pas unique, c’était celui du plus grand nombre d’Officiers A.I. et A.A. en postes isolĂ©s, et j’ai voulu ainsi leur rendre un hommage hautement mĂ©ritĂ©. En somme, j’ai voulu « tĂ©moigner ».

Pensez-vous que ces conflits auraient pu ĂȘtre gĂ©rĂ©s autrement et Ă©viter des centaines de  milliers de morts français ?

Oui, je le pense. Je reste persuadĂ© que tous nos gouvernants (de toutes nos RĂ©publiques, d’ailleurs), pĂȘchent par manque d’autoritĂ©. Je sais que ce mot fait hurler et crier Ă  la dictature. Qu’importe. C’est le laxisme du systĂšme qui vicie la beautĂ© de la dĂ©mocratie. La LibertĂ© ? Certes, oui. Mais il conviendrait tout de mĂȘme que nos parlementaires aient le courage de poser des limites afin que la dĂ©mocratie ne se mue pas (excusez le nĂ©ologisme incongru), en « bordelocratie ». Pour nos gouvernants, « prĂ©voir » les tempĂȘtes nationales et internationales semble toujours impossible et, mĂȘme dans le cas oĂč ils sont avertis, ils pataugent et temporisent avant de prendre des dĂ©cisions protectrices, alors mĂȘme que la situation est dĂ©jĂ  gravissime. Or, pour des gens qui sont Ă©lus, il est certes toujours inquiĂ©tant de prendre de tels risques pour leur carriĂšre. Qui avait prĂ©vu et donc pris des dĂ©cisions de protection urgente avant 1939 ? Je me souviens qu’en 1940, chef d’une section de canons de 25 mm au 26e RI de Nancy (prĂšs de la frontiĂšre, si je ne m’abuse ?), j’étais « hippomobile » alors que nos vis-Ă -vis, eux, Ă©taient hautement motorisĂ©s. Nous faisions une guerre du XIXe siĂšcle.

Qui avait pensĂ© et pris des mesures prĂ©ventives face au phĂ©nomĂšne de la dĂ©colonisation et la montĂ©e des revendications indĂ©pendantistes ? En Indochine, nous Ă©tions sous-armĂ©s, avec les vieilles armes de la guerre de 1914-1918 ! LĂ  aussi, n’aurait-on pu trouver des solutions Ă©vitant les guerres et nous conservant la coopĂ©ration et l’amitiĂ© des peuples ? L’ex-Empire français n’eut peut-ĂȘtre pas disparu alors aussi stupidement et tragiquement.

Quelles leçons tirez-vous de votre engagement personnel ?

Je pense qu’il est absolument indispensable que notre ArmĂ©e ne soit pas rĂ©duite Ă  quelques UnitĂ©s de mercenaires engagĂ©s, dĂ©volus Ă  un rĂŽle de parade et d’interventions de petite envergure ici oĂč lĂ , en Opex, sans ressources arriĂšres. Évidemment, c’est une question de finances, me direz-vous. Je le conçois. Mais croit-on sincĂšrement que la paix actuelle est Ă  durĂ©e illimitĂ©e ? Personnellement, je ne le pense pas. Nous risquons encore (hĂ©las) des conflits majeurs. Or, on n’envoie pas Ă  la guerre, dans la prĂ©cipitation et l’improvisation, des hommes (et femmes) recrutĂ©s dans l’urgence et sans une instruction militaire de base. Comme nous avons bĂȘtement supprimĂ© la conscription qui constituait par ailleurs une excellente occasion d’amalgame de tous nos jeunes, nous n’aurons qu’un recrutement d’engagĂ©s. Je crains que ceux-ci deviennent de moins en moins nombreux, Ă©tant donnĂ© le peu d’esprit civique et le sens patriotique quasi nul de la jeunesse actuelle. Et cela ne peut aller, me semble-t-il, qu’en dĂ©clinant. Seule une loi d’obligation au service militaire doit ĂȘtre rĂ©tablie.

En second lieu, modernisons sans cesse l’armement de nos troupes. Le courage des hommes, c’est bien. Mais il convient de ne pas le substituer Ă  une infĂ©rioritĂ© quelconque d’armement face Ă  un adversaire quel qu’il soit. Nous revenons ainsi d’office au binĂŽme constant : PrĂ©voir et s’armer en consĂ©quence humainement et matĂ©riellement.

Pensez-vous avoir fait un « devoir de mĂ©moire » pour rĂ©habiliter l’ArmĂ©e française, trop souvent calomniĂ©e ?

Il y a (c’est dĂ©cidĂ©ment une manie française) deux catĂ©gories sociales qui ont Ă©tĂ© sans cesse vilipendĂ©es : les colons et l’armĂ©e. Deux mots seulement, s’agissant des colons. J’ai vĂ©cu Ă  leur contact. On n’imagine pas, en France, ce qu’il a fallu de courage, volontĂ© et abnĂ©gation Ă  ces gens-lĂ  pour rĂ©aliser des domaines agricoles d’une importance totale telle (pour l’AlgĂ©rie) que ce pays, qui crevait de faim avant l’arrivĂ©e des Français, avait atteint une auto-suffisance alimentaire qu’il a de nouveau perdue depuis notre dĂ©part. Certes il y a sans doute eu des cas, Ă©videmment rĂ©prĂ©hensibles, de colons ayant « fait suer le burnous ». Mais la majoritĂ© d’entre eux n’avait que des propriĂ©tĂ©s nĂ©cessairement plus grandes qu’en France pour un rapport identique. Et ceux qui avaient d’immenses domaines (j’ai citĂ© le cas de l’un d’entre eux avec 550 hectares d’un seul tenant), ils construisirent des hameaux pour loger convenablement leurs ouvriers aux lieux et places de leurs « khaĂŻmas » sales et malsaines. Ils vivaient aussi sur le domaine. Je n’ai pas manquĂ© de leur rendre justice.

S’agissant de l’ArmĂ©e française, je ne pense pas qu’il faille employer le verbe « rĂ©habiliter ». L’armĂ©e n’a pas failli. Elle a combattu, certes, mais Ă©lĂ©mentairement, on ne fait pas face Ă  un ennemi avec des fleurs. Il est facile pour les salonnards, loin du champ d’action, de critiquer sans avoir la moindre notion des conditions de vie, des fatigues, risques constants du soldat en opĂ©rations. Qu’il y ait eu de-ci, de-lĂ , des bavures, c’est possible et rĂ©prĂ©hensible. Mais dans toutes les catĂ©gories de la sociĂ©tĂ© il y a bien des individualitĂ©s non sociables. Pourquoi, ferait-on porter les fautes de quelques individus dĂ©voyĂ©s en les amplifiant Ă  l’échelle de l’ArmĂ©e ? Non ! Je me refuse Ă  parler de rĂ©habilitation de l’ArmĂ©e française. Car, je ne crois nullement qu’elle ait failli. Et je le dĂ©montre ! En conclusion, oui, je pense et espĂšre avoir rempli un « Devoir de mĂ©moire ».

De l’ennemi vert-de-gris Ă  l’ennemi rouge , 478 pages, 35 euros et Dans la tourmente de l’ AlgĂ©rie en guerre (tome II: 1951-1962), 460 pages, 35 euros du Colonel (h) Roger Cunibile, Ă©ditions Dualpha, collection « VĂ©ritĂ©s pour l’ Histoire », dirigĂ©e par Philippe Randa. Pour commander ces deux livres, cliquez ici (volume 1) et ici (volume 2).

De l’ennemi vert-de-gris Ă  l’ennemi rouge, Roger Cunibile, (Ă©ditions Dualpha).

De l’ennemi vert-de-gris Ă  l’ennemi rouge, Roger Cunibile, (Ă©ditions Dualpha).

Dans la tourmente de la Guerre d’AlgĂ©rie, Roger Cunibile, (Ă©ditions Dualpha).

Dans la tourmente de la Guerre d’AlgĂ©rie, Roger Cunibile, (Ă©ditions Dualpha).

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