Tout ce que nous avons dit Ă  propos des Francs qui prĂ©cĂ©dĂšrent Clovis est attestĂ©, et on ne le raconte jamais. Tandis qu’à peu prĂšs tout ce qu’on raconte de lui est lĂ©gendaire, et on le rĂ©pĂšte sans cesse.

Clovis le barbare

Clovis le barbare

Pourquoi ? Certes, les gĂ©nĂ©raux francs qui avaient combattu pour l’empire et mariĂ© leur fille Ă  l’empereur avaient quittĂ© la Gaule. Mais d’autres y Ă©taient restĂ©s. Entre eux et Clovis, il s’est toutefois Ă©coulĂ© un siĂšcle au cours duquel les Francs furent Ă©clipsĂ©s, entre autres raisons parce qu’ils Ă©taient paĂŻens. On fait donc commencer l’histoire de Clovis avec les grandes invasions, sans se soucier de ses glorieux cousins dont on devrait pourtant se flatter


En 406, les Francs ne dĂ©ferlĂšrent pas sur la Gaule mais, profitant du dĂ©sordre dĂ» Ă  la rupture du limes, ils se dĂ©placĂšrent peu Ă  peu vers le sud : les Francs ripuaires occupaient les bassins de la Moselle et de la Meuse, tandis que les Francs saliens s’avancĂšrent jusqu’à la Somme aprĂšs avoir pris Tournai et Cambrai (qui, soit dit en passant, Ă©taient en Gaule). Mais, dĂšs 409, ils prenaient part Ă  la dĂ©fense du limes.

On ne sait pas grand-chose de MĂ©rovĂ©e, grand-pĂšre de Clovis, chef d’une tribu des Francs saliens, les Sicambres. Mais avant d’en venir au petit-fils, intĂ©ressons-nous au fils : ChildĂ©ric. Ce n’était pas n’importe qui, puisqu’il avait Ă©tĂ© l’un des meilleurs lieutenants d’Aetius. Au service de l’empire, donc.

En 481, Clovis, fils de ChildĂ©ric, devint Ă  son tour roi des Sicambres. Or, le gĂ©nĂ©ral romain Syagrius avait profitĂ© de la mise Ă  l’écart de Romulus Augustule pour se proclamer roi. Clovis se dĂ©clara alors vengeur de l’autoritĂ© impĂ©riale, toujours reprĂ©sentĂ©e par l’empereur de Constantinople, et vainquit Syagrius en 486. Ce qui restait de l’armĂ©e romaine passa alors sous ses ordres, et les villes se ralliĂšrent Ă  lui.

Paris lui ouvrit ses portes et il y Ă©tablit sa rĂ©sidence principale. Pas n’importe oĂč : dans le palais de l’empereur Julien. C’est en tant que reprĂ©sentant de l’autoritĂ© impĂ©riale qu’il lui revint de dĂ©fendre le pays contre une invasion des Alamans. Cela n’avait rien d’une guerre tribale : c’est en tant que gĂ©nĂ©ral de l’empire qu’il remporta la victoire de Tolbiac, prĂšs de Cologne, en 496. La lĂ©gende dit qu’au cours de la bataille, il s’écria : « Dieu de Clotilde, si tu me donnes la victoire, je me ferai baptiser ! » Ce qu’il faut retenir, c’est que cette lĂ©gende est calquĂ©e sur celle qu’on rapporte de Constantin Ă  la bataille du pont Milvius, en 312. Une banniĂšre ornĂ©e d’une croix lui Ă©tait apparue, accompagnĂ©e des mots : « In hoc signo vinces. »

AprĂšs sa victoire sur Alaric II prĂšs de VouillĂ©, en 507, Clovis reçut de l’empereur d’Orient les insignes de patrice et de consul, qui consacraient son rĂŽle de dĂ©lĂ©guĂ© civil et militaire de l’empire. À sa mort, son royaume s’étendait des PyrĂ©nĂ©es jusque bien au-delĂ  du Rhin. Pas mal, pour le barbare hirsute, couvert de peaux de bĂȘtes, que l’imagerie nous montre Ă©levĂ© sur le pavois par des guerriers braillards, sur fond de huttes de bois perdues dans des forĂȘts sauvages.

On a voulu faire de Clovis un nouveau VercingĂ©torix, un hĂ©ros bien de chez nous, moustachu comme un paysan auvergnat. Rien de plus faux. Clovis fut Ă©levĂ© sur le pavois, mais l’empereur Julien, lui aussi, l’avait Ă©tĂ© en 355, parce que cette coutume germanique (ou celte) Ă©tait devenue partie intĂ©grante des rites de l’empire.

Les chroniques de Pierre de Laubier sur l’« Abominable histoire de France » sont diffusĂ©es chaque semaine dans l’émission « SynthĂšse » sur Radio LibertĂ©s.

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