ProfondĂ©ment rĂ©publicain mais impatient, Clemenceau est pressĂ© que la RĂ©publique devienne rĂ©ellement
 une RĂ©publique. Il dĂ©clare et dĂ©plore plusieurs fois dans les annĂ©es 1870 : « Le rĂ©gime actuel consiste en une RĂ©publique nominale entourĂ©e d’institutions monarchiques ». Ces amis, qui considĂšrent pareillement que les choses avancent trop lentement, disent mĂȘme : « Que la RĂ©publique Ă©tait belle sous l’Empire ! ».

Clemenceau,Michel Winock (Perrin).

Clemenceau,Michel Winock (Perrin).

Clemenceau eut de nombreux adversaires politiques. Nous en retenons principalement deux : Gambetta et Ferry. Leurs diffĂ©rends illustrent parfaitement les oppositions de l’époque. Clemenceau attaque son ancien compagnon de route Gambetta, parce qu’il le trouve lent dans la conduite des affaires, timide voire modĂ©rĂ©. Gambetta et ses partisans sont taxĂ©s d’opportunisme.

Voici la dĂ©fense que prĂ©sente Gambetta Ă  ses dĂ©tracteurs : « Cette politique, on l’a appelĂ©e d’un nom mal fait, d’un vĂ©ritable barbarisme. Pour une chose mal conçue, il fallait un mot mal conçu : on l’a appelĂ©e opportunisme. Si ce barbarisme signifie politique avisĂ©e, ne laissant jamais passer l’heure propice, les circonstances favorables, mais ne sacrifiant rien, ni au hasard, ni Ă  l’esprit de violence, on pourra tant qu’on voudra appliquer Ă  cette politique une Ă©pithĂšte mal sonnante, et mĂȘme inintelligible, mais je dirai que je n’en connais pas d’autres, car c’est la politique de la raison, et j’ajouterai que c’est la politique du succĂšs ».

Et Winock insiste sur un point prĂ©cis au sujet de Gambetta : « sa rĂ©ussite est l’instauration et la consolidation de la RĂ©publique, qui a permis Ă  la bourgeoisie de laisser de cĂŽtĂ© ses frayeurs, et de ne plus confondre le rĂ©gime rĂ©publicain avec barricades et incendies ». Une fois arrivĂ© au pouvoir, Clemenceau, Ă  l’instar de Gambetta, subira des critiques de la part de certains anciens amis et d’autres lui voueront mĂȘme une haine fĂ©roce (3).

Clemenceau comprendra, à ses dépens, la réalité de gouverner.

Pour Jules Ferry, Clemenceau est un homme dangereux, un exagĂ©rĂ© comme on disait sous la RĂ©volution en 1793. Selon Clemenceau, Ferry se prĂ©sente comme un conservateur. Son jugement date du siĂšge de Paris. L’un rĂ©clamait une solution pacifique, l’autre entendait la rĂ©gler Ă  coups de canon. Entre les deux, il ne pouvait y avoir d’entente. L’antagonisme Ă©tait trop fort, d’un cĂŽtĂ© le radicalisme, de l’autre l’opportunisme, comprendre l’impatience de la rĂ©vision constitutionnelle contre la prudence du rĂ©publicanisme modĂ©rĂ©. Pourtant les deux sont des laĂŻcards, mais Clemenceau veut hĂąter la laĂŻcisation du pays. Clemenceau et ses amis attaquent encore et toujours Ferry pour sa lenteur dans la conduite des affaires politiques. De plus, Clemenceau refuse toute forme d’impĂ©rialisme français, comprendre le colonialisme. Il rĂ©fute la thĂšse de Ferry qui expliquait que les races supĂ©rieures devaient Ă©duquer et civiliser les races infĂ©rieures, en Ă©voquant le bouddhisme, le confucianisme, la civilisation indienne et chinoise. Ferry finit par dĂ©missionner suite Ă  l’affaire du Tonkin
 Clemenceau avait encore rĂ©ussi Ă  faire tomber un adversaire politique.

Clemenceau continue sa carriĂšre, qui le voit devenir Ministre de l’IntĂ©rieur en 1906. Il dit Ă  ce sujet non sans ironie : « Je suis le premier des flics ».

La mĂȘme annĂ©e, le pays est frappĂ© par des violentes grĂšves, dont certaines sont insurrectionnelles. Winock dĂ©crit parfaitement tous les procĂ©dĂ©s (arrestations, rĂ©vocations et limogeages des fonctionnaires jugĂ©s par le rĂ©gime incompĂ©tents, attaques par voies de presse, division des grĂ©vistes) par lesquels Clemenceau devient « le briseur de grĂšves ». Une partie de la gauche et toute l’extrĂȘme gauche voient en lui un partisan de l’ordre et donc un ennemi. Le fait de casser les grĂšves marque le dĂ©but du divorce entre Clemenceau et la gauche socialiste, rĂ©volutionnaire et syndicaliste, qui lui reproche ses actions politiques « anti-ouvriĂšres ». Par la suite, il devient prĂ©sident du Conseil. Il dĂ©clare vouloir accomplir la rĂ©alisation de la loi sur les retraites ouvriĂšres, la loi sur les dix heures quotidiennes, amĂ©liorer la loi Waldeck-Rousseau sur les syndicats, racheter la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest en faillite, intervenir dans le contrĂŽle de la sĂ©curitĂ© dans les mines avec possibilitĂ© de rachat des compagnies houillĂšres par l’État ou les particuliers, prĂ©parer un projet de loi sur l’impĂŽt sur le revenu
 Ce gouvernement ne chĂŽme pas.

Sa grande affaire, comme chacun sait, reste l’application stricte de la loi de sĂ©paration des Églises et de l’État. Cet acte rĂ©publicain fut fermement condamnĂ© par Pie X dans l’encyclique Vehementer nos (4).

Maurice Allard attaque ouvertement le gouvernement, car il considĂšre – lui aussi – que la mise en place de cette loi se montre beaucoup trop longue. Aristide Briand lui rĂ©torque que « la loi de sĂ©paration est une loi d’apaisement », que l’état laĂŻc « n’est pas antireligieux » mais areligieux ».

Allard avait dit : « la religion n’est que la caricature de la philosophie » ; « ce que nous poursuivons, c’est la lutte contre l’Église qui est un danger politique et un danger social » ; « le christianisme est un obstacle permanent au dĂ©veloppement social de la RĂ©publique et Ă  tout progrĂšs vers la civilisation. »

Il pensait mĂȘme que l’éclatement de l’Église catholique en plusieurs mouvements schismatiques, devait rĂ©duire son influence sur la sociĂ©tĂ©, ce Ă  quoi JaurĂšs le socialiste lui a rĂ©pondu : « La France n’est pas schismatique mais rĂ©volutionnaire  ».

Comme quoi, la France, fille aĂźnĂ©e de l’Église ce n’est pas rien, mĂȘme pour certains socialistes. Cependant la suite des Ă©vĂ©nements, avec les Inventaires, contredisent les affirmations de Briand sur cette loi d’apaisement. Les esprits s’échauffent, les catholiques rĂ©sistent, s’arment et refusent que les fonctionnaires commis d’office entrent dans les lieux saints pour accomplir leurs missions. La force armĂ©e est employĂ©e mais la situation reste conflictuelle. Un mort Ă  Boeschepe, dans le Nord, lors d’un inventaire met le gouvernement dans l’embarras. Une fois n’est pas coutume, Clemenceau, l’anti-clĂ©rical notoire, joue la carte de l’apaisement alors qu’il reste cinq mille sanctuaires Ă  contrĂŽler sur les soixante-dix mille que compte la France. À la Chambre, il dĂ©clame avec goguenardise : « Nous trouvons que la question de savoir si l’on comptera ou ne comptera pas des chandeliers dans une Ă©glise ne vaut pas une vie humaine. »

Par une circulaire adressĂ©e aux prĂ©fets, les Inventaires sont interdits si le recours Ă  la force doit ĂȘtre employĂ©. À ceux qui l’accusent de flĂ©chir il rĂ©plique : « ça ne veut pas dire que nous ayons renoncĂ© Ă  l’application de la loi, seulement nous l’abordons Ă  notre maniĂšre. »

Sa carriĂšre politique le voit redevenir PrĂ©sident du Conseil en 1917, alors que la PremiĂšre Guerre mondiale fait rage en Europe depuis 1914. ThĂ©ophile DelcassĂ© l’avait fait tomber en 1909. Winock dĂ©crit de maniĂšre pĂ©dagogique le mĂ©canisme de cette chute, ainsi que les lĂ©gĂšretĂ©s de Clemenceau qui ont conduit ses adversaires Ă  l’abattre. Les Ă©lĂ©ments qui favorisent son retour, parfaitement dĂ©crits par l’auteur, permettent de comprendre que nonobstant la vision hostile de PoincarĂ© Ă  son endroit, ce dernier choisit tout de mĂȘme Clemenceau en vertu de ce qu’il considĂšre comme l’intĂ©rĂȘt supĂ©rieur de la France. Belliciste et dĂ©sireux de montrer sa dĂ©termination aux Français, aux AlliĂ©s et Ă  ses ennemis de l’intĂ©rieur et l’extĂ©rieur, le Tigre dĂ©clare le 20 novembre 1917 Ă  la Chambre : « Nous nous prĂ©sentons devant vous dans l’unique pensĂ©e d’une guerre intĂ©grale ». Pourtant, il avait Ă©crit dans sa jeunesse : « La seule façon dont les questions puissent se supprimer : par la justice et non par la force ».

Il refuse la paix sĂ©parĂ©e qui donnera l’Affaire Sixte (5).

EuroLibertĂ©s : toujours mieux vous rĂ©-informer 
 GRÂCE À VOUS !

Ne financez pas le systÚme ! Financez EuroLibertés !

EuroLibertĂ©s rĂ©-informe parce qu’EuroLibertĂ©s est un mĂ©dia qui ne dĂ©pend ni du SystĂšme, ni des banques, ni des lobbies et qui est dĂ©gagĂ© de tout politiquement correct.

Fort d’une audience grandissante avec 60 000 visiteurs uniques par mois, EuroLibertĂ©s est un acteur incontournable de dissection des politiques europĂ©ennes menĂ©es dans les États europĂ©ens membres ou non de l’Union europĂ©enne.

Ne bĂ©nĂ©ficiant d’aucune subvention, Ă  la diffĂ©rence des mĂ©dias du systĂšme, et intĂ©gralement animĂ© par des bĂ©nĂ©voles, EuroLibertĂ©s a nĂ©anmoins un coĂ»t qui englobe les frais de crĂ©ation et d’administration du site, les mailings de promotion et enfin les dĂ©placements indispensables pour la rĂ©alisation d’interviews.

EuroLibertĂ©s est un organe de presse d’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. Chaque don ouvre droit à une dĂ©duction fiscale Ă  hauteur de 66 %. À titre d’exemple, un don de 100 euros offre une dĂ©duction fiscale de 66 euros. Ainsi, votre don ne vous coĂ»te en rĂ©alitĂ© que 34 euros.

Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.

Quatre solutions pour nous soutenir :

1 : Faire un don par virement bancaire

Titulaire du compte (Account Owner) : EURO LIBERTES
Domiciliation : CIC FOUESNANT
IBAN (International Bank Account Number) :
FR76 3004 7140 6700 0202 0390 185
BIC (Bank Identifier Code) : CMCIFRPP

2 : Faire un don par paypal (paiement sécurisé SSL)

Sur le site EuroLibertĂ©s (www.eurolibertes.com), en cliquant, vous serez alors redirigĂ© vers le site de paiement en ligne PayPal. Transaction 100 % sĂ©curisĂ©e.‹ 

3 : Faire un don par chĂšque bancaire Ă  l’ordre d’EuroLibertĂ©s

à retourner à : EuroLibertés
BP 400 35 – 94271 Le Kremlin-BicĂȘtre cedex – France

4 : Faire un don par carte bancaire

Pour cela, téléphonez à Marie-France Marceau au 06 77 60 24  99

Notes

 

(3) Clemenceau sera attaquĂ© durement et dĂ©crit comme : « l’homme vendu aux puissances Ă©trangĂšres, de l’escroc, du parvenu ».

(4) Vehementer nos est une lettre encyclique Ă©crite par le Pape Pie X et publiĂ©e le 11 fĂ©vrier 1906. Elle condamne Ă©nergiquement la loi de sĂ©paration des Églises et de l’État française du 9 dĂ©cembre 1905. Selon le Pape, la loi nie l’ordre surnaturel et abroge unilatĂ©ralement le Concordat.

(5) Sixte de Bourbon-Parme (1886-1934), aidĂ© de son frĂšre François-Xavier (1899-1977), entre en contact avec les diffĂ©rents chefs d’États concernĂ©s par le conflit qui dĂ©cime l’Europe, afin d’établir une paix qui Ă©conomiserait le sang des hommes. La tentative Ă©choue pour les raisons exposĂ©es dans la chronique.

(6) « La Der des Ders » est une expression qui s’est forgĂ©e Ă  la suite de la Ire Guerre mondiale, qui signifie la « derniĂšre des derniĂšres (guerres) ». « Le der des ders » dĂ©signe, par extension, le soldat, le poilu qui a participĂ© Ă  cette guerre.