Tout le monde le sait, et depuis longtemps, s a Ă©tĂ© victime d’une erreur judiciaire lors de son passage en Conseil de guerre, tenu Ă  Paris du 19 au 22 dĂ©cembre 1894.

L’accusation reposait, non sur de faux documents qui ne sont apparus que deux annĂ©es plus tard, mais sur une piĂšce grotesque dans une affaire d’espionnage : un bordereau, dans lequel un « traĂźtre » envoyait Ă  l’attachĂ© militaire allemand en poste Ă  Paris un rĂ©capitulatif des documents qu’il lui avait fournis et pour lesquels il avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© payĂ©. Les auteurs bien-disants ont tort d’écrire que cette piĂšce Ă©tait « inutile » : elle Ă©tait absurde, quasi-suicidaire pour son auteur.

Tout le monde ou presque, de nos jours, est convaincu que le « bordereau » n’a Ă©tĂ© Ă©crit ni par Dreyfus, ni par Esterhazy, mais par un employĂ© du SR (Service de renseignements) allemand sur ordre du Major MĂŒller chef du SR allemand qui avait compris que l’attachĂ© militaire de Paris, un noceur imbĂ©cile et homosexuel, Maximilian von Schwartzkoppen, se faisait pigeonner par un informateur qui ne lui remettait que du « pipeau » : des informations exactes, mais ou vieilles, ou inutilisables pour un Allemand.

Tout le monde ou presque, de nos jours, sait que le gĂ©nĂ©ralissime dĂ©signĂ© pour le temps de guerre, le colossal FĂ©lix Saussier, hĂ©ros de nombreuses campagnes, et caractĂ©riel connu qui hait Ă  peu prĂšs tout le monde Ă  l’état-major gĂ©nĂ©ral de l’armĂ©e (EMG), a voulu protĂ©ger le secret du canon de 75-C auquel son frein olĂ©opneumatique confĂ©rait une cadence de tir six Ă  sept fois supĂ©rieure Ă  son rival allemand, le canon de 77 au frein hydropneumatique identique Ă  celui du 75-A et A bis que l’on exhibe sur divers lieux de combat (en Chine en 1900).

Pour dĂ©sinformer (on dit Ă  l’époque « enrosser ») le SR allemand, Saussier, orientĂ© par le mari de sa maĂźtresse, Maurice Weil chassĂ© de l’armĂ©e pour inconduite, choisit un officier dĂ©cavĂ©, flambeur et noceur, fils et neveu de deux gĂ©nĂ©raux du Second Empire : Charles Esterhazy-Walsin, escroc notoire et perpĂ©tuellement dĂ©sargentĂ©. C’est l’homme idĂ©al pour « vendre » des secrets de pacotille. En contrepartie des sommes qu’il aura perçues et pourra garder, Esterhazy reçoit l’ordre d’informer v. Schwartzkoppen qu’en matiĂšre d’artillerie de campagne, la France n’a rien de mieux que le 120 court et le 75 A, de cadence de tir identique au 77 allemand.

Mission accomplie : il faudra attendre l’étĂ© 14 et la capture des premiers 75-C par les Allemands pour que le secret de la « cadence infernale » de l’artillerie de campagne française soit percĂ©.

Saussier a cachĂ© son initiative Ă  tout le monde – ministre et gĂ©nĂ©raux de l’EMG. Lorsque le « bordereau » arrive dĂ©chirĂ© au 2e Bureau, ayant Ă©tĂ© volĂ© dans une corbeille Ă  papiers de l’ambassade allemande, c’est la panique : encore une nouvelle trahison ! Et Dreyfus, innocent, mais au trĂšs bizarre comportement, est dĂ©gradĂ© et envoyĂ© au bagne. On a jugĂ© Ă  huis clos, parce qu’il est hors question de faire savoir aux Allemands que l’on espionne leur ambassade. Saussier n’a rien dit, parce qu’il est content du scandale qui fait mousser les renseignements bidons de son « traĂźtre » et qu’on l’a informĂ© que Dreyfus est un curieux bonhomme. À Berlin et au grand dĂ©sespoir de MĂŒller, on croit au mensonge d’Esterhazy sur l’artillerie française, par le seul fait du procĂšs et de son Ă©norme retentissement.

Avant d’aller plus loin, il paraĂźt bon Ă  l’auteur de ces lignes de s’expliquer, mĂȘme si, d’aprĂšs le bigot Blaise, « le moi est haĂŻssable ». AprĂšs avoir terminĂ© une biographie du FĂŒhrer, j’avais consacrĂ© deux annĂ©es Ă  une Ă©tude sociologique de la Nation française pour expliquer – ce qui n’est pas « excuser » – la flambĂ©e d’antijudaĂŻsme des annĂ©es 1890-1910 et l’acharnement sur ce pauvre Dreyfus dont mes lectures de jeunesse m’assuraient l’innocence. Patatras ! L’étude des volumes, rapportant dĂ©bats, rĂ©quisitoire et plaidoirie du second Conseil de Guerre, dont tous les bien-disants nous assurent qu’il fut « la rĂ©pĂ©tition du premier » (ce qui est un colossal mensonge), a fait naĂźtre un DOUTE Ă©norme, le mĂȘme qui a entraĂźnĂ© la seconde condamnation de l’accusé  par un jury sĂ©lectionnĂ© exprĂšs pour l’innocenter.

Le 25 juin 1899, le politicien-phare du « Syndicat qui n’existe pas », Pierre Waldeck-Rousseau devient PrĂ©sident du Conseil, flanquĂ© au ministĂšre de la Guerre, dans ce cabinet « de dĂ©fense rĂ©publicaine », de Gaston de Galliffet, hĂ©ros de guerre et proche de nombreux politiciens juifs. La premiĂšre occupation de ces braves gens est de ramener la paix dans l’opinion publique en innocentant Dreyfus, aprĂšs la cassation de son premier jugement le 3 juin, pour (indĂ©niable) vice de procĂ©dure du premier Conseil de guerre.

Et les services de Galliffet font tout pour assurer le triomphe de la bonne cause. Pour le site du nouveau Conseil de guerre, on choisit une ville rĂ©publicaine : Rennes, qui fut un haut lieu des « bleus » au temps de la chouannerie. Pour juges, des officiers rĂ©publicains, issus de Polytechnique, presque tous artilleurs, dans l’espoir que ce double esprit de corps joue en faveur de l’accusĂ©.

Le commissaire du gouvernement est un vieux commandant de gendarmerie, Louis CarriĂšre, qui a reçu de Galliffet l’ordre de « ne pas s’opposer aux arguments Ă©tablissant la culpabilitĂ© d’Esterhazy », pourtant acquittĂ© par un autre Conseil de guerre. Le capitaine RaffaĂ«lli, l’envoyĂ© spĂ©cial de Galliffet, lui a fait part de « l’invitation » du ministre Ă  requĂ©rir l’acquittement. Galliffet se vante mĂȘme de ses ingĂ©rences et fait connaĂźtre Ă  l’Agence Havas les directives qu’il adresse au commandant CarriĂšre ! La police – Waldeck-Rousseau est aussi ministre de l’IntĂ©rieur – ose mĂȘme intimider divers tĂ©moins de l’accusation.

L’ArmĂ©e française est alors extraordinairement divisĂ©e, Ă  la fois par des haines sectaires opposant les catholiques aux francs-maçons, les rĂ©publicains aux monarchistes et aux bonapartistes, sans compter les haines de Divas au sein mĂȘme de chaque secte. Pour les juges, il ne s’agit pas « de protĂ©ger » l’ArmĂ©e (rengaine connue) : il existe tellement de haines de clan entre les porteurs d’étoiles, que mĂȘme le plus obsĂ©quieux des carriĂ©ristes aurait beaucoup de mal Ă  se prononcer. L’unique question Ă  traiter est celle-ci : Dreyfus a-t-il ou non « entretenu des intelligences avec une ou plusieurs puissances Ă©trangĂšres » ?

On ne lĂ©sine pas sur les interventions auprĂšs des juges, relayĂ©es par le prĂ©fet d’Îlle-et-Vilaine et les envoyĂ©s ministĂ©riels, qui promettent un avancement dans leur carriĂšre et une promotion dans l’ordre de la LĂ©gion d’honneur si l’accusĂ© est mis hors de cause. Cela gĂȘne tellement les juges qu’ils prennent l’avis du Premier prĂ©sident de la Cour de cassation, Charles Mazeau, qui les assure de leur droit de ne pas tenir compte des instructions ministĂ©rielles.

ParaĂźt Dreyfus, pĂąle et squelettique. DĂšs qu’il s’exprime, « la sympathie s’attĂ©nue, la mĂ©fiance naĂźt » a Ă©crit Maurice PalĂ©ologue, nĂ© Pollack, tĂ©moin visuel et auditif ; « ses phrases sonnent faux ». Le cynique Clemenceau ose dire en aparté : « Nous avons mal choisi notre innocent ».

Pourtant, dans sa dĂ©claration prĂ©liminaire, l’accusĂ© prononce (mal) une fort belle phrase : « Je suis ici pour dĂ©fendre mon honneur, non pour parler de mes souffrances ». ImmĂ©diatement, on se sent envahi de respect et l’on croit aussitĂŽt aux arguments qu’une certaine littĂ©rature ressasse depuis un siĂšcle : l’on est manifestement en prĂ©sence d’un amant de l’ArmĂ©e, dĂ©sespĂ©rĂ© d’avoir Ă©tĂ© repoussĂ© dans ses offres de bons et loyaux services. HĂ©las, quelqu’un a pris la dĂ©cision (catastrophique pour la bonne cause) de publier la version intĂ©grale des Carnets de Dreyfus pour les annĂ©es 1899-1907 (publiĂ©s en 1998) qui rĂ©vĂšlent un individu aigri, haineux, sectaire, aux jugements grotesques : l’homme n’attirant pas la sympathie que tous les tĂ©moins ont dĂ©crite.

Et commence le dĂ©filĂ© de ceux que l’on n’attendait pas : une cohorte de tĂ©moins surgis sans qu’on les ait sollicitĂ©s.

On Ă©voque « Dreyfus le flambeur » criblĂ© de dettes, comme l’avait Ă©tĂ© la sociĂ©tĂ© Dreyfus FrĂšres de Mulhouse en 1890, tirĂ©e d’affaire par des financiers allemands, en 1892. Tout cela n’est pas vraiment neuf, mais Dreyfus nie effrontĂ©ment et sur un ton de fausset et la dĂ©fense ne parvient pas Ă  s’expliquer clairement sur ces points.

Divers tĂ©moins affirment l’existence de rapports de l’accusĂ© en 1890-1894 avec des officiers du SR allemand en poste Ă  Bruxelles, notamment le Major v. Schmettau, et cela est bien plus grave que les parlottes entre Esterhazy et v. Schwartzkoppen, car v. Schmettau est le chef du Bureau Ouest du SR allemand. De la mĂȘme façon, on Ă©voque des sĂ©jours secrets de Dreyfus en Alsace occupĂ©e, oĂč il reconnaĂźt, aprĂšs dĂ©nĂ©gations initiales, avoir suivi les manƓuvres de l’armĂ©e allemande prĂšs d’Altkirch
 sans en avoir averti ses supĂ©rieurs parisiens, alors qu’il Ă©tait Ă©lĂšve de l’École de Guerre.

Puis l’on Ă©voque ce que Dreyfus aurait dit en 1894 d’un « amorçage » de sa part, soit une fourniture de « documents français sans importance » pour s’en « procurer de plus importants » de la part du SR allemand. Dreyfus nie et tous les bons auteurs parlent d’affabulations de tĂ©moins.

Ce sont ces pistes belge et alsacienne qui ont fait naĂźtre chez les juges et le commissaire de la RĂ©publique l’intime conviction de la culpabilitĂ© de Dreyfus et non le « bordereau », sur lequel s’acharneront, au contraire, les juges de la Cour de cassation en 1904-1906, quand ils acquitteront Dreyfus sur ordre gouvernemental. À l’issue des audiences, les juges sont fort troublĂ©s. À l’Ă©vidence, Dreyfus apparaĂźt Ă  la fois comme un flambeur et un menteur ; les pistes belge et alsacienne, mĂȘme si elles n’ont nullement Ă©tĂ© approfondies par le colonel Jouaust, le prĂ©sident du Conseil de guerre, ouvrent des horizons trĂšs dĂ©favorables Ă  l’accusĂ©.

Les auteurs consensuels ont effectuĂ© la dĂ©marche inverse de celle des juges : Dreyfus n’a jamais touchĂ© une carte de sa vie ; les pistes bizarres ne sont jamais signalĂ©es ou en passant et pour s’en gausser en deux lignes ; Lebrun-Renault est dĂ©finitivement un alcoolique affabulateur Ă  propos des « aveux » de Dreyfus. Enfin, ce procĂšs n’est que la rĂ©pĂ©tition du premier
 ce qui est du pur dĂ©lire !

Dans son rĂ©quisitoire du 7 septembre, le commandant CarriĂšre rĂ©sume en peu de mots et trĂšs simplement son Ă©tat d’esprit. Ce faisant, il se ferme ainsi tout espoir de promotion. « Ma conviction, qui semblait s’ĂȘtre faite dans le sens de l’innocence au dĂ©but, s’est transformĂ©e petit Ă  petit, Ă  l’audition des tĂ©moins
 Ma conviction s’est fortifiĂ©e dans le sens de la culpabilitĂ© et aujourd’hui, en mon Ăąme et conscience, je vous le dĂ©clare : Dreyfus est coupable ».

Il est important de bien analyser ce morceau, qui s’inscrit contre toutes les rĂšgles de la rhĂ©torique judiciaire. Voici un procureur qui a priori pensait innocent l’accusĂ© (c’est presque une premiĂšre dans l’histoire de la Justice, mais il ne faut pas oublier que CarriĂšre reprĂ©sente, dans ce procĂšs, le ministre de la Guerre, trĂšs favorable Ă  la dĂ©fense) et qui dĂ©clare que les dĂ©bats l’ont converti Ă  la position contraire. On saura deux jours plus tard qu’il en est de mĂȘme pour cinq des sept juges.

Quatre gĂ©nĂ©rations d’historiens se sont vengĂ©es en prĂ©sentant le commandant CarriĂšre comme un jocrisse et l’on constate qu’il s’agit d’un parfait honnĂȘte homme qui rĂ©sume Ă  la perfection en quelques lignes 29 journĂ©es d’audiences et requiert contre son intĂ©rĂȘt personnel, pour soulager sa conscience.

Dans la soirĂ©e de ce 7 septembre, RaffaĂ«lli informe Galliffet de la quasi-certitude de la condamnation. ImmĂ©diatement informĂ©, Waldeck-Rousseau promet Ă  Reinach « de saisir Ă  nouveau la Cour de cassation ». Il a dĂ©jĂ  promis, le 4, qu’en cas de nouvelle condamnation, Dreyfus ne serait pas une nouvelle fois dĂ©gradĂ© publiquement ; c’est une promesse parfaitement illĂ©gale, opposĂ©e aux stipulations du Code de justice militaire.

À l’évidence, il s’est passĂ© durant les audiences de ce procĂšs un retournement de situation. Les juges Ă©taient prĂȘts Ă  un acquittement qui leur aurait valu la reconnaissance du gouvernement. Les tĂ©moignages, l’attitude de l’accusĂ© les ont convaincus de sa culpabilitĂ©. On ne peut les accuser de servilitĂ© : le gouvernement voulait l’acquittement. Il est absurde de reprendre l’antienne du soutien aux gĂ©nĂ©raux ou du culte de la discipline : le gĂ©nĂ©ral de Galliffet, ministre et prĂ©sident du Conseil SupĂ©rieur de la Guerre, exigeait l’acquittement. Voici des soldats Ă  qui l’on a confiĂ© une mission d’acquittement, qui ont un intĂ©rĂȘt personnel Ă  la remplir, et qui en sont venus, naturellement, par l’effet de ce qu’ils ont perçu chez l’accusĂ©, entendu chez les tĂ©moins, Ă  condamner l’homme qu’ils avaient mission de blanchir.

Il existe une autre indication du dĂ©sarroi nĂ© de ces dĂ©bats. MaĂźtre Edgar Demange, un avocat blanchi sous le harnais, plaide le DOUTE. Depuis 2000 ans, dans la grande tradition de l’AntiquitĂ© grĂ©co-romaine, l’on est fatiguĂ© d’entendre les avocats claironner, certifier, beugler l’innocence de leur client, non sans une dĂ©bauche de figures de rhĂ©torique. Ici, Ă  l’issue de ces dĂ©bats sur lesquels les bons auteurs n’apportent qu’un Ă©clairage rĂ©duit et trĂšs sĂ©lectif, Demange en est rĂ©duit Ă  plaider le doute.

N’en dĂ©plaise aux auteurs consensuels, au procĂšs de Rennes, ce n’est pas le rĂ©quisitoire, mais la plaidoirie qui est faible. Elle occupe les journĂ©es des 8 et 9 septembre, ce qui fait beaucoup d’heures, beaucoup de mots, pour exprimer peu de choses : en l’absence de preuve, le doute doit bĂ©nĂ©ficier Ă  l’accusĂ©. Le commissaire du gouvernement avait dit aux juges de se fier Ă  leur intime conviction. Le 9 septembre, aprĂšs la fin de la plaidoirie, Dreyfus prend la parole et, de l’avis de tous, il s’avĂšre lamentable.

Le verdict tombe aprĂšs une heure et demie de dĂ©libĂ©rations, durant lesquelles le colonel Jouaust (qui voit les Ă©toiles s’éloigner de son uniforme) a tentĂ© de convaincre les autres juges. Seul le calotin BrĂ©on de Lancran vote comme lui l’acquittement. Par cinq voix contre deux, Dreyfus est reconnu coupable d’intelligence avec une puissance Ă©trangĂšre. Par cinq voix contre deux (celles du commandant Profilet et du capitaine Beauvais), on lui reconnaĂźt des circonstances attĂ©nuantes : elles ne peuvent provenir que de ses aveux, niĂ©s par les bons auteurs, c’est-Ă -dire une tentative d’amorçage, ce qui ferait de Dreyfus un espion amateur assez peu doué  l’on ne voit pas par quel miracle un fournisseur de renseignements deviendrait un acquĂ©reur de renseignements autres que du matĂ©riel d’intoxication en provenance de l’Ă©tranger ou la simple indication des pĂŽles d’intĂ©rĂȘt de l’ennemi potentiel.

Dreyfus est condamnĂ© Ă  dix ans de dĂ©tention en forteresse. L’assistance, majoritairement dreyfusarde, accueille le verdict dans un silence sĂ©pulcral… n’y aurait-il pas, de ce cĂŽtĂ© Ă©galement, un malaise certain ?

Le 12 septembre, Mathieu fait signer une demande de grĂące par son frĂšre. Elle est octroyĂ©e, « en premier gage Ă  l’Ɠuvre d’apaisement » par le bon PrĂ©sident Émile Loubet, le 19. Alfred Dreyfus quitte nuitamment la ville, oĂč la population « rĂ©publicaine » lui est trĂšs hostile ; on le fait monter dans le train de Paris Ă  une halte de campagne.

Il faudra un minutieux « épluchage du dossier » et le silence sur toutes les piĂšces arrivĂ©es au SR allemand et qui n’étaient pas de l’intoxication, pour obtenir la Cassation sans renvoi du 12 juillet 1906
 sur un dossier vidĂ© (et non pas « vide ») ! Dreyfus est rĂ©intĂ©grĂ©, promu, dĂ©corĂ© et quitte l’armĂ©e en juin 1907. Durant la guerre, on ne l’emploiera que dans des dĂ©pĂŽts d’artillerie ; il n’obtiendra sa promotion au grade de lieutenant-colonel qu’en septembre 1918.

Peut-on conclure, dans un sens ou dans l’autre ? SĂ»rement pour l’erreur judiciaire de dĂ©cembre 1894. Mais le ProcĂšs de Rennes dĂ©bouche sur un Ă©norme doute, nĂ© de prĂ©somptions de collusion entre l’accusĂ© et le SR allemand, entre ses frĂšres restĂ©s dans le Reichsland (l’Alsace-Moselle occupĂ©e) et des intĂ©rĂȘts allemands.

Non « la vĂ©ritĂ© n’est pas sortie du puits », elle est restĂ©e embourbĂ©e en cours de chemin. Il reste aux vĂ©ritables historiens Ă  explorer les pistes de Bruxelles, Altkirch, Saverne et Mulhouse, avant de pouvoir refermer ce dossier, en ayant conclu dans un sens ou un autre.

Un ĂȘtre d’exception, le plus grand des fils des hommes, un Juif de GalilĂ©e, a dit : « C’est aux fruits qu’on juge l’arbre ». La « rĂ©volution dreyfusienne », si elle n’a pas accouchĂ© du sionisme (encore une rengaine), qui se portait dĂ©jĂ  fort bien avant elle, a procurĂ© Ă  la nation française le plaisir douteux de goĂ»ter Ă  l’abjection « radicale-maçonnique », dont on reconnaĂźt volontiers qu’elle Ă©tait le rĂ©gime idĂ©al pour le « français moyen », tel que l’a dĂ©fini le grotesque et suffisant Édouard Herriot durant l’entre-deux-guerres.

La passion seule fait les grandes Ă©poques, soulevant l’enthousiasme et transcendant les souffrances d’un peuple. De la trĂšs mystĂ©rieuse affaire Dreyfus aurait pu sortir du bien pour la Nation française ; ce ne fut pas le cas.

Anticatholicisme et antijudaĂŻsme (La tĂ©nĂ©breuse affaire Dreyfus, tome 1), Bernard Plouvier, prĂ©face de Philippe Randa, Ă©ditions Dualpha, collection « vĂ©ritĂ©s pour l’Histoire », 498 pages, 31 euros. Pour commander ce livre, cliquez ici.

L’affaire Dreyfus : nouveaux regards (La tĂ©nĂ©breuse affaire Dreyfus, tome 2), Bernard Plouvier, prĂ©face de Philippe Randa, Ă©ditions Dualpha, collection « vĂ©ritĂ©s pour l’Histoire », 334 pages, 35 euros. Pour commander ce livre, cliquez ici.

La tĂ©nĂ©breuse affaire Dreyfus. Anticatholicisme et antijudaÏsme (Tome 1), Ed. Dualpha.

La tĂ©nĂ©breuse affaire Dreyfus. Anticatholicisme et antijudaÏsme (Tome 1), Ed. Dualpha.

La tĂ©nĂ©breuse affaire Dreyfus. Anticatholicisme et antijudaÏsme (Tome 2), Ed. Dualpha.

La tĂ©nĂ©breuse affaire Dreyfus. Anticatholicisme et antijudaÏsme (Tome 2), Ed. Dualpha.

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