RĂ©veillĂ© un matin triste aux couleurs d’hiver.

Ne pouvant bouger. La bouche pleine de terre.

Il connaissait trop bien ce profond silence.

Effrayant. La peur le fige. Alors il pense.

A celle qu’il a laissĂ©e. A ses enfants, sa vie !  

A ses jambes si lourdes, et comme engourdis.

Un peu de bleu du ciel, entre deux nuages,

Lui rappelle son doux pays, sa Normandie.

Les rires de la fĂȘte, les joies du mariage.

Elle est si belle ma douce, ma tendre, ma mie.

Il y a si longtemps dĂ©jĂ  qu’il est parti.

Ce n’est qu’une affaire de jours, lui avait-on dit.

BientÎt, il sera rentré. La gloire, la victoire.

Mais depuis, c’est la nuit, c’est la peur, et le noir !

Poilus 02

Les nuages passent doucement et il entend des bruits.

Impossible de bouger. De crier, de hurler.

Cette peur, plus forte que la douleur qui suit.

Et les bruits se rapprochent. Il entend parler.

Du français ! Ses larmes l’inondent dĂ©sormais.

Il veut bouger, se signaler, il n’est qu’espoir.

Il n’est plus qu’un rĂąle, une plainte dĂ©sormais.

Poilus 03

Le soleil se lĂšve comme un soleil de victoire.

Ses frùres d’armes se rapprochent et vont le sauver.

Il tente de lever ses bras. Aux mains foudroyées.

RĂ©alise qu’on le soulĂšve trop doucement.

« C’est fini mon frĂšre. Tu rentres chez toi maintenant » !

Le ciel magnifique découvre tous les corps.

Comme un Ă©clair, il se souvient de tous les morts.

D’une bataille enragĂ©e, il Ă©tait tombĂ©.

Laissé pour mort. Abandonné et puis sauvé.

Poilus 04

Sa vie n’est plus, sa vie d’avant ! Elle est partie.

Avec ses jambes. Partie avec son avenir.

Avec ses mains, en laissant tous  ses souvenirs.

Des morts pour la France, et puis un jour l’oublie.

A tous les frĂšres d’armes des tranchĂ©es oubliĂ©es.

A cette boucherie ! Aux ennemis d’hier,

Devenus amis aujourd’hui. Non, plus de guerre.

Plus de massacre. Et plus de corps mutilés.

A propos de l'auteur

GĂ©rard Brazon

Ancien Responsable Syndical, ex Conseiller Ă©conomique et municipal, GĂ©rard Brazon collabore Ă©galement Ă  Riposte laique et Ă©dite un blog : www.gerard-brazon.com.

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